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Yves de Kerdrel
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Exercice impossible pour Hollande qui va prendre la parole sans avoir encore touché le fond
par Yves de Kerdrel
La semaine qui vient va être marquée par le vote de confiance au nouveau gouvernement Valls. Un vote qui ne devrait pas poser de problèmes en dépit de l’abstention de quelques frondeurs. Mais aussi par la conférence de presse de François Hollande qui intervient alors que l’homme est discrédité, que son entourage ne le soutient même plus et que son ex-compagne promet de nouvelles révélations ravageuses
Ce n’est même plus un scénario noir pour tous ceux qui travaillent à l’Elysée, c’est une sorte de tragédie dont personne n’entrevoit la fin. Il y a trois semaines le Chef de l’Etat pensait avoir tout réglé avec la révocation des ministres frondeurs et la mise en œuvre du gouvernement Valls II. De tout cela il ne reste plus rien, après la publication du livre de son ex-compagne, l’expression « sans-dent » qui va lui coller à la peau jusqu’à la fin de ses jours malgré tous ses efforts pour faire croire qu’il a toujours tout fait pour « les gens de peu », et l’affaire Thévenoud qui fait des ravages au sein des classes moyennes au moment même du paiement du dernier tiers provisionnel.
L'abattement ne concerne plus seulement le président, désormais surveillé de près par un médecin. Il gagne progressivement tout son entourage y compris son premier cercle. L'opportunité de répliquer à la charge assassine de Valérie Trierweiler a donc, forcément, fait débat. Mais François Hollande, qui a vécu là la pire rentrée et la plus éprouvante des épreuves de son quinquennat, a pris le parti de répliquer en personne. Notamment dans une interview de commande publiée par son biographe dans les colonnes du Nouve Observateur. La ligne, pour le reste, ne varie pas. Le président, qui n'a plus évoqué en interne le cas Trierweiler depuis le début de la semaine, et son staff ont commencé à plancher sur la conférence de presse du 18 septembre y consacrant une réunion par jour. Rien ne change : ni la forme et la durée, ni le fond.
FAIRE REDESCENDRE LA PRESSION
Après quoi, François Hollande mise sur la dynamique du vote de confiance, deux jours plus tôt, et sur sa traditionnelle habileté dans l'exercice pour faire redescendre la pression. Il risque dans le pire des cas de subir les questions les plus agréables et dans le meilleur des cas de se limiter à acheter du temps. La posture est plus inconfortable que jamais, mais il ne lui reste plus que cela, et les institutions de la Ve République, pour le protéger. Et encore ! Car pour la première fois, le Chef de l’Etat a ouvert la porte, dans Le Nouvel Observateur à un scénario du pire. Le président affirme en effet qu'il serait contraint de rappeler les Français aux urnes si sa majorité « se dérobe » au Parlement, ou si la rue se mobilisait massivement contre l'exécutif : « Un genre de Mai 68 à rebours, comme la droite a tenté de le faire sur le mariage pour tous. » Ce qui a été pris pour certains comme un abandon alors que les manifestations contre la loi famille vont reprendre début octobre.
Par ailleurs à l’intérieur du gouvernement Manuel Valls va devoir vite arbitrer un important différent entre Michel Sapin et Marisol Touraine. Le ministre des finances a assuré cette semaine contrairement à ce qu'il avait déclaré il y a dix jours, que les 21 milliards d'euros d'économies annoncés pour 2015 seraient bien réalisés. Et que les 2 milliards d'euros d'économies qui ne seront pas réalisées à cause de la faiblesse de l'inflation seront donc compensés. Autrement dit, ce sera au budget de la Sécurité sociale de trouver les 2 milliards d'euros d'économies complémentaires.
LA GAFFE DE FRANCOIS HOLLANDE
Autre signe du désarroi qui gagne François Hollande. Lors d’un long discours destiné à vanter la reconquête industrielle engagée avec les 34 plans lancés il y a un an, le président de la République s’est voulu résolument optimiste. « Nous avons cassé la spirale infernale de la dégradation de la compétitivité française », a-t-il affirmé devant un parterre de 400 patrons, créateurs, ministres, journalistes, etc. Mieux encore : « Nous avons maintenant commencé la marche en avant », a-t-il assuré. Pour dire cela le Chef de l’Etat s’est appuyé sur un taux de marge des entreprises qui serait en hausse de quatre points depuis un an. Or tout cela relève de l’invention. Puisque tombé fin 2013 à 29,5 %, son plus bas niveau depuis 1985, le taux de marge bénéficiaire des entreprises est effectivement un peu remonté au premier trimestre, selon l’Insee. Mais seulement de 0,5 point, soit 8 fois moins qu’indiqué par M. Hollande. Il a ainsi atteint 30 %.
A droite tout repose désormais sur le retour annoncé de Nicolas Sarkozy. Ces derniers jours, il a exposé à ses visiteurs, dirigeants politiques et journalistes, reçus à la chaîne dans ses bureaux de la rue de Miromesnil, son plan de reconquête en vue de 2017. Sa principale préoccupation est de rassembler une UMP rongée par les guerres internes depuis l'affrontement entre Jean-François Copé et François Fillon, fin 2012. Il a donc demandé à ses fidèles de ménager Alain Juppé, qu'il a récemment reçu et qui est pour l'heure son concurrent le plus dangereux pour la présidentielle. Il s’apprête à revoir François Fillon.
L’ancien président, qui devrait sortir du bois le 21 septembre, pense déjà au futur organigramme du parti qui comportera à la fois fillonistes, copéistes, représentants de la droite forte et centristes, dirigeants historiques et jeunes pousses. Dans cet objectif de rassemblement, l'ex-président demandera à ses soutiens de dissoudre l'Association des amis de Nicolas Sarkozy, présidée par Brice Hortefeux et créée eu lendemain de la défaite de 2012. Autre grand chantier de l'ex-locataire de l'Elysée : relooker de fond en comble un parti discrédité et ruiné. Cela passera par un changement de nom et par un déménagement du siège du parti.Une fois élu, il compte garder de la hauteur et confier la gestion quotidienne du parti à une équipe restreinte dont ferait partie Luc Chatel, actuel secrétaire général du parti.
SARKOZY PRET A FAIRE SON MEA CULPA
La question de son image reste pourtant essentielle pour celui qui reste rejeté par une partie de l'opinion et qui suscite encore de fortes réticences jusque dans son propre camp. Pour surmonter ce handicap, il mise sur ses qualités, son énergie, son dynamisme, son autorité et la légitimité que lui procure son statut d'ancien président, face à un François Hollande démonétisé. Mais il est conscient que cela ne suffira pas. Il envisage, pour atténuer son côté clivant, de faire enfin le mea culpa promis pendant des mois pendant la campagne de 2012 et qui n'est jamais vraiment venu, ainsi que l'inventaire de son quinquennat. Il sait ce qui n'a pas fonctionné et notamment qu'il n'a pas été assez rapide dans la mise en place des réformes en début de mandat. Reste la question du positionnement politique, qui reste la clé de la reconquête. Pour l'heure, l'ancien président se contente de promettre, sans davantage de précision, qu'il entend transcender le clivage droite-gauche.
En matière économique, le cas français n'était pas à l'agenda de l'Eurogroup, vendredi 12 septembre. Mais la situation budgétaire du pays s'est invitée dans toutes les conversations. L'annonce, deux jours plus tôt, par le ministre de l'économie, Michel Sapin, que Paris n'atteindrait pas l'objectif d'un déficit public inférieur à 3 % du PIB avant 2017, alors que le pays s'était engagé auprès de Bruxelles à y parvenir en 2015, fait craindre à d'autres pays de la zone euro que Paris demande à nouveau une application accommodante du pacte de stabilité et de croissance. C'est-à-dire que la France échappe à des sanctions ou à l'imposition de mesures correctives supplémentaires.
PARIS MAL EN POINT A BRUXELLES
Le fait que la France, déjà considérée comme un des mauvais élèves de l'Europe et toujours placée sous la procédure de « déficit excessif » par Bruxelles – alors que l'Italie, par exemple, en est sortie – puisse solliciter un nouveau délai de grâce, passe mal. Les pays baltes ou ceux du sud de l'Europe estiment qu'elle n'a pas entrepris les réformes de structures qu'eux ont consenties après la crise. A ce stade, Michel Sapin n'a toutefois rien demandé de tel à ses partenaires européens, vendredi. Tant que la Commission n'aura pas reçu formellement le projet de budget de la France pour 2015 les discussions avec Bruxelles ne pourront pas commencer. Avant d'en arriver aux sanctions (qui peuvent aller jusqu'à un montant maximum de 0,5 % du PIB), il existe une marge de négociation entre la France et Bruxelles. Le pacte de stabilité et de croissance prévoit en effet qu'il puisse être tenu compte des situations économiques exceptionnelles pouvant conduire à des dérapages budgétaires. C'est un des arguments que Paris veut faire valoir.
Mais pour jouer sur cette « flexibilité » du traité, les partenaires de la France ont été clairs, vendredi : l'invocation de la situation économique ne suffira pas, il faut que Paris fasse davantage de réformes. Des contacts entre Paris et la Commission ont en réalité déjà été pris. Pour pouvoir influer sur le projet de budget pour 2015 avant qu'il soit présenté au Parlement. La France doit faire l'effort de réduction des dépenses prévu en 2014 et davantage pour 2015.
LA DEFLATION TOUCHE AUSSI L'ALLEMAGNE
Les signaux déflationnistes dans la zone euro restent la première préoccupation des investisseurs. Le rendement des emprunts d'Etat français à deux ans est resté ancré en territoire très légèrement négatif au cours de la semaine, et les taux des emprunts d'Etat allemand ont connu le même phénomène jusqu'à une échéance de quatre ans ! Cette fuite des liquidités vers des titres rapportant, à ce prix, moins que rien n'est pas rassurant sur le risque de déflation. Cette semaine, d'ailleurs, l'Allemagne n'a pas connu un grand succès dans l'émission de nouveaux titres de dette indexés sur l'inflation de la zone euro à échéance 2030. Seuls 783 millions ont été alloués au prix demandé, et 217 millions d'euros ont été retenus par la Bundesbank qui les placera ultérieurement sur le marché.
La fiscalité belge attire une partie des plus grosses fortunes françaises. C'est ce qu'affirme une enquête du quotidien économique L'Echo parue samedi qui révèle que vingt des cent plus grosses fortunes hexagonales se sont établies en Belgique, les Français détenant au total 17 milliards d'euros dans ce pays. Bernard Arnault, l'homme le plus riche de France, sans être installé en Belgique, y a domicilié plusieurs sociétés dès 1999. Mais il est loin d'être le seul, confirme le journal, qui cite de nombreux autres noms, dont celui du patron du groupe belge de distribution Delhaize, présenté comme le premier à avoir créé, dès 1983, une holding en Belgique. L'Echo cite des gens connus comme la famille Mulliez, propriétaire du groupe de distribution Auchan, dont plusieurs membres sont domiciliés à Estaimpuis, commune frontalière choisie plus récemment par l'acteur Gérard Depardieu. Les hommes d'affaires Bernard Tapie et Stéphane Courbit, et l'animateur de télévision Arthur, font aussi partie du lot.
FOSUN VA AVOIR DU MAL A JUSTIFIER SA CONTRE OFFRE
Du coté des entreprises le groupe M6 est secoué depuis quelques jours par les rumeurs de départ de Robin Leproux directeur général de M6 Publicité et vice-président du directoire. Pour M6, ce départ intervient au pire moment. Le groupe a dû encaisser une chute du chiffre d'affaires publicitaire de ses chaînes gratuites (M6, W9 et 6Ter) de 5,4 % au deuxième trimestre sur un an. En juillet, M6 s'est vu refuser par le CSA le passage en gratuit de sa chaîne culturelle payante Paris Première, qui aurait pu lui ouvrir de nouveaux espaces de commercialisation. Reste que Nicolas de Tavernost est plus exposé que jamais, dans une situation où il semble être à la fois la solution et une partie du problème.
Plus d'un an après avoir lancé une première offensive pour prendre le contrôle du Club Méditerranée, le groupe chinois Fosun a décidé de surenchérir afin de ne pas laisser l'affaire passer aux mains d'un rival. Et cette fois-ci, plus question d'un subtil équilibre franco-chinois comme en 2013 : Fosun, est largement majoritaire dans le consortium monté pour l'occasion, avec 85 % des parts. Il propose désormais 22 euros par action du groupe de tourisme français, soit 5 % de plus que l'offre qui tenait actuellement la corde, celle de l'homme d'affaires italien Andrea Bonomi. Et 29 % de plus que la toute première offre franco-chinoise. A ce prix, le Club est valorisé 860 millions d'euros en comptant les dettes. Un montant élevé pour un groupe déficitaire, et en difficulté depuis des années.
Seule une agence de voyage chinoise, U-Tour, a finalement donné son accord pour prendre 7,5% du capital. Des discussions sont cependant encore en cours avec un autre allié possible, le brésilien Docas Investimentos, propriétaire du terrain sur lequel le Club doit construire son quatrième village au Brésil. Ardian, de son côté, a vendu vendredi matin toutes ses actions du Club à Fosun. Le fonds ne prévoit de remettre que 20 millions d'euros dans le cadre de la nouvelle offre. La direction du Club, et les principaux chefs de village, seront également de l'aventure. Au total, la nouvelle offre se révèle « made in China » à 93% selon le scénario actuel, le reste du capital se partageant entre Ardian (5%) et les dirigeants (2,5%). En 2013, Henri Giscard d'Estaing avait beaucoup insisté sur le fait que Fosun demeurerait minoritaire, et que le Club resterait français.
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