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Zone euro : resserrement inédit en plus d’un an des conditions de crédit aux entreprises / L’incertitude politique pèserait

Malgré la normalisation de la politique monétaire amorcée par la BCE, les banques de la zone euro ont, lors du quatrième trimestre 2024, durci sensiblement leurs conditions de crédit à destination des entreprises. La France et l’Allemagne seraient particulièrement touchées.
ARNE DEDERT / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP
ARNE DEDERT / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

Voilà un phénomène qui doit sans doute soulever quelques interrogations du côté de Francfort, siège de la Banque centrale européenne (BCE). Au cours du quatrième trimestre 2024, d’après une enquête de la BCE réalisée auprès des banques, ces dernières auraient resserré leurs conditions de crédit aux entreprises, de manière inédite depuis le troisième trimestre 2023.

Un constat qui a de quoi surprendre alors qu’en réponse à la désinflation connue par la zone euro, l’institut d’émission a amorcé la normalisation de sa politique monétaire, notamment en commençant à diminuer son principal taux d’intérêt directeur, le taux d’intérêt de la facilité de dépôt, en juin 2024. Elle l’a abaissé de 100 points de base lors du second semestre.

Le pourcentage net des banques ayant resserré leurs conditions de crédit atteint 7 %, quand le chiffre de 4% était anticipé. Par rapport à la norme historique, le pourcentage net était légèrement inférieur à la moyenne depuis 2003 (9 %) et supérieur à la moyenne depuis 2014 (3 %) Le durcissement net a été principalement imputable aux banques en Allemagne et en France dans un environnement d'incertitude politique accrue, tandis que les critères d'octroi de crédit se sont assouplis en Italie, rapporte la Banque centrale européenne (BCE).

Alors que le gouvernement de la France a chuté début décembre à la suite de l’adoption d’une motion de censure et n'a donc toujours pas de budget pour 2025, l’Allemagne, elle, avait vu quelques semaines auparavant la coalition tricolore au pouvoir (sociaux-démocrates, écologistes, libéraux) tombée en lambeaux avec pour conséquence la tenue d’élections législatives anticipées le 23 février.

Les risques perçus plus élevés et la tolérance au risque plus faible des banques ont eu le plus fort impact de resserrement sur les normes de crédit. "L'impact net de resserrement des perceptions de risque des banques était dû principalement aux inquiétudes concernant les perspectives économiques et la solvabilité des emprunteurs", indique l’enquête de la BCE. Parmi les quatre plus grands pays de la zone euro, les banques allemandes et françaises ont principalement fait état d’une perception plus élevée du risque et d’une tolérance au risque plus faible.

Pour ce qui est du premier trimestre 2025, les banques de la zone euro prévoient un nouveau resserrement net des normes de crédit pour les prêts aux entreprises (pourcentage net de 10 %). "En supposant que le récent resserrement persiste et commence à réduire les prêts aux entreprises [...], la prochaine chose que la BCE devra prendre en compte sera l'ampleur du vent contraire possible pour l'économie au sens large, et le degré de désinflation qu'il s'avérera être", juge Chris Hare, économiste senior chez HSBC. "En tout état de cause, cela ne fait qu'ajouter à l'exercice d'équilibre délicat de la BCE, qui a mis en balance les risques de baisse des perspectives de croissance et la persistance de la rigidité de l'inflation liée à la forte croissance des salaires et à l'étroitesse du marché du travail, à la hausse des prix de l'énergie et à l'affaiblissement de l'euro", estime l'économiste, qui s'attend à une nouvelle baisse des taux de la BCE demain et deux autres d'ici avril.

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