Le patron de Fosun disparaît
Le chariman de Fosun qui avait disparu des radars jeudi 10 décembre a finalement donné de ses nouvelles par l'intermédiaire d'un communiqué, vendredi soir, dans le quel il précise "assister les autorités dans leurs investigations". L’homme d’affaires a toujours nié être impliqué dans des affaires de corruption depuis 2013, mais l’été dernier, un juge a pointé du doigt ses relations avec Wang Znongman, qui avait détourné 195 millions de yuans (27,6 millions d’euros) lorsqu’il était à la tête de plusieurs entreprises étatiques, afin d’avantager Fosun. Et Guo Guangchang avait en retour vendu deux villas aux parents du dirigeant, pour la moitié de leur prix de marché. Des affirmations ensuite réfutées officiellement par Fosun.
Créé en 1992 et coté depuis 1998, Fosun est le plus grand conglomérat de Chine continentale, qui détient des positions dans l’immobilier, le retail, les mines et plus récemment la finance, où il a acquis des assureurs et autres acteurs financiers partout dans le monde. Affichant une capitalisation boursière de 114,5 milliards de dollars de Hong Kong (13,4 milliards d’euros), il est souvent comparé à une sorte de Berkshire Hathaway asiatique, et son patron à l’emblématique Warren Buffett, qui a lui aussi investi les primes de ses participations dans l’assurance pour se diversifier. Guo Guangchang est classé comme la 11ème fortune chinoise, avec un patrimoine de 6,9 milliards de dollars.
En France, Fosun s’est bien sûr fait connaître à l'occasion de son OPA sur le Club Med, objet d’une âpre bataille boursière avec l’homme d’affaires italien Andrea Bonomi après qu'un litige judiciaire eut bloqué le dossier pendant plus d'un an. Le holding chinois était entré au capital du groupe de villages de vacances en 2010, puis en était devenu partenaire avec l’ouverture de centres en Chine. Fin mai 2013, il crée la surprise -et l’émoi- en lançant une offre publique sur la société dirigée par Henri Giscard d’Estaing, aux côtés d’Axa Private Equity (devenu Ardian) à 17 euros par action. L’offre suscite un recours en justice de la part du fonds CIAM et de l’association de défense des minoritaires (ADAM), emmenée par Colette Neuville, qui contestent l’équité de l’offre. L’affaire est rejetée en appel au printemps 2014 et l’OPA est rouverte en mai mais Andrea Bonomi en profite pour monter au capital et lancer une OPA à 21 euros par action. Les surenchères se succèdent alors mais c’est finalement Fosun qui obtient gain de cause fin 2014 à 24,60 euros par titre,valorisant le groupe 939 millions d’euros. Quelques mois plus tard, il entre au capital de l’agence de voyages britannique Thomas Cook, et l’été dernier, les deux sociétés annoncent un partenariat visant à partager des vols à destination de l’Europe. Récemment, il est également monté au capital de la société de gestion et banque privée BHF Kleinwort Benson en indiquant vouloir déposer une offre sur le groupe. Finalement, c'est Oddo qui a emporté le morceau en lançant une contre offensive à un prix plus élevé que celui évoqué par le chinois et en sécurisant au moins 50% du capital de l'établissement financier.
En attendant d’en savoir plus sur son chairman, le titre Fosun, ainsi que les sociétés dont il est actionnaire, ont été suspendues à la Bourse de Hong Kong ce vendredi. Leur cotation devrait toutefois reprendre lundi, le communiqué assurant que ces péripéties ne devraient avoir aucun impact sur les activités du groupe. L'affaire n'est pas sans rappeler ce qui était arrivé au patron du groupe ayant emporté l'aéroport de Toulouse, lequel avait lui aussi disparu peu de temps après la signature de l'accord, alors qu'il était soupçonné de corruption.
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