Presse US : « les sociétés françaises ont une nouvelle liberté… de virer »
« Les annonces sont arrivées à un flot régulier. 1 300 suppressions d’emplois chez le plus gros constructeur automobile français. Au moins 2 500 dans la plus importante chaîne de supermarchés. Plus de 200 chez une grande marque de vêtements. Et des milliers d’autres sont en vue. » Régulièrement critique sur le manque de flexibilité du marché du travail français, le New York Times assiste médusé à une succession de plans sociaux dans l’Hexagone. Cela est lié au passage de la réforme du marché du travail, qui rend les suppressions d’emplois plus faciles pour les entreprises. « Les changements apportés au volumineux code du Travail font partie d’un mouvement plus général lancé par le Président Emmanuel Macron pour relancer la croissance et conduire la France vers un modèle économique de style Scandinave appelé la ‘flexi-sécurité’ », analyse le journal.
Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres : le journal juge ainsi que « les inégalités initiales entre les droits des employeurs et les protections des employés signifient que le tableau économique va se détériorer avant de s’améliorer ». Et de prédire une aggravation du chômage, pourtant tombé à 8,9% fin 2017, un plus bas depuis 2009, ou encore l’impatience des syndicats si les promesses de protection ne sont pas suivies d’effets. Pourtant, « la perception de la France, longtemps raillée comme un endroit difficile pour les affaires en raison de ses règles onéreuses sur le travail, change », reconnaît le New York Times. Qui cite Amazon, qui va ouvrir un centre de distribution en France et créer 1 000 emplois, ou encore Google et Facebook, qui vont y développer leur intelligence artificielle grâce à la qualité des ingénieurs français.
Mais comme toujours en France, le changement prend du temps. « Le Parlement ne va voter sur un budget de 15 millions d’euros pour des initiatives publiques et privées de formation et reclassement qu’au printemps, et il faudra encore des mois pour qu’elles prennent effet ». Surtout, « le fait que les licenciements soient annoncés avant cette partie cruciale a nourri des suspicions parmi les organisations du travail », qui craignent que cela ne serve qu’à réduire la protection des salariés – « et ainsi leur propre pouvoir ». Car le média américain n’est pas dupe : « les mesures pourraient avoir pour effet de monter les syndicats les uns contre les autres – ce qui pourrait jouer en la faveur de M. Macron ».
Le Wall Street Journal se veut plus mesuré, avec son titre « la loi Macron secoue le travail français », mais recense les mêmes exemples frappants de licenciements chez PSA, Société Générale, Pimkie ou encore IBM. Avec le même dilemme : « Ce recours est un premier test pour savoir si les changements de M. Macron conduiront à une modernisation de la main d’œuvre française, ou ouvriront seulement la voie à des suppressions d’emplois massives ». Le Président français a sans aucun doute pour volonté d’innover : « M. Macron est à la recherche d’une nouvelle ère de coopération du travail avec pour but de mettre fin à des décennies de dispute entre les propriétaires d’entreprises et les syndicats enclins à la grève ».
Si le gouvernement compte encourager la création d’emplois en réduisant toutes les couches de protection des salariés, « l’approche de M. Macron pourrait néanmoins se retourner contre lui, si les sociétés utilisent les nouvelles mesures pour réduire leurs effectifs sans recruter ». Là encore, le journal américain relève le changement d’image : « les entreprises étrangères qui voyaient la France comme un cul-de-sac pour l’investissement la regardent de plus près ». Et de citer des avocats qui reçoivent de plus en plus d’appels de groupes qui envisagent d’intégrer le marché français « dans un paysage consensuel qui ne soit pas traumatisant pour leurs équipes, selon Claire Toumieux, associé chez Allen & Overy ».
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