Phitrust questionne la gouvernance de Carrefour et de Renault
Deux assemblées générales de taille se tiendront demain. D'abord celle de Carrefour, qui sera la première pour Alexandre Bompard en tant PDG de Carrefour. Ensuite, celle de Renault, qui est généralement l'occasion de revenir sur la rémunération de son patron. Cette année, la question de la succession de Carlos Ghosn pourrait aussi être au menu. C'est donc en vue de ces raouts de vendredi que la société de gestion Phitrust a dévoilé hier ses questions écrites.
Côté Carrefour, quatre interrogations sont sur la table. La première concerne l'indemnité de non-conccurence de Georges Plassat, l'ancien homme fort de Carrefour. Ce dernier percevra 3,975 millions d'euros, sous réserve de la conclusion d'un engagement de non-concurrence, approuvé à l'unanimité par le conseil d'administration. Cet engagement prévoit d'interdire pendant 18 mois à Georges Plassat l'exercice d'une activité professionnelle dans des entreprises concurrentes. "La concomitance de l’attribution d’une indemnité de non-concurrence de 4 M€ et du départ à la retraite de Georges Plassat qui a quitté ses fonctions de PDG à 68 ans pose question. Elle est en effet en opposition avec le code Afep-Medef, puisque cette indemnité ressemble fortement à une indemnité de départ à la retraite", fait valoir Phitrust.
Dans une autre question liée aux émoluments, la société de gestion soulève deux points en un. "Sur la politique de rémunération des dirigeants, dans laquelle différents éléments sont peu précis, Phitrust demande comment mieux aligner les rémunérations des dirigeants avec celles des salariés." Est par exemple visée la possibilité de rémunérations exceptionnelles non plafonnées ou la part non-quantifiable discrétionnaire qui pèse pour 40% du bonus.
Combien Alexandre Bompard gagne-t-il ? Dans le détail, celui qui est arrivé en juillet, a touché un fixe de 750.000 euros (sur une base annuelle de 1,5 million d'euros). Son variable annuel - qui ne peut excéder 165% du fixe - est affiché à 1,237 million (toujours sur la base d'un prorata de six mois). Carrefour précise dans sa présentation que la "rémunération variable annuelle 2017 s’élève à 165% de la rémunération fixe".
Phitrust s'intéresse également à la restructuration en cours. "Le souci des actionnaires porte sur le bon déroulement de ce plan, et entre autres, sur les conditions de reprise des salariés Carrefour qui seront amenés à rejoindre des franchisés". La dernière question est centrée sur l'administrateur référent. "Philippe Houzé, représente l’un des actionnaires de référence, et de fait ne peut être considéré comme indépendant. La nomination d’un administrateur référent libre d’intérêt, les fonctions de direction n’étant pas séparées, serait plus en ligne avec les recommandations de l’Association Française de gestion sur le gouvernement d’entreprise". Pour mémoire, la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette (où Philippe Houzé est président du directoire) est le premier actionnaire de Carrefour. Quand les fonctions de président et de DG d'une société sont entre les mains d'une seule et même personne (comme cela est le cas chez Carrefour), l'administrateur référent doit être capable de jouer le rôle de contre-pouvoir. D'où le fait que son indépendance soit considérée comme importante. A noter que le mandat de Philippe Houzé chez Carrefour arrive à échéance et est proposé pour renouvellement.
Phitrust s'attaque également au cas Renault. "La 10ème résolution propose un régime de retraite supplémentaire de 765.000 € par an pour M. Ghosn qui semble superflu et inapproprié compte tenu du niveau de la rémunération globale du Président-Directeur Général depuis plusieurs années", fait valoir la société de gestion. Phitrust pose aussi la question de la répartition des pouvoirs: "La nomination de Thierry Bolloré comme Directeur Général adjoint et non Directeur Général délégué, ne répond pas à la question importante de la séparation des pouvoirs de direction chez Renault alors que cela a été mis en place chez Nissan en 2017". Thierry Bolloré a en effet été promu cette année. Il s'agissait alors de donner - en particulier à l'Etat - le nom d'un éventuel successeur à Carlos Ghosn.
Ce dernier a d'ailleurs donné une interview au Financial Times, publiée aujourd'hui. Il y évoque la possibilité de laisser son fauteuil avant la fin de son mandat, qui doit être renouvelé cette année. Une déclaration habile à la veille du scrutin et alors que sa capacité à laisser un dauphin prendre sa place est souvent questionnée. "Vous pouvez vous douter que je ne serai plus CEO de Renault avant 2022", a-t-il déclaré.
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