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Yves de Kerdrel
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La guerre Valls-Macron fait des étincelles
par Yves de Kerdrel
François Hollande a retrouvé un peu d’oxygène au cours des derniers jours. D’une part avec la publication d’indicateurs économiques meilleurs que prévu. D’autre part avec l’exacerbation du conflit entre Manuel Valls et Emmanuel Macron. De fait le scénario d’une présidentielle Hollande versus Sarkozy revient sur le devant de la scène. D’autant que la cote de Juppé continue de s’effriter.
L’ambiance est un peu meilleure à l’Elysée depuis quelques jours. La semaine passée a été marquée par l’annonce du super-contrat de sous-marins Barracuda avec l’Australie, qui va rapporter environ 8 milliards d’euros au pays, et qui va principalement profiter à Thalès et à DCNS. Elle a été suivie par l’annonce d’un nombre de chômeurs en forte baisse pour le mois de mars, même si celle-ci a été contrebalancée par une envolée du nombre de contrats courts. Enfin elle s’est conclue par une révision à la hausse du taux de croissance pour le premier semestre. Autant d’éléments qui donnent, a priori, du crédit aux récentes déclarations de François Hollande sur l’amélioration de l’état du Pays.
Ces éléments positifs ont en tous cas eu davantage de poids dans l’opinion que la burlesque opération « et oh la gauche » lancée lundi dernier par Stéphane Le Foll, et une vingtaine de ministres hollandais. Cette opération était aussi destinée à contrer la percée médiatique d’Emmanuel Macron et à montrer que « le collectif » est plus important que l’aventure individuelle. Le Ministre de l’économie voit le nombre de critiques et de pourfendeurs de son mouvement « en marche ! » s’accroître au même rythme que sa popularité.
MACRON PRÊT A ALLER JUSQU’AU BOUT
Il y a une dizaine de jours Manuel Valls a tenté d’obtenir le renvoi du locataire de Bercy auprès de François Hollande. Celui-ci aurait hésité un moment, selon nos informations après qu’Emmanuel Macron ait déclaré qu’il n’était pas « son obligé », mais a finalement renoncé à le sanctionner. Il reste que le Ministre de l’Economie sait désormais qu’il lui faut préparer son départ. Son intention est de préempter celui-ci et donc de démissionner plutôt que d’être viré à la manière d’Arnaud Montebourg. Sa principale préoccupation repose sur le timing de ce départ. Certains de ses conseillers souhaiteraient le voir retrouver sa liberté courant mai, pendant le débat parlementaire sur la loi El Khomri. D’autres l’incitent plutôt à partir après l’été, avec le risque que son départ ait moins d’éclat du fait du démarrage de la primaire à droite.
Ce qui est certain c’est que le Ministre de l’Economie est décidé, pour l’heure, à aller jusqu’au bout en faisant le pari que François Hollande ne pourra pas se représenter, faute de crédibilité. Il est convaincu que sa candidature va rebattre l’ensemble des cartes à partir de l’automne prochain. A gauche bien sûr en poussant Arnaud Montebourg à sortir de son isolement. Et à droite en dégonflant le socle électoral d’Alain Juppé composé de centristes et d’ex-électeurs de François Hollande. Le programme concocté par Jacques Attali pourrait constituer l’essentiel des thèmes qu’Emmanuel Macron défendrait pendant sa campagne en reléguant ainsi François Hollande comme un tenant de l’immobilisme.
VALLS CONTRE-ATTAQUE
Bien sûr tout cela est surveillé de très près à Matignon. De l’utilisation des moyens de Bercy aux équipes de communication du Ministre de l’économie. Pour le premier ministre, il appartient désormais clairement au chef de l’Etat de s’occuper du cas politique Macron. Le chef du gouvernement considère ainsi qu’il n’est pas comptable des libertés prises par son Ministre de l’économie. Au contraire, selon lui, ce sont François Hollande et plusieurs de ses proches qui sont responsables de son émancipation. D’autant que sur le fond, Manuel Valls dit partager dans ses grandes lignes la lecture politique de son ministre de l’économie. Notamment le besoin d’une recomposition politique et sans doute aussi le désir d’en finir avec les combinaisons hollandaises.
Pour l’heure, le premier ministre va organiser d’ici à l’été plusieurs réunions publiques en régions avec un objectif : défendre l’action et le bilan de son gouvernement. Son initiative vient s’inscrire dans la foulée des meetings « Hé oh la gauche ! » – dont le premier s’est tenu lundi dernier à Paris – lancés par le ministre de l’agriculture et porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, pour défendre le quinquennat de François Hollande. Pas de concurrence à prévoir entre les deux dynamiques, assure néanmoins le premier ministre. Mais au contraire, de la complémentarité. A un an de l’élection présidentielle, les initiatives se multiplient donc tous azimuts pour préparer la future campagne. Officiellement, cette machinerie politique doit à terme se mettre au service de François Hollande, si le chef de l’Etat décide dans les prochains mois de se présenter à sa propre succession. Mais l’agenda de Manuel Valls fait également écho à celui d’Emmanuel Macron.
CHOMAGE EN TROMPE-L-OEIL
A droite rien de nouveau en dehors des mouvements de godille donnés par Bruno Le Maire qui de temps à autre droitise sa campagne et à d’autres moments la place sous le credo chiraquo-gaulliste. Sa préoccupation, pour l’heure, est de ne pas se laisser distancé par un François Fillon qui remonte en flèche et qui a un agenda très chargé pour le mois de mai, profitant de l’absence et du silence assourdissant d’Alain Juppé. Mais toute la droite reste suspendue au moment que choisira Nicolas Sarkozy pour annoncer sa propre participation aux primaires.
Beaucoup de proches de l’ancien-Président le pressent d’anticiper le lancement de sa campagne qu’il avait toujours prévu pour le début du mois de septembre. Son cercle rapproché qui se réunit tous les lundis matins autour de lui et qui comprend Brice Hortefeux, Laurent Wauquiez, Eric Woerth et Eric Ciotti tente de le convaincre d’envoyer des signes à son électorat dés le 1 er juin comme il l’a fait la semaine passée avec succès. Mais rien n’est encore arrêté. Car les français sont peu réceptifs aux questions de politique intérieure pendant l’été. En revanche une tradition républicaine fait qu’un lancement en campagne gèlerait les procédures judiciaires visant le Chef de l’état. Ce qui peut ne pas le laisser indifférent.
Sur le plan économique pur rarement, depuis le début du mandat de François Hollande, autant de clignotants n’ont envoyé de signaux aussi favorables. Sur le front de l’emploi, tout d’abord. Le nombre de demandeurs d’emploi sans activité inscrits à Pôle emploi enregistre une diminution de 60 000 personnes au mois de mars (– 1,7 %). Un reflux significatif d’autant plus que, sur le premier trimestre, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A est en baisse de 49 500. L’année 2015 avait déjà marqué une reprise dans le secteur marchand avec la création de 82 000 emplois. Les données publiées par l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale sur les embauches au premier trimestre 2016 confirment cette amélioration. Le nombre de déclarations d’embauche hors intérim de plus d’un mois progresse nettement (+ 4,8 %). Une progression qui peut être mise en relation avec l’instauration, depuis janvier, du dispositif « embauche PME ».
L’INVESTISSEMENT EN REPRISE
Parallèlement, le nombre de défaillances d’entreprise a reculé de 10 % au premier trimestre par rapport à la même période l’année précédente. De même, le taux d’utilisation des capacités de production dans le secteur de l’industrie a augmenté de 1,2 point, signe de l’augmentation de la demande au cours des derniers mois. Le taux de marge des entreprises s’est nettement redressé, sous l’effet conjugué du crédit d’impôt compétitivité emploi et du pacte de responsabilité, ainsi que de la baisse du prix du pétrole et des faibles taux d’intérêt. Avec 31,5 %, il retrouve son plus haut niveau depuis début 2011.
Du coup, l’investissement a entamé une phase d’accélération. Et le gouvernement entend la soutenir en faisant voter, dans le cadre du projet de loi sur la République numérique, en cours d’examen au Sénat, la reconduction de la mesure de sur-amortissement en faveur de l’investissement productif, votée il y a un an. L’Insee prévoit que l’investissement des entreprises pourrait atteindre 3,3 % en 2016 en glissement annuel. Cette embellie est-elle durable ? Pour l’heure, la plupart des experts préfèrent rester prudents. Le gouvernement estime que, si les effets positifs commencent à se faire réellement sentir, c’est parce qu’on a enrichi la croissance en emploi. Il faut donc continuer à envoyer des signaux aux entreprises et à mettre du carburant dans la machine, insiste-t-on au ministère de l’économie.
TASSEMENT DES TRIMESTRIELS
A noter que les négociations sur l’assurance-chômage sont dans l’impasse. Lorsqu’elles se sont ouvertes, le patronat était disposé à discuter d’un relèvement des cotisations sur les contrats à durée déterminée. Aujourd’hui, il ne veut plus en entendre parler, comme l’ont constaté, jeudi 28 avril, les cinq confédérations de salariés, lors d’une nouvelle réunion. Comme c’était prévu, les syndicats d’employeurs manifestent leur mauvaise humeur contre les changements apportés au projet de « loi travail ». Le retrait de certaines dispositions, annoncé le 14 mars, les avait déjà passablement irrités – par exemple le plafonnement des indemnités prud’homales, enterré alors qu’ils y étaient très favorables. Ils sont sortis de leurs gonds, le 11 avril, lorsque Manuel Valls a indiqué qu’un amendement serait introduit dans le texte pour rendre obligatoire la modulation des cotisations patronales d’assurance-chômage sur les CDD courts.
Du côté des entreprises on observe un tassement des résultats trimestriels qui commencent à être publiés. D’autant plus que les assemblées d’actionnaires sont souvent l’occasion pour les dirigeants de réviser à la baisse leurs perspectives de croissance pour 2016. A cela s’ajoutent les craintes liées au renforcement des mesures protectionnistes, un peu partout sur la planète, et à un début de guerre des monnaies. Sans compter les incertitudes liées au Brexit.
LE BEAU COUP DE BOMPARD
L’opération de la semaine a été naturellement le succès remporté par la Fnac dans son offre sur Darty. Face à Conforama, appuyé par le sud-africain Steinhoff, la société dirigée par Alexandre Bompard faisait un peu office de David contre Goliath. En fait tout s’est joué le week-end dernier lorsque la Fnac, avec l’aide d’Ondra Partners, et notamment de Benoit d’Angelin et de Rothschild. Les deux établissements ont démarché activement un certain nombre de grands actionnaires de Darty en leur signant des promesses irrévocables d’achat. Très vite le groupe français a pu s’assurer le contrôle de la moitié du capital, alors que Conforama ne détenait que 19 % du capital. Si bien que le groupe Fnac a annoncé, mardi dernier, avoir obtenu le soutien de la majorité des actionnaires de Darty. La veille, la Fnac avait dévoilé une troisième et ultime surenchère, au prix de 170 pence par action, valorisant l’enseigne d’électroménager 1,175 milliard d’euros.
La Fnac a réussi ce tour de force grâce au financement de 950 millions d’euros obtenu auprès des banques Natixis, Crédit agricole et Société générale. Et ce, avant même d’avoir obtenu les 159 millions d’euros de capitaux promis par le groupe Vivendi en échange de son entrée à hauteur de 15 % lors de l’assemblée générale de la Fnac en juin. La Fnac assure maintenant pouvoir dégager 130 millions d’euros de synergies en s’alliant à Darty. Le nouvel ensemble exploitera près de 600 magasins en Europe et générera 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Lors de la première offre, en septembre 2015, la Fnac estimait les synergies à 85 millions d’euros. La Fnac doit maintenant déposer son offre formellement. Ce sera fait dans les prochaines semaines, a-t-elle annoncé mardi dernier, sans préciser de date. Alexandre Bompard doit aussi obtenir l’aval de l’Autorité de la concurrence. Le gendarme de la concurrence pourrait imposer la cession de plusieurs magasins.
A noter que l'assemblée générale des actionnaires de Renault, qui dispose d'un avis consultatif sur le sujet, a rejeté vendredi la résolution portant sur la rémunération du PDG Carlos Ghosn, mais le conseil d'administration a approuvé peu après le maintien de cette rémunération. Toujours du côté des entreprises publiques, le conseil d'administration d'Air France KLM s'apprête à nommer Jean-Marc Janaillac à la place d'Alexandre de Juniac, démissionnaire. Le patron de Transdev n'avait pas vraiment de concurrent. Ce qui témoigne du peu d'intérêt que suscite désormais la présidence d'une entreprise détenue par l'Etat. Le futur patron n'est pas mauvais. Mais il va avoir bien du mal à effacer le fait qu'il est issu comme François Hollande de la fameuse Promotion Voltaire, véritable vivier de la Hollandie décadente.
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