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Défaillances d’entreprises : un effet de rattrapage post-Covid à plusieurs facettes / Il devrait refluer pour les PME et ETI, mais un risque de contagion subsiste
L’année 2024 a mis les entreprises françaises à rude épreuve. Elles ont été 66 422 à faire défaillance l’an passé, ce qui représente une hausse de près de 30 % par rapport à 2019, selon les chiffres publiés par BPCE L’Observatoire cette semaine. En tout et pour tout, les défaillances annuelles de 2024 incarnent un plus haut niveau depuis au moins 15 ans. Le quatrième trimestre et ses 17 966 entreprises ayant mis la clé sous la porte représente, à lui seul, un nouveau record pour cette période. Il faut dire qu’entre le ralentissement économique, les stigmates des chocs passés (crise énergétique, Covid, guerre en Ukraine, etc.), l’impact de l’inflation sur les marges et l’activité, la hausse des taux qui a logiquement rendu l’accès au financement plus difficile ou le remboursement des prêts garantis par l’État (PGE), les entreprises ont eu du fil à retordre depuis la fin de l’année 2023.
La question du rattrapage des défaillances d’entreprises, lié à la fin du "quoi qu’il en coûte", se pose logiquement. Certes, il n'y pour l'heure que 37 % de celles qui avaient été évitées en 2020, 2021 et 2022 qui sont advenues en 2024. Mais cela reste à relativiser en fonction de la taille des sociétés. BPCE L’Observatoire avait déjà tiré la sonnette d’alarme lors de son dernier point d’étape : cet effet s’est complètement matérialisé pour les PME et ETI françaises, dont les défaillances ont tout particulièrement été en progression en 2024. Logiquement, le bilan annuel suit la tendance. L’intégralité des défaillances de ces sociétés qui avaient été contournées pendant la crise sanitaire est désormais à l’ordre du jour.
Pour les plus petites des entités (moins de six salariés), le rattrapage reste plus partiel. Mais pour les TPE (entre six et neuf salariés) il est aussi quasi-total. Une vague de défaillances qui va en grandissant avec la taille des entreprises et qui crée, de fait, une inquiétude quant à leur impact économique. Plus de 260 000 emplois sont en effet menacés par les défaillances de 2024, représentant ainsi une croissance de 42 % par rapport à 2019.
Le niveau va rester élevé
De quoi s’enquérir de ce que ces différents chiffres laissent augurer pour la nouvelle année. Au total les défaillances devraient, selon les chiffres de l’organe d’études économiques du groupe BPCE, persister à un niveau élevé en 2025, avec environ 68 000 d’entre elles prévues. Soit une dégradation d’environ 2 % par rapport à 2024. Une légère accélération donc, mais pas de percée non plus. Il reste aussi à souligner que le facteur rattrapage pourrait bel et bien s’estomper. BPCE L’Observatoire anticipe en effet, pour les PME et ETI qui l’ont réalisé en intégralité, une stabilisation des défaillances cette année.
En revanche, point d’alerte, remarque L’Observatoire BPCE. Si les défaillances devraient se maintenir à ce niveau élevé en 2025, c’est entre autres parce qu’une contagion de celles des PME et ETI des deux dernières années pourrait bien toucher les plus petites entreprises, qui sont leurs sous-traitants. Logiquement, lorsque des donneurs d’ordre déposent le bilan, les carnets de commandes de leur chaîne de valeur s’en retrouvent pénalisés. D'autant que la faible consommation des ménages pèse aussi sur la demande. Les TPE et PME françaises sont d'ailleurs d'ores et déjà inquiètes à ce propos, relève le dernier baromètre semestriel de conjoncture de Bpifrance Le Lab. En moyenne, leur chiffre d'affaires est attendu plus faible en 2024 qu'en 2023, avec une croissance estimée à -1,8 %.
Des perspectives assombries
Il faut dire que les carnets de commandes se sont davantage tassés que prévu au second semestre, relève l'étude et ne sont que peu remplis : le solde d'opinion relatif a perdu 10 points sur le semestre, à -21, et s’est sensiblement éloigné de sa moyenne de long terme. Il en va de même pour les perspectives pour l’année 2025. Qu’il s’agisse de l’activité ou du carnet de commandes, les TPE et PME semblent plus inquiètes, alors que leurs soldes d’opinion respectifs s’éloignent sûrement de leur rythme de croisière.
Et puis, la situation de trésorerie, tout comme de la rentabilité des TPE et PME, se dégrade, elle aussi. Le solde d’opinion sur l’évolution de la première a perdu 4 points sur le semestre et 6 points s’agissant de la seconde. Mais si l’appréhension de la trésorerie des dirigeants de TPE et PME s’est assombrie, elle n’en reste pas moins à son niveau moyen de long terme, tandis que 60 % d’entre elles considèrent toutefois qu’elle se situe à un niveau normal, même si les TPE et PME à juger leur situation de trésorerie difficile ont légèrement augmenté d’une année sur l’autre (pour atteindre 27 %, en hausse d’1 point).
Questions d'effets haussiers et baissiers
Et si le coût du crédit reste un obstacle majeur pour investir, il a continué de reculer pour atterrir à 45 %. "Nous ne voyons pas de catastrophisme dans la situation financière, même s’il y a une correction. Bien évidemment, si ce sous-régime d’activité continue, le niveau des défaillances va se maintenir, mais va-t-il augmenter ? Nous ne nous attendons pas à un niveau d’envolée. Les défaillances ont augmenté à cause des conditions conjoncturelles, mais aussi du fait de l’effet de rattrapage", a observé le responsable des études économiques et de la conjoncture de Bpifrance, Baptiste Thornary, interrogé sur la question des défaillances lors de la présentation du baromètre.
"Ce facteur, qui a touché les entreprises les moins productives qui avaient été soutenues par les mesures Covid, en est finalement un plutôt baissier. La conjoncture risque à l’inverse de les porter, mais l’un dans l’autre, nous ne nous attendons pas à ce que les facteurs haussiers prennent le pas", a-t-il poursuivi. "Ces chiffres, comparés à ceux de 2009, tendent effectivement à penser que l’on retrouve les niveaux de défaillances d’une année de récession. Mais n’oublions pas que le stock d’entreprises n’était pas le même, il n’y avait pas un million de sociétés créées tous les ans. Évidemment, il y a une grosse part d’auto-entrepreneurs dans celles-ci, mais la hausse des créations ne les concerne pas seulement, elles augmentent en valeur absolue", a de son côté expliqué le directeur des études de Bpifrance, Philippe Mutricy.
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