éditorial
La rigueur réunit la droite... mais divise les socialistes
par Yves de Kerdrel
Le plan de rigueur et d'économies annoncé le 24 août par François Fillon est passé "comme une lettre à la poste". Il ne crée que des remous à gauche, avec un François Hollande qui veut moins de déficit dés 2012 et une Martine Aubry qui n'amende en rien son projet, au risque de se laisser distancée.
28/08/2011 - 07:26

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C'est finalement sans douleur et presque avec soulagement que la majorité a pris connaissance du plan de rigueur et d'économies destiné d'une part à réduire le déficit budgétaire et d'autre part à tenir compte d'une révision à la baisse des perspectives de croissance pour 2011 comme pour 2012. En retenant comme hypothèse une progression de 1,75 % du PIB pour ces deux années, François Fillon a fait preuve d'une extrême prudence. Car pour l'heure aucun scénario réalisé par les grands économistes de la place sont aussi pessimistes. Ce qui donne d'autant plus de crédit à sa volonté d'afficher l'an prochain un déficit budgétaire représentant 4,5 % de la richesse nationale.
Bien sûr, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Car le Parlement va devoir d'abord examiner la loi de finances rectificative, puis le projet de loi de finances pour 2012, avec sans nul doute quelques amendements incongrus. Surtout après la publication du rapport de 6.000 pages réalisé par l'inspection des finances et dévoilant toutes les économies qui peuvent encore être faites en supprimant les niches fiscales inefficaces ou peu efficientes. Par ailleurs, certains parlementaires jugent d'ores et déjà la contribution demandée aux "super-riches" trop modeste, dans la mesure où elle ne concerne que la fraction de leur revenu qui les sépare du seuil de 500.000 euros. D'aucuns voudraient donc, soit abaisser ce seuil, soit une taxation au premier euro.
L'APPEL TELEPHONE DU NOUVEL OBS
Il reste que l'appel lancé par le Nouvel Observateur auprès des grands patrons français sur le thème "taxez-nous" a fait un flop ! Au départ l'hebdomadaire souhaitait réunir une centaine de noms. Voyant qu'il n'y parviendrait pas, il s'est fixé comme but de réunir quarante signatures, à l'image des quarantes milliardaires américains qui s'étaient engagés, il y a un an, à léguer au moins la moitié de leur fortune à des oeuvres philantropiques. Finalement, le journal n'a réuni que seize signatures, y compris Claude Perdriel, propriétaire du Nouvel Observateur. Les limiers du patronat français auront remarqué que pas un des signataires ne faisait partie de "la bande du Fouquet's". Et réciproquement, aucun des patrons réputés proches de Nicolas Sarkozy, et présents à cette fameuse soirée, n'a souscrit publiquement à cette idée de taxation, pourtant chère au Président de la République.
Ce dernier a pu apprécier la manière dont son Premier Ministre avait fait les arbitrages nécessaires au plan de rigueur. Pour une fois, il l'a appelé au téléphone, après sa prestation au journal télévisé de 20 heures. Avant de s'envoler vers la Nouvelle-Calédonie, en passant voir Hu Jintao à Pékin. Un long voyage dont il revient en ce début de semaine, afin d'être à pied d'oeuvre pour la traditionnelle conférence de rentrée des ambassadeurs. A cette occasion le Président de la République devrait adresser deux messages aux diplomates français. Le premier pour se féliciter - à juste titre - de l'intervention de la France auprès des insurgés libyens. Opération qui n'aurait pas pu être techniquement réalisable si le pays n'avait pas rejoint il y a deux ans le commandement intégré de l'OTAN. Le second pour évoquer les déséquilibres mondiaux et préparer le sommet du G 20 de novembre à Cannes.
LARGE AVANCE DE HOLLANDE
Mais l'actualité de ces toutes dernières heures a été surtout dominée par les disputes de famille chez les socialistes, à l'occasion de l'Université d'Eté de La Rochelle. L'omni-présence de Martine Aubry dans les médias, au cours de la semaine précédente et les sondages confortant la très large avance de François Hollande ont naturellement exacerbé les tensions entre les fidèles des deux principaux leaders socialistes. Mais avec 18 % des intentions de vote, Ségolène Royal est toujours, largement en mesure de troubler le jeu, d'autant que les indications semblent laisser envisager que ses électeurs voteraient davantage, au second tour, pour Martine Aubry, que pour François Hollande. A moins que celle-ci fasse un ralliement officiel. Ce qui pourrait bouleverser les règles du jeu.
En dépit des craintes suscitées, Rue de Solférino, en début de semaine, par la remise en liberté de Dominique Strauss-Kahn, le nom de ce dernier n'a pas été évoqué à La Rochelle. D'abord parce que l'intéressé semble prendre son temps avant de revenir dans l'Hexagone. Ensuite, parce que, sans surprise, plus de la moitié des français, souhaitent le voir disparaître du jeu politique.
NOUVELLES CRAINTES SUR L'EUROPE DES DETTES
Si, au cours du mois de septembre, Martine Aubry entend rattraper le retard qu'elle a pris sur François Hollande, en matière de déplacements et de meetings, ce dernier va continuer d'être présent et d'enregistrer des ralliements. Prenant acte des préoccupations des français au sujet de la crise financière, il a prévu de s'exprimer très vite sur la nécessité de séparer "plus clairement, au niveau européen puis au niveau international, les métiers de banque commerciale et de banque d'investissement." Une manière de plus de se rapprocher des idées développées par son ex-compagne.
D'autant que dans les milieux d'affaires, personne ne croit vraiment à une amélioration sur le front des dettes souveraines. Les demandes de garanties exprimées par la Finlande, dans le cadre du second plan de sauvetage grec, grippent la mécanique instaurée le 21 juillet. Surtout, dans quelques jours - le 7 septembre précisément - la cour de Karlsruhe, qui est à l'Allemagne, l'équivalent de notre conseil constitutionnel, doit rendre son verdict concernant la régularité du premier plan de sauvetage de la Grèce. Car outre-Rhin, on se réfère toujours au Traité de Maastricht qui prévoyait formellement qu'aucun pays de l'Union Européenne ne puisse être appelé pour éviter la faillite d'un autre Etat de l'Union.
Si les marchés ont légèrement rebondi, au cours des dernières séances, dans l'espoir d'une déclaration très volontariste de Ben Bernanke, lors de la conférence de Jackson Hole, cet enthousiasme devrait se modérer à présent. D'autant que la Réserve Fédérale a renvoyé à la Maison Blanche toutes les initiatives à prendre pour tenter de sauver la croissance américaine. Autant dire que la rentrée devrait rester agitée sur le front macro-économique, mais aussi sur les questions d'endettement. Et cela, des deux cotés de l'Atlantique.
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