Appétit croissant des riches entrepreneurs pour l’impact positif
« Nous devons encore mieux comprendre les entrepreneurs pour mieux les servir », a déclaré ce matin Vincent Lecomte, co-CEO de BNP Paribas Wealth Management. Pour ce faire, son établissement publie depuis quatre ans, un rapport qui met en avant les différents profils des entrepreneurs, leurs attentes, leurs manières d’investir etc. L’édition 2018 de ce « Global Entrepreneur Report », qui était présentée ce matin, a mis en avant un point qui a pris de l’ampleur avec le temps : l’appétit croissant des riches entrepreneurs pour l’impact positif. Ainsi, même si la priorité numéro 1 reste les profits (à 53%), 39% des « Elite entrepreneurs » considèrent l’impact positif comme un critère dans l’évaluation de la performance des entreprises, contre 10% il y a deux ans. Si on ne peut que se féliciter de cette évolution, le chemin à parcourir reste encore long. Mais BNP Paribas WM le martèle : l’idée est d’ajouter à la balance risques et bénéfices, la notion d’impact.
Quelles sont les personnes interrogées ? L’étude a été réalisée auprès de plus de 2.700 entrepreneurs multimillionnaires dans 22 pays, à la tête d’un patrimoine total cumulé de 36 milliards de dollars. Ces sondés ont été classés, par le cabinet de conseil Scorpio Partnership, en différentes catégories, avec d’un côté les « ultrapreneurs ». C’est-à-dire, ceux dont le patrimoine net investissable est supérieur à 25 millions de dollars. 67% d'entre eux se déclarent investisseurs responsables. On retrouve également les « serialpreneurs », qui détiennent ou ont créé au moins quatre entreprises en activité. Ces derniers allouent 15% de leur portefeuille à l’investissement providentiel (angel investments) et au capital-investissement pour financer de nouvelles entreprises.
Sont également regroupés les « millennipreneurs », lesquels sont âgés de moins de 35 ans. « Les ‘millennipreneurs’, dont le potentiel patrimonial est considérable, ouvriront la voie : 64% d’entre eux sont déjà activement engagés dans l’investissement à impact social, notamment en matière de création d’emplois », précise Vincent Lecomte. Les femmes ne sont pas en reste (40% de l’échantillon). Elles continuent à être plus enclines (37%) que les hommes (33%) à détenir des placements ESG pour garantir un impact positif. Enfin, les « boomerpreneurs », âgés de plus de 55 ans, sont 45% à détenir des investissements à visée sociale ou environnementale, avec notamment comme instrument privilégié les fonds actions.
A noter que les réponses varient tout-à-fait d’une région à une autre. Les pays en développement, tels que la Chine ou l’Inde, sont plus disposés à mettre en priorité l’impact social. Ce qui peut notamment s’expliquer par le fait que les entrepreneurs peuvent voir plus facilement le résultat de leurs investissements et constatent aussi plus directement l’impact du changement climatique sur leur pays. De la même manière, les différentes générations n’ont pas le même enthousiasme quant au succès de cette entreprise, les « millennipreneurs » étant plus positifs que les « boomerpreneurs ».
Si la tendance est la bonne, il y a encore beaucoup à faire. « Les encours en ‘investissements responsables’ gérés par BNP Paribas Wealth Management ont récemment franchi la barre des 10 milliards d’euros ; ce chiffre a été multiplié par dix en l’espace de six ans », indique Sofia Merlo, co-CEO de BNP Paribas WM. L’évolution est significative mais l’encours est encore loin des 358 milliards d’euros d’actifs gérés par l’entité. Les responsables au sein de la banque rappellent la mission d’éducation qui est la leur, la nécessité de développer eux-mêmes des solutions ou encore de travailler avec les gérants d’actifs pour mettre en place des produits qui répondent aux attentes des clients. Attentes en matière d’impact positif qui prennent donc différentes formes en fonction des profils rencontrés. Ce qui ouvre encore des perspectives mais ajoute à la difficulté de l'exercice.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

