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Rothschild, pierre d'angle du deal grec

La banque, officiellement nommée conseil de la Grèce en février dernier, a longuement travaillé au succès de l'accord de vendredi dernier. Un deal décisif qui a déclenché la participation de principe du FMI et qui devrait permettre d'inclure la dette du pays dans le QE.
Alexis Tsipras
Alexis Tsipras

L'accord auquel les Européens et la Grèce sont parvenus vendredi dernier, aurait pu, comme au cours des derniers mois, être un énième deal de court terme destiné à débloquer en urgence les fonds nécessaires au remboursement des échéances grecques. Mais il s'agit cette fois-ci d'un deal bien plus décisif, et dont la banque Rothschild, qui travaille d'arrache pied avec le gouvernement grec depuis qu'elle a été nommée conseil en février dernier, peut se féliciter.

D'une part parce que l'Eurogroupe a unanimement reconnu les progrès réalisés par le pays en matière de réformes.Un prérequis pour gagner la confiance des chefs d'Etats européens. "Toutes les parties s'accordent à dire que les autorités hellènes ont totalement rempli le contrat", souligne ainsi Frédérique Cerisier, analyste chez BNP Paribas. Toutes les actions préalables ont été entreprises, et en particulier des mesures destinées à renforcer la position budgétaire après l'achèvement du programme européen (qui se termine à l'été 2018). Celles destinées à réduire le stock de prêts non performants dans le système bancaire et à rendre opérationnel le Fonds hellénique de privatisation et d'investissement ont également été mises en place.

 D'autre part, parce que grâce au travail des autorités grecques, conseillées par la banque française, un accord de principe à moyen terme, concernant la stratégie du pays une fois sorti du programme de financement, a été trouvé. Or c'est sur ce sujet et en particulier sur la soutenabilité de la dette publique grecque que les européens et le FMI ne parvenaient pas à s'entendre. Le texte de vendredi prévoit donc un "mécanisme d'ajustement à la croissance", la fameuse "proposition française", qui devrait permettre de régler le problème de soutenabilité de la dette. Ce mécanisme liera en effet de façon quasi automatique le reprofilage des prêts accordés par le FESF aux performances de croissance de la Grèce. Le remboursement de la dette hellène en somme, sera "capé" en fonction de volumes de croissance annuels du pays. La restructuration de la dette sera ainsi de plus grande ampleur si la croissance est plus faible que prévu. Ce qui évitera d'étouffer le pays les années de récession ou de ralentissement. Et représente également un pas très substantiel vers l'inclusion du pays dans le programme de rachat de dette de la BCE. "Une telle mesure pourrait ne pas être anecdotique si elle permet aux Européens et aux Grecs d'éviter, dans les années qui suivront l'accord de restructuration, de revenir à la table des négociations trop vite", explique encore Frédérique Cerisier. 

C'est bien la mise en place de ce mécanisme d'ajustement qui a permis d'obtenir un engagement de principe au programme d'aide du FMI vendredi. Et qui représente le troisième succès de ce sommet. Les équipes de l'institution devraient recommander au Conseil d'administration du FMI d'adopter un "Accord de Principe pour l'ouverture d'un nouvel arrangement avec la Grèce", dans les prochaines semaines. Cet accord ne débouchera cependant sur aucun versement tant que la Grèce et les Européens ne seront pas parvenus à un accord de restructuration qui convienne à l'institution.

Mais la banque conseil de la Grèce a bon espoir que le mécanisme proposé par la France permette d'y parvenir dans les prochains mois. Le gouvernement grec devrait en tout cas tout faire pour convaincre les Européens et le FMI qu'il est prêt à poursuivre ses réformes pour retrouver le chemin de la croissance et in fine le chemin des marchés. L'Eurogroupe a d'ailleurs déclaré que la prochaine étape pour le pays serait d'émettre de nouveau de la dette, ce qu'il n'a plus fait depuis 2010 (hors une incursion exceptionnelle en 2014). L'Eurogroupe s'est même engagé à soutenir les efforts du pays en ce sens. "Les prochains versements au titre du programme d'aide devront tenir compte de cet objectif et permettre à la Grèce de se constituer un coussin de liquidités, explique encore Frédérique Cerisier. Cette reconnaissance et cet engagement de l'Eurogroupe est en tout cas la preuve que la Grèce a regagné en crédibilité auprès de ses partenaires européens. Ce qui constitue une très belle victoire pour le pays.

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