Activistes: la valse des patrons américains s'accélère
Qui aurait pu imaginer il y a encore quelques mois que Travis Kalanick, le sulfureux fondateur et patron d'Uber, serait écarté de la société de VTC en raison d'un style de management trop brutal qui a impacté toute la culture de l'entreprise ? Plus que jamais, les dirigeants -qu'ils soient les géniteurs de la société ou non- sont menacés par des forces externes, qui peuvent compromettre leur place en haut de la hiérarchie. Ainsi, selon les données de Krist-Colder Associates pour le Wall Street Journal, pas moins de 13 firmes américaines qui pèsent plus de 40 milliards de dollars en Bourse ont changé de patron entre janvier et mai de cette année. Et un seul a démissionné sans que cela ne soit lié à une pression quelconque d'investisseurs en amont. Jeff Immelt chez General Electric, John Hancock chez AIG, Mark Fields chez Ford... Tous ont subi les foudres soit d'activistes qui ont pris des parts minoritaires au capital, soit d'actionnaires mécontents de leur capacité à relever les défis de leur industrie.
Souvent, les deux facteurs comptent. Un activiste s'invite au capital et liste ses doléances auprès du dirigeant et, après quelques mois, l'incapacité de ce dernier à améliorer significativement l'activité ou à rémunérer plus grassement ses actionnaires, compromet son avenir à sa tête. Cela est aussi lié à l'orientation des marchés : lorsqu'ils sont en hausse, les hausses de dividendes et de rachats d'actions sont moins efficaces pour faire grimper les cours, d'où le recours à d'autres méthodes. Mais obtenir le départ du numéro un d'un groupe coté n'est pas chose aisée, c'est la raison pour laquelle les activistes s'attaquent parfois à des CEO en fin de carrière. Ainsi en est-il par exemple de Jeff Immelt chez GE : si celui qui dirigeait le conglomérat industriel depuis 16 ans avait envisagé sa retraite depuis quelques temps, il n'avait pas donné le nom d'un successeur, et l'intervention de l'activiste Nelson Peltz l'a incité à accélérer le calendrier et annoncer son départ le mois dernier.
L'activiste Elliott Management y est allé de manière encore plus brutale avec Arconic, un fournisseur de métaux pour l'énergie et le transport. En début d'année, il a non seulement critiqué le travail du dirigeant, mais encore proposé à sa place un autre candidat avec qui il faisait équipe. Le board de la cible a résisté, mais c'est le patron qui a lui-même fauté sous la pression, et a dû démissionner après avoir envoyé une lettre à l'activiste sans autorisation du conseil.
Cette agressivité assez nouvelle des activistes donne un sentiment de perte de pouvoir de la part des dirigeants, qui sont non seulement soumis à la pression des publications trimestrielles et les retours attendus par les actionnaires, mais ne sont pas à l'abri de raids violents et totalement inattendus. Cette tendance empiète sur les marges de manœuvre et la stature même des dirigeants américains, qui sont soumis à une disruption rapide de leurs secteurs. Pour preuve, les patrons de Macy's et J. Crew, qui ont dû rendre leur tablier car ils ne semblaient pas réagir assez vite aux bouleversements du retail.
Dernière nouveauté des activistes : menacer non pas le numéro un mais le numéro deux, le CFO. Ainsi, la nomination d'un nouveau directeur financier chez Whole Foods, juste avant l'annonce de son mariage avec Amazon, faisait suite à la montée en pression de Jana Partners depuis quelques mois. Les investisseurs y ont lu une victoire de l'activiste avec cette arrivée, mais le distributeur alimentaire était sur le point de leur accorder encore bien mieux que ça.
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