WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Jonathan Lewis (Clifford Chance Paris) : de la crise Grecque au Brexit

Avant d’arriver au sein du cabinet londonien, ce diplômé de Cambridge, Oxford et de Harvard a planché sur la faillite de la BCCI au sein de la Banque d’Angleterre. Il a participé à la mise en place du fonds européen de stabilité financière (FESF) et répond dorénavant aux interrogations de ses clients sur le Brexit, voire le Frexit.
Jonathan Lewis
Jonathan Lewis

La carrière de Jonathan Lewis n’aura pas manqué de piquant. L’avocat-associé au sein du cabinet Clifford Chance connaît bien les crises. Celui qui a commencé comme spécialiste de la titrisation a également été détaché à la Banque d’Angleterre pour travailler sur la faillite de la BCCI (Bank of Credit and Commerce International). Ce diplômé de Cambridge, d’Oxford et d’Harvard a également été en première ligne lors de la mise en place du fonds européen de stabilité financière (FESF). Aujourd’hui basé à Paris, il répond aux interrogations de ses clients sur le Brexit, voire sur le Frexit. « Avant on regardait ça un peu comme un scénario folklorique, mais maintenant certaines personnes étudient ce scénario plus sérieusement », explique Jonathan Lewis.

Ce dernier est d’autant plus touché par l’euroscepticisme qu’il est né dans un petit village du pays de Galles, qu’il a fait ses études en Angleterre et aux Etats-Unis et qu’il s’est désormais installé sur le Vieux Continent. « J’étais plus à l’aise à l’idée d’être un Gallois, citoyen de l'Europe que d’être un citoyen du Royaume-Uni en dehors », souligne l’intéressé qui compte bien rester en France. Comme tout un chacun, Jonathan Lewis constate que quelques financières commencent à évoquer des changements de territoire pour leurs activités dans le cadre du Brexit. « Il y a un repositionnement. Les gens ne vont pas attendre deux ans de négociation avant de prendre des décisions », estime-t-il.

Quant au Frexit, son cabinet réfléchit pour ses clients aux tenants et aboutissants d’un éventuel référendum en cas de victoire de Marine Le Pen au second tour. Ce dernier ajoute que le nouveau Président des Etats-Unis, Donald Trump a également une rhétorique presque anti-Europe qui, couplée, à la volonté de certains conservateurs britanniques eurosceptiques d’exporter ce qu’ils ont réussi chez eux, pourrait peser dans la balance.

Les temps ont d’ailleurs bien changé entre les débuts de Jonathan Lewis à la fin des années 80 chez Freshfields et aujourd’hui. A l’époque, notre avocat planchait notamment sur la titrisation. Entre deux périodes en cabinet, il a été détaché pendant près de deux ans à la BoE pour s’occuper de la faillite de la BCCI. « C’était un travail un peu différent de celui d’avocat en cabinet. L'analyse ne s'arrête pas sur un risque seulement financier mais il faut apprécier la dimension politique et la manière dont une intervention va être appréciée du public », raconte celui qui est associé chez Clifford Chance depuis 1999. L’homme se rappelle également la nécessité d’être synthétique dans ses notes.

A cette période, où les banques américaines étaient en train de se développer à la City, les relations entre les établissements financiers et les régulateurs étaient également plus simples. Jonathan Lewis évoque ainsi le « levé du sourcil tout puissant du gouverneur » de la BoE lorsque ce dernier voulait faire passer un message à ses ouailles. « Maintenant, tout est détaillé. On n’est plus dans le non-dit », précise le spécialiste du droit, qui souligne néanmoins qu'il y a plus de coordination aujourd'hui entre les régulateurs.

Entre temps, il faut dire que les crises se sont succédé. D’abord celle de Lehman Brothers, qui a jeté l’opprobre sur la titrisation alors même que le tumulte venait d’outre-Atlantique. Cet outil ne s’en est d’ailleurs toujours pas remis. « Par rapport à d’autres produits, à risque équivalent, on n’a pas le même traitement réglementaire. Cela crée une distorsion ». La crise des dettes souveraines a ensuite pris la relève en Europe, avec une Grèce au bord de l’implosion. C’est ainsi qu’en 2010, Jonathan Lewis a reçu un coup de téléphone pour « conseiller la Commission européenne sur une convention de crédit ».

Et quelle convention de crédit : un bail-out de 110 milliards d’euros pour Athènes ! L’avocat a alors travaillé sur la mise en place du FESF (Fonds européen de stabilité financière), qui a été depuis remplacé par le MES (mécanisme européen de stabilité). Il s’agissait alors de créer un véhicule pour lever de l’argent sur les marchés de capitaux tout en ayant la garantie des Etats membres afin d’obtenir un triple A. « Il fallait lever les fonds aux marchés sans toucher à l’argent du contribuable », se souvient Jonathan Lewis. Ce mécanisme a servi à l’Irlande mais aussi au Portugal et à l’Espagne. « Ça a été un succès. »

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article