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"Emmanuel Macron ne craint pas les conflits"

Le déplacement d'Emmanuel Macron à Berlin aujourd'hui fait la Une de tous les quotidiens allemands. Si le Président français est pénalisé en France par le vaste mouvement de grèves, il continue de porter son projet européen à bout de bras. Il espère ainsi convaincre la Chancelière.
Angela Merkel - Emmanuel Macron
Angela Merkel - Emmanuel Macron

"La facilité apparente avec laquelle le Président français a conquis l'Elysée et réformé le droit du travail en automne a cédé la place aux troubles du pouvoir", prévient le Frankfurter Allgemeine Zeitung dans un article consacré à la visite d'Emmanuel Macron à Berlin aujourd'hui. Mais selon l'éditorialiste, "le Président ne craint visiblement pas les conflits", faisant allusion au mouvement de grèves de la SNCF qui pénalise l'Hexagone depuis plusieurs semaines. "Ce dont Angela Merkel devrait s'apercevoir aujourd'hui" poursuit avec ironie le journaliste. Selon lui, le Président français est dans une phase de double test, où il devra prouver qu'il sait gérer le conflit avec les cheminots et, diplomatiquement, faire passer auprès de l'Allemagne son projet européen.

Si l'Allemagne n'a pas forcément les mêmes vues qu'Emmanuel Macron concernant l'avenir de l'Europe, l'éditorialiste souligne que le Président français a eu le mérite d'en refaire une priorité sur la scène diplomatique et de faire en sorte que le sujet soit pris au sérieux. "Contrairement à son prédécesseur Hollande, Macron ne veut pas s'asseoir ou passer sous silence les désaccords avec les autres gouvernements européens. Cela fait de lui un adversaire exigeant et souvent inconfortable pour le gouvernement fédéral", commente ainsi le journaliste. Qui estime que le Président a déjà prouvé dans son pays qu'il savait faire aboutir ses projets : "Ce Président ne se contente pas d'annoncer les réformes, il les met en pratique. (...) Son endurance semble avoir commencé à payer. La participation au mouvement de grève s'essouffle et son projet de loi PACTE est en première lecture à l'Assemblée". Mais du point de vue de son projet européen, le défi est encore bien plus grand, poursuit le journaliste. "Non seulement parce que la CDU/CSU est opposée à son idée d'approfondissement de la zone euro et notamment de budget européen et d'union bancaire", mais également parce que la question migratoire, que Macron souhaite absolument aborder, est "épineuse". 

Selon Manager Magazin cependant, si Emmanuel Macron aura effectivement du mal à faire entendre ses vues du point de vue du budget européen et du FMI à l'européenne, il devrait en revanche s'entendre plus facilement sur les questions de politique d'asile commune à toute l'Europe et de renforcement des frontières aux portes de l'UE. Angela Merkel et Emmanuel Macron devraient par ailleurs "essayer de trouver une ligne commune concernant le conflit commercial avec les Etats-Unis ou concernant la Syrie", alors que la Chancelière se rend à Washington vendredi et que le Président français sera accueilli à son tour par Donald Trump à partir de lundi. Selon le magazine allemand, la Chancelière et le Président devraient donc accorder leurs violons avant leurs visites respectives aux USA. 

Selon Deutschlandfunk, le challenge pour les deux chefs d'Etat aujourd'hui sera de trouver un compromis d'ici au sommet de fin juin qui devrait justement traiter de l'avenir de l'UE. Le média estime qu'Emmanuel Macron ne pourra réussir à faire passer ses idées, et notamment celle d'un fonds monétaire européen, sans passer par les parlements nationaux, qui n'ont d'ailleurs pas assez été consultés en amont sur ces projets, selon le journal en ligne. "Le député CDU Rehberg a souligné que le Bundestag doit être impliqué dans les décisions concernant l'argent des contribuables allemands", note le média. Et, "plus récemment, le chef de la CSU Dobrindt a déclaré qu'il rejetait un ministre des Finances de l'UE et critiquait également son propre budget pour la zone euro". Selon le Heilbronner Stimme, si les attentes d'Emmanuel Macron sont grandes, "après des semaines à patienter qu'un gouvernement allemand se mette en place", la plupart des sujets défendus par le Président français risquent de faire débat au sein de la nouvelle coalition allemande, et pourraient ne pas avoir abouti d'ici à la fin juin. 

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