Le patron d’Uber ne sera pas le prochain Steve Jobs
La Silicon Valley prend des airs de série télévisée ces dernières semaines, entre les élucubrations sexistes d’un ingénieur de Google sur la diversité et la problématique de l’avenir d’Uber, dont le fondateur a été écarté en juin dernier. Du côté de la société de voitures de transport avec chauffeur, la tension est encore montée d’un cran : le fonds Benchmark, un de ses plus importants actionnaires avec 13% du capital et qui a été à la manœuvre pour le pousser à la sortie, vient de porter plainte contre l’ex-CEO pour fraude, rupture de contrat et rupture d’obligations fiduciaires. Il accuse l’ex-homme fort du groupe d’avoir eu recours à des « inexactitudes matérielles et dissimulation frauduleuse » d’information afin d’obtenir un contrôle majoritaire du board en 2016. Benchmark avait à l’époque voté en faveur d’un amendement autorisant le patron à nommer trois nouveaux membres du board.
Le fonds estime avoir découvert depuis que Travis Kalanick n’œuvre en réalité que pour lui-même. « Son objectif global est de remplir le board d’Uber avec des alliés loyaux dans le but de dédouaner son comportement passé et d’ouvrir la voie à son retour éventuel comme CEO – au détriment des actionnaires, employés, chauffeurs et clients d’Uber », assène le fonds. Qui considère ainsi que sa position au sein du conseil est « inappropriée et inéquitable et doit être invalidée ». De semaine en semaine, la tension monte entre les investisseurs d’Uber et le fondateur de la start-up privée la mieux valorisée au monde, à près de 70 milliards de dollars. Ce dernier a bénéficié de la liquidité actuelle du venture, où les fonds se précipitent pour investir dans des jeunes pousses prometteuses. Cela a conduit plusieurs CEO à s’attribuer des pouvoirs décorrélés de leur niveau de capital. Ainsi, Mark Zuckerberg chez Facebook, mais aussi Evan Spiegel et Bobby Murphy chez Snap ont gardé le contrôle de leur société, même s’ils sont minoritaires depuis qu’elles sont entrées en Bourse.
Si Travis Kalanick a pris du recul, il reste membre du board et malgré les efforts d’Ariana Huffington, conseiller spécial nommé pour résoudre la crise culturelle au sein du groupe, les administrateurs ont le plus grand mal à trouver son remplaçant. D’autant que l’ombre du fondateur plane toujours : il y a quelques jours, le cofondateur d’Uber, Garrett Camp, a dû démentir les rumeurs sur un possible retour de son sulfureux associé à la tête du groupe, à l’image du retour triomphant de Steve Jobs chez Apple, quand la société était en pleine déconfiture. « Le temps est venu pour un nouveau chapitre, et le bon leader pour notre prochaine phase de croissance (…) Nous sommes engagés à recruter un CEO d’envergure mondiale pour diriger Uber », a-t-il écrit dans un email aux employés de la firme.
Cet épisode est sans précédent dans la Silicon Valley, à la fois en raison de la valeur de la société et des graves accusations dont elle fait l’objet – harcèlement sexuel, manipulation des tarifs pour les chauffeurs, contournement de la législation dans certaines villes etc. L’influence de Travis Kalanick est révélatrice de la personnalité de patrons de start-up vénérés pour avoir construit une start-up de plusieurs dizaines de milliards de dollars, et qui perdent toute rationalité dans leur folie des grandeurs. Les autres fonds actionnaires, comme TPG Capital, auront-ils aussi la volonté de contrer le fondateur, ou vont-ils se plier à ses volontés pour préserver la valeur de leur investissement ? Pour l’instant, ils n’ont pas réagi…
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