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Hard Brexit / Boris Johnson / Accord commercial
Brexit : Boris Johnson au pied du mur
Est-ce une technique de déstabilisation pour faire monter la pression à quelques semaines de l'échéance du Brexit ? Ou le premier ministre britannique a-t-il définitivement décidé de tourner le dos à son premier partenaire commercial ? Alors que se tient aujourd'hui le second jour du Conseil européen au cours duquel les deux camps devaient s'entendre sur un accord commercial, Boris Johnson a déclaré sans ambages que son pays devait se préparer à une sortie dure de l'Union européenne (UE). "À moins d'un changement fondamental d'approche, nous allons vers la solution à l'australienne et nous devons le faire avec une grande confiance", a ainsi déclaré le Premier ministre ce matin.
C'est lui-même qui avait fixé la date du 15 octobre comme ultimatum pour parvenir à une solution, le temps ensuite que l'accord puisse être ratifié par l'ensemble des Parlements européens, avant l'échéance du 30 décembre. Le ministre britannique en charge du Brexit a lui aussi indiqué que la balle était dans le camp européen, disant sa déception que l'UE n'ait pas assoupli sa position pour permettre aux négociations de se poursuivre. "On nous a expliqué que c'est le Royaume-Uni qui doit faire tous les compromis dans les jours à venir", a déclaré M. Raab à Sky News ce vendredi. "Cela ne peut pas être juste dans une négociation, donc nous sommes surpris par cette position", a déclaré David Frost.
À dix semaines de la fin de la période de transition, l'issue d'un accord à l'australienne, évoquée par le Premier ministre, semble de plus en plus probable. En quoi consisterait ce type d'entente ? Il ressemblerait de très près à une sortie "dure" de l'UE, puisque les entreprises britanniques commerceraient selon les conditions fixées par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dans la plupart des secteurs, avec un rétablissement des droits de douane sur les marchandises et un accord a minima visant à réduire certaines barrières réglementaires.
Le rétablissement de droits de douane signifierait que les exportateurs britanniques perdent en compétitivité vis-à-vis de leur plus grand marché - l'UE représentant plus de 40 % des ventes à l'étranger - et que les consommateurs britanniques devront faire face à une hausse des prix des produits importés. Cette hausse des prix pourrait être aggravée si les investisseurs prenaient peur et vendaient massivement la livre, ce qui exercerait une pression supplémentaire à la hausse sur les coûts d'importation. La devise britannique, qui, depuis le référendum sur le Brexit en juin 2016, a été l'une des meilleures boussoles de l'évolution des discussions entre les deux camps, était d'ailleurs en baisse de 0,2% contre l'euro cet après-midi et s'échangeait autour de 1,10 euro, contre 1,11 hier et 1,15 il y a six mois.
Il faut dire que l'absence d'accord commercial aurait de lourdes conséquences sur l'économie du Royaume-Uni déjà très affecté par les conséquences de l'épidémie. Selon les nouvelles prévisions de croissance du FMI publiées plus tôt cette semaine, le PIB du pays devrait se contracter de 9,8% cette année, avant de rebondir aux alentours de 5,9% en 2021. "Si les deux camps échouent à trouver un accord avant la date limite du 30 décembre, les barrières commerciales entre eux vont substantiellement augmenter, accroissant les coûts pour les entreprises et perturbant la production transfrontalière", a alerté le fonds monétaire dans son rapport. Selon les calculs de Bloomberg Economics, l'absence d'accord pourrait provoquer un choc à court terme représentant environ 1,5 % du PIB britannique, soit environ 300 milliards de livres (388 milliards de dollars) pour l'économie britannique. Un "no deal" aurait aussi un effet à long terme, freinant de manière permanente la croissance potentielle du pays.
L'UE de son côté n'a pas encore abandonné la partie: malgré l'obstination du Premier ministre britannique, Ursula von der Leyen a annoncé que l'équipe bruxelloise en chargé du Brexit se rendrait à Londres la semaine prochaine afin d'intensifier les discussions...
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