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Yves de Kerdrel

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Fin d'année déliquescente pour l'ensemble des politiques
par Yves de Kerdrel

D'un côté la majorité et le gouvernement ont connu leur pire semaine avec les évènements liés à Florange et à l'accord passé avec Mittal. D'un autre côté l'opposition s'enferme dans "une guerre de cent ans", avec la co-existence de deux groupes parlementaires et un ancien président qui n'a pas su siffler la fin de la récré.
09/12/2012 - 07:46 Temps Lecture 7 mn.
Dure semaine pour l'ensemble du personnel politique. Qu'il soit de droite ou de gauche. Commençons par la majorité présidentielle qui a dû faire face à la grogne des ouvriers d'ArcelorMittal à la suite de l'accord passé entre le chef du gouvernement et l'industriel indien. Le paradoxe de cette affaire, c'est que Jean-Marc Ayrault qui a obtenu le fait qu'il n'y ait pas de plan social concernant 629 salariés du groupe, s'est retrouvé piégé et cloué au pilori à la suite du retrait annoncé par Mittal sur les investissements promis. Au final tout cela ne change pas grand chose sur l'avenir de la "filière chaude" en France comme en Belgique, dont chacun sait qu'elle est condamnée. Mais la communication désatreuse de Matignon sur le sujet s'est retournée contre le Premier Ministre, et de fait contre l'ensemble de la majorité présidentielle. Le comble c'est que c'est bien Arnaud Montebourg qui sort renforcé alors qu'il y a une semaine il était humilié par Jean-Marc Ayrault qui annonçait à la télévision son accord avec Mittal pendant que le Ministre du Redressement Productif travaillait avec les membres de son cabinet sur le projet du repreneur franco-belge. Une semaine s'est écoulée depuis qu'Arnaud Montebourg est venu s'expliquer sur le plateau de TF1 après avoir été reçu en tête à tête, d'abord par François Hollande, puis par Jean-Marc Ayrault qui a refusé sa démission. Et sa cote de popularité n'a pas arrêté de grimper, à gauche et même à droite. INCONTROLABLE MONTEBOURG Le problème pour Jean-Marc Ayrault, c'est que ce très gros râté vient s'ajouter à l'affaire de l'aéroport de Notre-Dame des Landes où ses plus farouches opposants étaient à l'intérieur même de son gouvernement avec Cécile Duflot et surtout Pascal Canfin, le ministre vert chargé du développement. Une affaire qu'il n'a pas su gérer tant sur le plan politique que sur le plan de la communication, puisque l'envoi de CRS en masse n'a rien changé et a finalement débouché sur l'ouverture d'une énième commission du dialogue, alors que 85 % des terrains ont déjà été acquis dans le cadre de ce projet. Pour 10 millions d'euros.. Face à la déliquessence du gouvernement Ayrault, le silence du Président de la République est assourdissant. Dans son entourage on le dit submergé par les sujets liés à l'international. Le problème, c'est que la gestion du gouvernement lui échappe totalement. De toutes les interviews données par Arnaud Montebourg, en l'espace de six mois, il n'a obtenu le droit de n'en relire qu'une seule avant parution - sur le sujet PSA. Et il en est de même avec Cécile Duflot dont l'attaque portée sur le parc immobilier du diocèse de Paris a placé l'Elysée dans une situation très délicate, à un mois de la grande manifestation contre le mariage homosexuel. NKM TENTEE PAR PARIS ? Dans un environnement politique où l'opposition est toujours aussi anéantie par les suites du combat Copé-Fillon, ce sont donc Cécile Duflot ainsi qu'Arnaud Montebourg et sur un autre registre, Jean-Luc Mélenchon, qui constituent les plus farouches adversaires de la politique menée par l'actuel gouvernement. Malgré cela personne ne voit François Hollande, se séparer, pour l'heure, de son premier ministre, qu'il voudrait bien garder jusqu'aux élections municipales. Sauf, bien sûr si la situation venait à dégénérer au mois de janvier. A droite la situation frise maintenant le ridicule. Les menaces judiciaires de François Fillon sont restées sans suite. Et elles perdent en force tant qu'elles restent à l'état de menace, dans la mesure où le code électoral est fait pour régler ce type de litiges dans l'urgence, et souvent par la voie du référé. Il reste pour l'heure deux groupes parlementaires. Et quoi qu'en dise ses seconds couteaux, François Fillon n'entend, en aucun cas, dissoudre son groupe. Du coup Jean-François Copé joue sur le temps qui passe, et va tenter de faire revenir au bercail UMP des parlementaire fillonistes. C'est dire si les discussions nocturnes entre Jean-François Copé et François Fillon, menées sous l'injonction de Nicolas Sarkozy ne mèneront pas à grand chose. Sauf, dans le meilleur des cas à une direction de l'UMP un peu plus collégiale et à un rôle accru donné à la Commission des Sages. Dans ce contexte, des non-alignés comme Nathalie Kosciusko-Morizet - qui commençerait à songer à la Mairie de Paris, dans la mesure où Jean-Louis Borloo n'aurait pas envie d'y aller - Bruno Le Maire ou Xavier Bertrand jouent un rôle de plus en plus personnel qui ne trompe personne. LE PARI REUSSI DE SPITZ Sur le plan économique, la situation est pour le moins curieuse, comme le répètent tous les industriels, avec une forte dégradation de la situation en Europe, et notamment en Allemagne depuis quelques semaines, mais une éclaircie aux Etats-Unis où les chiffres du chômage diminuent sensiblement. Quant aux pays émergents, ils semblent en avoir fini avec le trou d'air de l'été dernier. C'est déjà très perceptible en Chine avec la remontée surprise des prix de l'immobilier. De tout cela il a été largement question à Cannes, tout ce week-end, à l'occasion de la cinquième édition de la World Policy Conference organisée par Thierry de Montbrial à travers des discussions axées principalement sur la gouvernance mondiale. Parmi les industriels présents figuraient Christophe de Margerie, le patron de Total, Bruno Lafont, celui de Lafarge, ou Lionel Zinsou, celui de PAI Partners. Et à côté d'eux figuraient des personnalités internationales comme Jean-Claude Trichet, Pascal Lamy, le directeur général de l'OMC ou Benoit Coeuré le représentant français au sein de la BCE. Les semaines à venir vont être marquées par les nouvelles étapes du feuilleton de l'agenda européen en termes de régulation financière. A l'occasion de la soirée d'ouverture de la conférence Solvency II organisée à Paris par Bernard Spitz, le patron de la FFSA, Ramon Fernandez a dressé un tableau très optimiste de l'évolution de la régulation européenne, tout en donnant raison aux assureurs à propos de leurs inquiétudes sur l'impact de Solvency sur le financement à long terme de l'économie. Un discours en petit comité, que la députée Karine Berger, a écouté avec attention, alors qu'elle met la dernière main à son rapport sur l'épargne de long terme. S'agissant de banque, Nicolas Dufourcq, le directeur général de la Banque Publique pour l'Investissement commence à prendre la mesure des difficultés qui l'attendent. Avec notamment le rôle que les présidents de région souhaitent jouer tant dans la gouvernance de l'établissement que dans les comités d'engagement. Pour l'heure, la seule certitude est que Alain Rousset et Ségolène Royal devraient représenter les élus régionaux au conseil de surveillance de la BPI. Enfin, c'est ce jeudi que Vincent Bolloré devrait être officiellement coopté au conseil de surveillance de Vivendi à la place laissée libre par Jean-Yves Charlier, qui a pris la responsabilité des activités télécoms. D'autres nominations devraient suivre. Ne serait-ce que parce que Maureen Chiquet, la patronne de Chanel, souhaiterait abandonner son mandat. Le cabinet Russel Reynolds est en piste pour trouver une femme susceptible de rejoindre ce conseil.