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Affaire Michael Cohen : les têtes tombent

 Le laboratoire suisse Novartis a remercié son directeur juridique, tout comme l’opérateur télécoms américain AT&T. Les deux groupes avaient payé 1,8 million de dollars l’avocat du Président américain pour obtenir des entrées au sein de l’administration. Mais ce pari s’est retourné contre eux.
New York - Wall Street - statue de la liberté - banques - USA - Etats-Unis
New York - Wall Street - statue de la liberté - banques - USA - Etats-Unis

« Une grosse erreur. » C’est en ces termes que les patrons de Novartis et AT&T ont résumé les informations accablantes dévoilées sur eux il y a quelques jours, pour avoir employé l’obscur avocat de Donald Trump, celui-là même qui a délivré un chèque de 130.000 dollars à l’actrice américaine de films pour adultes Stormy Daniels pour acheter son silence. Le laboratoire suisse et l’opérateur télécoms américain ont ainsi généreusement rémunéré Michael Cohen, l’avocat et proche du Président américain, pour obtenir un accès privilégié au locataire de la Maison Blanche ainsi que des informations sur leurs vues concernant leurs marchés respectifs. En février 2017 juste après l’inauguration, Novartis avait accepté de payer 100.000 dollars par mois à Essential Consultants, coquille juridique créée par Michael Cohen, pour mieux appréhender les vues de l’administration sur la politique de santé, notamment à propos de la réforme de l’Obamacare. Mais la première réunion n’a pas porté ses fruits et le groupe a mis fin à cette collaboration en mars. Reste que pour honorer son contrat, il a dû débourser cette somme pendant un an, soit 1,2 million de dollars au total. Novartis a tiré les conséquences de ces révélations et a annoncé aujourd’hui avoir remercié son directeur juridique, Felix Ehrat, qui prend une retraite anticipée à 61 ans.

Si les montants en jeu sont moins élevés, AT&T voit également sa réputation ternie dans cette affaire, en particulier au cœur d’un litige sensible sur sa fusion avec Times Warner. Début 2017, l’opérateur télécoms américain a engagé la firme de Michael Cohen pour « apporter un aperçu et une meilleure compréhension de l’administration Trump », pour lequel elle l’a rémunéré 600.000 dollars l’an passé, mais n’a pas renouvelé ce contrat en décembre. Mais ces conseils n’ont pas vraiment aidé le groupe dirigé par Randall Stephenson, qui était en pleine procédure réglementaire pour faire approuver sa fusion à 85 milliards de dollars avec Times Warner. Fin novembre dernier, le Département de la Justice américain a attaqué le deal et le Président s’est lui-même vivement exprimé contre cette opération. Les fuites sur Michael Cohen tombent ainsi au plus mauvais moment pour AT&T, une publicité qui le dessert en plein milieu de ce procès à hauts enjeux.

Ces sociétés ont-elles pour autant violé la loi en ayant recours aux services de Michael Cohen ? Si elles embauchent régulièrement des conseillers et lobbyistes, la difficulté vient ici du fait que l’avocat exerçait comme conseiller stratégique mais aussi comme avocat personnel du Président. Son implication dans l’affaire Stormy Daniels a attiré l’attention de l’enquêteur spécial sur l’ingérence russe dans les élections, Robert Mueller, qui a perquisitionné ses bureaux pour déterminer s’il était impliqué dans quelque activité criminelle. Michael Cohen n’a en tout cas pas hésité, malgré son expérience juridique limitée, à aborder de grands groupes américains pour leur proposer un accès au Président, notamment le constructeur automobile Ford, qui a de son côté sagement décliné.


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