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Hollande et Valls dans la seringue de la contestation
par Yves de Kerdrel

Même si l’histoire ne se répète jamais, l’ampleur de la mobilisation des jeunes contre la loi El Khomri rappelle celle qui avait ébranlé le gouvernement Villepin lors de la tentative de mise en place du CPE. Le problème c’est que, rien, dans le texte en question ne peut être amendé qui concerne les jeunes. Tout le mois de mars risque donc d’être infernal pour François Hollande et Manuel Valls.

13/03/2016 - 07:53 Temps Lecture 13 mn.

Le moment a rarement été aussi difficile pour le couple exécutif. Popularité au niveau le plus bas. Échec du débat sur la déchéance de nationalité, puisque le Sénat refuse de voter le texte adopté par les députés. Mauvais résultats économiques. Déboires de l’état-actionnaire. Et surtout début d’une forte contestation contre la loi El Khomri avec notamment la mobilisation de jeunes pourtant peu concernés par ce texte. Selon les informations de WanSquare, les tous prochains jours seront importants pour l’avenir de ce projet de loi, dont la présentation en conseil des ministres a été reportée au 24 mars. Le gouvernement, qui vient d’achever sa phase d’écoute, doit présenter une nouvelle mouture du texte, demain aux syndicats et au patronat.

Le problème porte sur deux mesures unanimement rejetées par les syndicats : le plafonnement des indemnités prud’homales pour licenciement abusif, qui ne pourront plus dépasser quinze mois de salaire pour les salariés les plus anciens, et la réforme du licenciement économique, dont les critères seront plus précis et appréciés, pour les multinationales, sur leurs seules filiales établies en France. Sur le premier point Manuel Valls entend bien faire bouger le curseur quitte à s’attirer les foudres du patronat. Par ailleurs le nouvelle version du texte devrait comporter des améliorations sur la définition du licenciement économique.

TOUT EST DANS LES MAINS DES ETUDIANTS

Tout le monde est donc dans l’attente de cette nouvelle version de la loi El Khomri que ne porte plus beaucoup la Ministre du Travail. Sa seule participation récente au débat a été de proposer d’augmenter les cotisations patronales d’assurance-chômage pour les CDD afin de favoriser les embauches en CDI. Mais d’une part cette décision ne peut relever d’un accord entre les partenaires sociaux. En outre le Medef en fait un casus belli au moment même où démarrent les négociations avec les syndicats sur une nouvelle convention d’assurance-chômage. L’autre édulcoration du texte proposée par la ministre concerne l’abandon de la mesure permettant de faire travailler des apprentis de moins de 18 ans jusqu’à dix heures par jour et quarante heures par semaine.

Quelle que soit la nouvelle version du texte, la clé de son avenir repose auprès des organisations étudiantes. Invités à Matignon, vendredi, dans la dernière ligne droite de la concertation sur la future loi travail, elles ont jugé que le gouvernement campait sur ses positions, et donc appelé à amplifier la mobilisation pour obtenir le retrait du projet. A moins que Manuel Valls arrive à désolidariser la FAGE de l’UNEF. En progression ces dernières années, la FAGE est désormais au coude-à-coude, en termes de représentativité, avec l’UNEF. A Matignon, la FAGE a défendu la reconnaissance d’un droit universel à la formation. Ce qui reviendrait à muscler le compte personnel d’activité, en le dotant de beaucoup plus de droits que dans le projet initial.

HOLLANDE SE BAT CONTRE UNE PRIMAIRE

Il faut donc s’attendre, quoi qu’il advienne demain à une forte montée de la contestation. Après les rassemblements du 9 mars dernier qui ont réuni entre 224.000 (police) et 500.000 (syndicats) personnes, de nouvelles mobilisations sont attendues dans les prochains jours. Notamment le 17 mars. En effet, l'UNEF, principale organisation syndicale étudiante a appelé à une nouvelle journée d'action jeune. De son coté la Fage a indiqué qu'elle menaçait aussi de se mobiliser ce jour - là si elle n'était pas entendue. Ensuite aura lieu le 31 mars une grande manifestation unitaire. Les sept syndicats et organisations étudiantes (CGT, FO, Solidaires, FSU, UNEF, UNL et FIDL) qui s'étaient accordés sur leur volonté de demander le retrait du texte ont à nouveau appelé à la mobilisation pour cette journée.

Dans ce contexte marqué par une stupéfiante absence de François Hollande (il était en Corrèze au moment de la manifestation de mercredi dernier) le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Jean-Christophe Cambadélis, a fait savoir vendredi qu’il allait demander à chaque dirigeant du Parti socialiste s’il est favorable à la candidature de François Hollande en 2017. Le principe d’une primaire pour désigner le candidat à la présidentielle au sein du PS est inscrit depuis 2012 dans les statuts du parti, mais ne précise pas la marche à suivre dans le cas où le président sortant serait issu de ses rangs. Le 11 janvier, des intellectuels et des dirigeants écologistes ont lancé dans Libération un appel pour une primaire des gauches et de l’écologie en vue de 2017. Cette manœuvre de Cambadélis est vue naturellement comme un moyen de tuer ce débat sur la primaire.

LES CENTRISTES CONTRE SARKOZY

A droite le silence sur ce passionnant débat concernant la loi El Khomri témoigne de l’absence de réflexion des personnalités qui préfèrent travailler leur image et dédicacer leurs livres plutôt que d’avancer des propositions d’ordre économique. Si Nicolas Sarkozy a tordu le bras de ses adversaires en imposant que les investitures des candidats sortants à la législative de 2017 aient lieu en juin, tout n’est pas réglé pour autant. L’hypothèse d’une primaire de la droite sans un candidat centriste devient chaque jour un peu plus probable. A l’approche du congrès de l’Union des démocrates indépendants, le 20 mars, les relations entre la formation centriste et le parti Les Républicains (LR) ne cessent de se dégrader.

Vendredi, Jean-Christophe Lagarde est donc monté d’un cran dans la menace. Car le parti de Nicolas Sarkozy ne cède toujours pas. Malgré le vernis sur l’accord de gouvernance et sur les priorités partagées, l’enjeu principal est de trouver un terrain d’entente sur les investitures aux législatives de 2017. Selon les informations de WanSquare, il souhaite que tous les députés UDI soient reconduits et obtenir un tiers des investitures dans les circonscriptions à pourvoir. Lors du bureau politique des Républicains mardi soir, les dirigeants de la droite ont unanimement estimé que cette demande était disproportionnée. L’ancien président de la République ne souhaite pas du tout que la formation centriste présente un candidat à la présidentielle. Mais il ne peut mécontenter la base de son parti en lui accordant trop d’investitures aux législatives. Et il ne peut pas non plus avancer trop vite sur ce sujet.

LE BAZOOKA DE LA BCE

Au chapitre économique, certains indicateurs industriels, confirment une légère éclaircie en France. L’Insee a fait ressortir cette semaine que, dans le secteur marchand, ce sont 31 800 emplois qui ont été créés au quatrième trimestre 2015. Parallèlement, l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale, dont le champ de comptabilisation diffère de celui de l’Insee, a publié un communiqué indiquant que les effectifs salariés du secteur privé ont augmenté de 46 000 au quatrième trimestre 2015. Un autre élément vient conforter ce frémissement attendu : le succès remporté par la prime à l’embauche ouverte depuis le 18 janvier pour les PME. En un mois, ce sont près de 28 000 demandes qui sont parvenues sur le site du ministère du travail, soit un rythme d’afflux de 1 000 par jour. Le gouvernement tablait initialement sur un objectif de 50 000 créations nettes d’emplois en 2016. D’ores et déjà, les déclarations d’embauche ont augmenté de 5 % en janvier 2016 par rapport à janvier 2015.

Mais l’événement majeur réside dans la dernière réunion du conseil des gouverneurs de la BCE qui s’est tenue jeudi dernier. A son Issue Mario Draghi a annoncé une série de nouvelles mesures destinées à soutenir l’économie européenne. L’institut monétaire a, pour commencer, baissé ses trois taux directeurs. Le taux principal est passé de 0,05 % à 0 %, ce qui signifie que, désormais, les banques peuvent se refinancer gratuitement à ses guichets. Et surtout, le taux de dépôt est tombé de – 0,3 % à – 0,4 %, ce qui équivaut à augmenter la taxe sur les banques qui laissent dormir des liquidités à court terme. Il a annoncé aussi le lancement, dès juin, de quatre nouveaux targeted longer-term refinancing operations (TLTRO), des prêts de long terme (quatre ans) réservés aux banques de la zone euro qui prêtent à l’économie.

Mais la mesure la plus importante prise par la BCE est probablement le recalibrage de son programme de rachats de dettes publiques. Lancés en mars 2015, ces rachats de titres de dettes, essentiellement publics, passeront de 60 milliards à 80 milliards d’euros par mois. Ils seront également élargis à des obligations d’entreprises de bonne qualité, principalement de grands groupes. L’objectif est de soutenir ces entreprises et, en libérant les banques de ces titres, d’augmenter leur capacité à accorder de nouveaux prêts. Désormais, la BCE mise donc tout sur la relance du crédit à l’économie.

L’AFFAIRE SOLOCAL MONTE EN PUISSANCE

Concernant les grands dossiers industriels en cours, EDF focalise toutes les attentions après la démission de Thomas Piquemal, le directeur financier, placé dans une situation inconfortable après les projets britanniques de l’électricien. Son départ a entrainé une forte chute de l’action EDF, compensé par un rebond en fin de semaine. Mais le sujet de la fragilité financière du groupe a été relancé par un rapport de la Cour des Comptes. Celle-ci rappelle que l’endettement d’EDF, conjugué à la persistance, depuis 2010, d’un flux de trésorerie disponible négatif, limite les capacités de développement du groupe à l’étranger. Et cela à plus forte raison dans un contexte de besoin d’investissements massifs dans le parc nucléaire français.

La rumeur parisienne voit déjà Philippe Capron, actuel directeur financier de Veolia, et ancien directeur de financier de Vivendi, lorsque ce groupe était piloté par Jean-Bernard Lévy, rejoindre EDF de manière à rassurer les marchés et à consolider la position du président de l’électricien.

La grogne des actionnaires de Solocal désormais réunis au sein d’une association ad hoc reste élevée. D’autant plus qu’ils ont appris que la société avait mandaté à la fois Rothschild et Lazard pour travailler sur sa restructuration financière. Il sont désormais 607 actionnaires français et étrangers détenant 7 % du capital. Et l’AMF n’est pas restée sourde à leurs appels, puisque la direction des Émetteurs a confirmé cette semaine que les services du gendarme de la bourse suivent « attentivement » le dossier.

GROGNE DE FONDS ACTIVISTES CHEZ SUEZ

Du coté des mouvements au sein des conseils d’administration, il faut retenir la prochaine arrivée de Thierry Aulagnon, ex patron de la banque d’investissement à la Société Générale, chez Thalès comme administrateur nommé sur le quota réservé à l’état et de Martin Vial, es qualités de patron de l’Agence des Participations de l’État. Par ailleurs Fabrice Brégier, le talentueux patron d’Airbus s’apprête à remplacer Jean-Louis Beffa au conseil d’Engie. Lorsque Gérard Mestrallet est venu supplier Emmanuel Macron de prolonger son mandat à la tête d’Engie, en dépit d’une limite d’âge statutaire, le Ministre de l’économie a posé comme condition la révocation de l’ancien patron de Saint-Gobain, par ailleurs senior advisor de Lazard. Par ailleurs Peter Ricketts, qui vient de quitter son poste d’ambassadeur du Royaume-Uni en France devrait faire son entrée au sein de ce conseil.

Par ailleurs à l’approche de l’assemblée des actionnaires d’Engie un certain nombre de fonds étrangers, comme ceux qui se sont manifestés l’an passé chez Vivendi, entendent interroger les administrateurs sur l’attribution généreuse d’unités de performance à Gérard Mestrallet en dépit de deux années marquées par des impairment records et un cours de l’action au plus bas historique. Ils entendent également saisir le haut conseil du gouvernement d’entreprise sur les informations communiquées par la société concernant la retraite-chapeau de Gérard Mestrallet. Le document de référence d’Engie a beau préciser que l’intéressé « ne bénéficie d’aucun avantage de retraite accordé à titre individuel », il devrait empocher une retraite-chapeau de 831 641 euros. Ce qui a obligé Engie à provisionner une somme de 21 millions d’euros… rappelons que pour des pertes moins importantes à celles annoncées par Engie, Philippe Varin, l’ancien patron de PSA a été contraint de renoncer à une retraite-chapeau beaucoup moins généreuse.

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