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Adeline Pilon : faire de l’art une classe d’actifs à part entière

La fondatrice de la start-up Happening Technologies s’est aidée de l’intelligence artificielle pour quantifier les risques et la volatilité liée au marché d'un artiste, et fera bientôt de même pour les œuvres. Sa base de données vise les collectionneurs, les banquiers privés et les family offices.
Adeline Pilon
Adeline Pilon

Utiliser la technologie comme outil pour faire le pont entre la finance et le monde de l’art : c’est le pari d’Adeline Pilon. La fondatrice de la start-up Happening Technologie lance aujourd’hui Artist Profiles, une base de données intelligente qui apporte sa pierre pour faire de l’art une classe d’actifs à part entière. L’idée étant de permettre aux collectionneurs, aux maisons de ventes mais aussi aux family offices et aux banquiers privés de quantifier les risques et la volatilité liée au marché d'un artiste.

Comment cette idée est-elle née ? Diplômée de l’ESCP, de l’université de Shanghai et de l’Ecole du Louvre en 2013, Adeline Pilon a débuté sa carrière sur les marchés de capitaux chez CACIB et en corporate banking (private equity) au sein d'Idinvest. Celle qui a participé à la création d’un premier média dédié au marché de l’art, a aussi réalisé une première expérience liant la finance et l’art chez Neuflize OBC. Confrontée alors au manque d’informations entre les banques et les acteurs du monde de l’art, elle réfléchit à une solution. « La plupart des institutions financières appliquent le même haircut pour toutes les œuvres d’art, alors qu’elles en appliquent de distinctes pour les autres classes d’actifs. Elles n’ont pas les outils pour quantifier le risque et la volatilité », explique Adeline Pilon.

Or le marché de l’art pèse pour 62,5 milliards de dollars, d’après les chiffres d’UBS mesurés à partir des transactions. En outre, 88% des gestionnaires de patrimoines estiment que l’art devrait faire partie des solutions proposées (contre 78% en 2016), selon des chiffres de Deloitte, publiés dans son rapport 2017 Art & Finance. Via Artist Profiles, Adeline Pilon prend évidemment en compte la partie ventes aux enchères mais y ajoute des données plus difficiles à manier, telles que les expositions, les foires, les effets de modes etc., le tout pour 100.000 artistes, depuis l’avant-garde à nos jours. Grâce à un travail réalisé avec des chercheurs, ces data sont transformées en analyse.

Ce système s’adresse aux collectionneurs, aux maisons de ventes, aux family offices ou encore aux banquiers privés. Du côté de ses derniers, plusieurs points d’intérêt peuvent être distingués. D’abord parce que certaines banques ont leurs propres collections. « Elles n’ont pas intérêt à surpayer les œuvres qu’elles achètent », commente Adeline Pilon. Ensuite, « parce qu’intégrer des actifs passion dans le patrimoine, se fait de plus en plus mais il faut pouvoir quantifier et valoriser le risque ». Enfin, comme cela se fait, les banques peuvent aussi prêter contre des œuvres d’art.

Le premier tour de table pour monter le projet a été le suivant : 600.000 euros en fonds propres viennent d’investisseurs américains et européens. Cette poche est complétée par une subvention de 360.000 euros provenant du ministère de l'Économie du Luxembourg. Une deuxième levée de fonds n’est pas exclue pour « un nouveau produit, pas pour quantifier le marché d’un artiste, mais cette fois-ci une œuvre d’art, pour en anticiper le prix de vente et sa liquidité ».

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