Quand Facebook lance une opération séduction à Paris
Mark Zuckerberg s’était fait très discret depuis son audition ultra-médiatisée devant le Sénat et la Chambre des Représentants américains le mois dernier. Mais la semaine prochaine, le patron-fondateur de Facebook va avoir l’occasion de s’expliquer à nouveau, de l’autre côté de l’Atlantique, et tenter de racheter la conduite du réseau social. Il fera ainsi partie d’une délégation d’une cinquantaine de dirigeants de sociétés tech à faire le déplacement à Paris pour l’événement Tech for Good organisé par l’Elysée. Satya Nadella, le patron de Microsoft, Dara Khosrowshahi d’Uber ou encore Alexander Karp, le directeur général de Palantir Technologies – un groupe à la réputation sulfureuse pour ses contrats très secrets avec le gouvernement et la défense américaine – sont quelques-uns des grands noms à se retrouver pour un déjeuner sous les ors de la République dans la capitale française, aux côtés du président du coréen Samsung, entre autres.
Mark Zuckerberg devra faire preuve de tous ses talents diplomatiques lors de la rencontre prévue avec Emmanuel Macron mercredi prochain, qui a promis une discussion « franche » sur les derniers déboires du groupe. Mais ce n’est pas tout : il a finalement accepté l’invitation des députés européens après deux mois d’attente, et s’expliquera devant eux probablement la semaine prochaine. Antonio Tajani, le président du parlement européen, a « salué » cette décision mercredi, jugeant que « c’est un pas dans la bonne direction pour rétablir la confiance ». De son côté, Facebook a indiqué « apprécier l’opportunité du dialogue, écouter leurs vues et montrer les décisions que nous prenons pour mieux protéger la vie privée des gens ». Mais contrairement à l’audition devant le Congrès, cette rencontre se tiendra à huis clos, un manque de transparence qui a suscité la critique. Cet échange tombe à un timing clé, puisqu’il a lieu la même semaine où doivent entrer en vigueur de nouvelles règles européennes visant à protéger les données privées, mais face auxquelles les géants de la tech se sont déjà largement armés.
Le réseau social a subi une très grosse crise de réputation lorsqu’il a été révélé qu’il avait permis le piratage de plus de 87 millions de comptes utilisateurs par le groupe Cambridge Analytica, mais aussi la propagation de fausses informations diligentées par des intérêts russes dans le cadre de l’élection présidentielle américaine. Le Parlement européen a incité les plateformes à faire davantage pour contrer la diffusion de ces « fake news », et Emmanuel macron a lui-même intimé à son gouvernement de plancher sur une loi afin de prévenir ce type de dérive.
En Bourse, Facebook a largement pâti de ses déboires en mars dernier, lorsque le titre a cédé 17% en moins de deux semaines. Mais le CEO de 33 ans a de l’avis général bien abordé ses auditions, faisant rebondir le titre quasiment à ses plus hauts historiques, soit une capitalisation boursière à près de 540 milliards de dollars. Car plusieurs hedge funds de renom sont massivement revenus sur le groupe, afin de tirer parti de ce point d’entrée : selon la base de données Symmetric.io, Lone Pine, Viking Global et d’autres ont acheté au total plus de 32 millions de titres au premier trimestre, en pleine débâcle, ce qui montre qu’ils parient sur des ennuis temporaires. A l’inverse, ils semblent plus circonspects sur Apple, puisque les hedge funds ont globalement vendu plus de 28 millions de titres sur la période, même si l'action a pour le moment progressé de 9% cette année.
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