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Pourquoi Nicolas Sarkozy cherche à tout prix à ramener les deux "têtes brûlées" de la droite à la raison et à la discussion
par Yves de Kerdrel

L'ancien Président de la République ne ménage pas ses efforts, en coulisses, pour tenter de trouver une "porte de sortie" à la guerre interne qui mine l'UMP et empêche l'opposition de faire son travail. Avec l'aide des non-alignés et de certaines des plus importantes fédérations. Il redoute que les élections partielles du 9 décembre fassent apparaître une montée en puissance du Front National.
02/12/2012 - 07:36 Temps Lecture 7 mn.
Comme le résument de nombreux parlementaires : le vrai conflit, à droite, se trouve désormais entre Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy. Le Maire de Meaux, qui partage bien des aspects de la personnalité de l'ancien Président de la République, serait en train de chercher à s'émanciper de son ancien mentor. Voire de "tuer le père" au sens psychanalytique du terme. Comme Nicolas Sarkozy avait fait de même avec Jacques Chirac. C'est bien la raison qui pousse aujourd'hui l'ancien chef de l'Etat à sortir de sa réserve à se montrer de plus en plus insistant auprès de François Fillon comme de Jean-François Copé, afin que tous deux reprennent langue et trouvent une solution de sortie. Vendredi Nicolas Sarkozy a donc appelé, tour à tour, les deux belligérants en leur demandant de trouver une solution d'ici à mardi soir. Il l'a fait après avoir été en contact, à plusieurs reprises, avec Nathalie Kosciusko-Morizet et Brice Hortefeux. Par ailleurs les non-alignés ont décidé d'agir en tenailles, en sollicitant l'action de l'ancien Président de la République et en faisant monter la pression du côté des militants. La pétition numérique appelant à un nouveau vote compte désormais plus de 30.000 inscrits. Et certaines des plus grosses fédérations commencent à se manifester auprès du siège de l'UMP pour demander un nouveau scrutin le plus vite possible. BUNKERISATION A L'UMP Du côté de Jean-François Copé, l'heure est à la bunkerisation. Le député-maire de Meaux occupe toute la journée son bureau de président de l'UMP. Comme pour se convaincre qu'il est bien le leader du principal parti d'opposition. Et également pour avoir l'oeil sur toutes les manoeuvres, notamment judiciaires, qui viendraient du camp Fillon. Il a refusé d'obtempérer immédiatement à la demande de Nicolas Sarkozy, promettant de lui donner une réponse ce soir après un week-end marqué par le retour des meetings, notamment en Lorraine chez Nadine Morano. Si certains modérés, comme Luc Chatel ou Rachida Dati poussent Jean-François Copé à rechercher une porte de sortie, ses seconds couteaux, Jérôme Lavrilleux, et la nouvelle secrétaire générale de l'UMP, Michèle Tabarot, le poussent à ne surtout pas bouger. Le clan Fillon cherche, de son côté, à maintenir la pression en jouant sur la création d'un groupe parlementaire. Mais sans toutefois franchir la ligne jaune qui consisterait à demander les ressources financières auxquelles donne droit chaque parlementaire. De surcroit, l'avocat François Sureau a préparé, toute cette semaine, une action judiciaire. A utiliser au cas où...!. L'ancien Premier Ministre intervient aujourd'hui, à l'invitation de son fidèle Jérome Chartier, lors des entretiens de Royaumont, sur la thématique de la valeur travail. Peut-être lancera-t-il enfin une perche à l'égard de Jean-François Copé. L'ENERVEMENT DE SARKOZY Si les relations devaient s'améliorer une commission collégiale pourrait surveiller le fonctionnement de l'UMP et la préapration d'un nouveau scrutin. Le camp Fillon a déjà missionné pour cela Eric Woerth et Xavier Bertrand. Du côté des non-alignés, il y aurait Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire. Chez les copéistes, cela évolue tous les jours. Luc Chatel, pressenti, aurait décliné. De fait, les noms de Christian Jacob et de Sébastien Huyghue ou de Rachida Dati, circulent régulièrement. Il reste que Nicolas Sarkozy a très mal vécu cette semaine, au cours de laquelle Jean-François Copé a joué au "gamin mal élevé". D'abord parce que cela a miné, en partie son autorité et son magistère sur l'ensemble de la Droite. Ensuite, parce que cela l'a contraint à sortir du bois à deux reprises, alors qu'il espérait bien gagner davantage de temps "pour se refaire une virginité politique". Enfin parce qu'il redoute que l'UMP finisse coupée en deux avec un clan copéiste capable de nouer des alliances avec le Front National lors des prochaines élections municipales. A l'Elysée, tous ces évènements sont suivis à la loupe, mais sans plaisir particulier. Car, tout cela arrive trop tôt et laisse encore beaucoup de temps à la Droite pour se refaire une santé avant les prochaines échéances électorales. Ensuite et surtout, parce que tout ce qui arrive de mal à un grand parti est également mauvais pour l'autre grand parti de gouvernement et renforce le sentiment du "tous nuls et tous pourris", chez les français les plus désabusés par la politique. MITTAL N'A RIEN CEDE C'est bien sûr l'affaire Mittal qui a principalement occupé l'éxécutif tout au long de la semaine écoulée. Avec d'un côté Arnaud Montebourg dans le rôle des "va-t-en-guerre" poussant à la nationalisation, sans se rendre compte des conséquences désatreuses de ce mot pour les investisseurs étrangers. Avec de l'autre, Emmanuel Macron, le secrétaire général ajoint de la Présidence qui a su trouver les arguments pour convaincre François Hollande et Jean-Marc Ayrault d'accepter la proposition de Mittal. Même si cette solution est très loin de satisfaire les syndicats, puisqu'elle se traduit par une acceptation de la fermeture des hauts-fourneaux, et un engagement d'investissement assez limité dans une optique à moyen terme. Par ailleurs vendredi soir un évènement est passé quasiment inaperçu : il s'agit de la dégradation de la note du Mécanisme européen de stabilité (MES), de Aaa à Aa1, avec une perspective négative par Moody's. Une décision qui fait suite à la récente dégradation de la note souveraine de la France. Par ailleurs l'agence de notation a ajouté que cette décision est également due à la "forte corrélation" en termes de risque de crédit au sein des principaux soutiens financiers du MES et du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Du côté des affaires, comme cela était prévu dans le cadre des accords signés au printemps dernier entre Casino et les Galeries Lafayette, Jean-Charles Naouri a pris vendredi la présidence de Monoprix, que lui a laissée Philippe Houzé. La prochaine étape, réside dans le rachat par Casino des 50 % de Monoprix que détiennent les galeries Lafayette à compter du 1 er avril prochain, sur la base d'un prix de 1 175 millions d'euros. Le principal évènement de la semaine à venir sera l'investor day de GDF-Suez, jeudi prochain, au cours duquel Gérard Mestrallet va dérouler la stratégie du groupe. Avec notamment sa volonté de se développer toujours plus à l'international, là où la consommation d'électricité augmente régulièrement, aux dépens de la vieille Europe où le "peak power" a déjà eu lieu. P.S. : WanSquare s'associe à la peine des collaborateurs du groupe Le Monde qui ont perdu cette semaine un directeur de la rédaction talentueux, exigeant et rigoureux. L'auteur de ces lignes, qui a partagé le bureau, et les pages d'Erik Izraelewicz pendant plusieurs années, aux Echos, prend part au grand deuil qui frappe cruellement tous ses proches et ceux qui travaillaient avec lui.
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