Amende : ces hommes qui ont fait tomber Google
C’était le combat de David contre Goliath, et pourtant. L’autorité de la concurrence européenne a condamné Google en juillet à une amende de 2,42 milliards d’euros pour abus de position dominante. Si certains pourraient estimer cette somme tout à fait absorbable par le géant du Net, Alphabet, sa maison mère, vient tout de même de publier des résultats trimestriels plombés par la sanction. Le bénéfice net s'est inscrit en forte baisse, à 3,52 milliards de dollars (6,26 milliards sans prendre en compte le couperet). Bien que cet indicateur soit très loin d’enterrer Google, il convient de rappeler que le moteur de recherche est tenu d’émettre une proposition non discriminante sous 90 jours et sous astreinte de 12 millions d’euros journalier. C’est-à-dire d’adapter son modèle, et que celui-ci soit validé par l’exécutif européen, sous peine de plus d’un milliard d’euros de sanction par trimestre.
Cette décision pourrait en outre ouvrir la voie à des procédures supplémentaires sur les autres continents. Etats-Unis inclus puisqu’une partie de la Silicon Valley, qui a également maille à partir avec Google, soutient une solution judiciaire. D’ailleurs, dès 2012, le site américain de recommandation Yelp avait porté plainte contre Google. Or, si Barack Obama était un fervent défenseur des pépites du Net - Google compris - l’administration Trump se montre beaucoup moins protectrice à leur égard.
Pour mémoire, du côté du Vieux Continent, l’ancien commissaire européen en charge de l’antitrust, Joaquin Almunia, a souhaité négocier avec Google. Le moteur de recherche a fait trois propositions à la Commission européenne pour sortir de l’ornière : deux en 2013 et une dernière en 2014. Et c’est justement, la solidarité entre les acteurs - et dont le nombre ne nous permet pas de tous les citer dans cet article -, sous l’impulsion du Français Olivier Sichel, qui a permis le rejet de ces trois pas en avant de Google. Lesquels n’étaient pas acceptables. Des organismes ont été mis en place pour contrer l’entreprise américaine, tels que l’Open Internet Projet, avec Denis Olivennes (Lagardère Active) et Benoît Sillard (CCM Benchmark), ou encore la Digital New Deal Foundation. Think tank qui regroupe des personnalités telles qu’Alain Minc (AM Conseil) ou Nicolas Dufourcq (Bpifrance).
Parallèlement en 2013, la ministre française Fleur Pellerin - qui s’est penchée sur le dossier lorsqu’Olivier Sichel, ex-PDG du Guide.com, l’a interpelée sur la question - a présidé une réunion à Bercy, où se sont retrouvés Pascal Garcia de SoLocal, Barbara Dalibard de la SNCF ou encore Jean-Pierre Nadir d’Easyvoyage. Ce meeting avait conduit à la saisie du CNNUM (conseil national du numérique) et à l'obtention du soutien de l’Autorité de la Concurrence française. Organisme qui a apporté sa pierre au combat via Bruno Lasserre, son-ex homme fort.
C’est ainsi qu’en juin 2013, Olivier Sichel, qui était aux côtés de Fleur Pellerin à Palo Alto (Silicon Valley) a rencontré Christoph Keese, ancien rédacteur en chef du Welt et DGA d’Axel Springer - groupe allemand qui détient notamment auféminin.com et seloger.com. La bataille coordonnée des professionnels contre Google - et l'axe franco-allemand - a donc son berceau aux Etats-Unis.
Parmi les rencontres clefs : Olivier Sichel a petit-déjeuné en 2014 avec Arnaud Montebourg, qui avait pris la suite de Fleur Pellerin sur ce dossier. Ce dernier lui a demandé de préparer l'alliance entre Paris et Berlin. Ce qui a conduit à un courrier commun du ministre français et de son homologue allemand Sigmar Gabriel à la Commission européenne. D’autres rendez-vous importants s’en sont suivis : tels que l’un avec Michel Barnier, commissaire au Marché Intérieur de l’époque, Hervé Hatt, CEO de meilleurtaux.com ou encore Bastien Duclaux, CEO de Twenga. In fine, en juin de cette même année, une réunion entre Christophe Keese, José Manuel Barroso, ex-patron de Bruxelles, et Joaquin Almunia conduira quelques jours plus tard au rejet par le collège des commissaires de la troisième proposition de Google.
Le commissaire Almunia, qui n’a pas brillé dans cette affaire, jette alors l’éponge. C’est sa successeur, la Danoise Margrethe Vestager, qui reprend le dossier d’une main de maître. Il faut dire qu’un mois après sa nomination en octobre 2014, l’eurodéputé PPE et homme de droite, l’allemand Andreas Schwab, a fait voter avec l’économiste espagnol Ramon Tremosa, au Parlement européen le démantèlement de Google. Les Etats commençaient à être exaspérés par la question et Ramon Tremosa, député libéral catalan, avait en tête le coup dur porté par Google à une pépite de Barcelone, la start-up Softonic, comparateur de software. Olivier Sichel a fourni de son côté le support technique nécessaire aux hommes qui entourent Margrethe Vestager. Ces derniers ? Le Belge Brice Allibert, l’Anglais Nicholas Banasevic et le Français Guillaume Loriot. La suite, on la connaît. Reste à savoir avec quelles propositions Google va pouvoir avancer pour satisfaire la Commission et ses concurrents. Va-t-il porter un coup fatal à son activité shopping ou essayer de se plier aux règles, tout en faisant une proposition difficile à contrer ?
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