Macro-économie / Taux / retraites / Cour des comptes
Macro-économie / Taux
retraites / Cour des comptes
Retraites : la Cour des comptes pointe un régime aux perspectives "préoccupantes" / Un déficit allant croissant après 2030
La Cour des comptes signe un diagnostic sans appel sur ce qui attend le système de retraite hexagonal. Saisis par le Premier ministre François Bayrou à l’occasion de la remise sur le métier de la réforme Borne de 2023, les Sages de la rue Cambon viennent de dévoiler leurs conclusions sur l’état financier à venir du régime. Des conclusions qui doivent en théorie servir de base aux discussions des prochains mois qui auront lieu entre les partenaires sociaux.
D’après la Cour des comptes, le déficit de tous les régimes de retraites obligatoires devrait atteindre 6,6 milliards d’euros (en euros constants de 2024) cette année et se stabiliser autour de ce montant jusqu’en 2030, notamment sous l’effet de la montée en puissance de la réforme de 2023.
Rappelons qu’elle a consisté à relever progressivement l’âge d’ouverture des droits à la retraite à 64 ans en 2030 (hausse d’un trimestre par an depuis septembre 2023) ainsi que la durée d’assurance requise (nombre de trimestres requis pour une pension à taux plein) à 43 ans en 2027 (niveau qui ne devait être atteint qu’en 2035 dans la réforme Touraine de 2014).
Après 2030, sous l’effet de la hausse continue du nombre de retraités et du montant moyen de leurs pensions, le déficit devrait sans cesse se dégrader.
Les Sages de la rue Cambon ont examiné deux scénarios : l’un où les gains de productivité du travail s’élèvent à 0,7 % par an et l’autre à 1 %. Pour mémoire, cette variable est l’un des déterminants de l’évolution du poids des dépenses de retraites dans le Produit intérieur brut (PIB), ce dernier étant mû par deux forces contraires dont dépend le solde du régime.
D’une part, la France est confrontée à un vieillissement démographique avec un rapport cotisants/retraités qui devrait sensiblement diminuer dans les prochaines années (environ 1,8 en 2025 et près de 1,5 en 2045), ce qui tend à influer à la hausse sur le ratio "dépenses de retraites / PIB". Toutefois, cet effet est d’autant plus atténué que la croissance annuelle de la productivité du travail est forte.
De fait, étant indexées, les pensions de retraite de base progressent au même rythme que les prix à la consommation quand, en moyenne, la croissance annuelle des salaires nominaux des actifs (sur lesquels sont prélevées les cotisations sociales) s’affiche au même niveau que la somme de l’inflation et des gains de productivité du travail : de sorte que ce décrochage de la pension moyenne par rapport au revenu moyen pèse à la baisse sur le ratio "dépenses de retraites / PIB".
Dans le scénario avec les gains de productivité du travail les plus forts, le déficit s’établirait à 14 milliards d’euros en 2035 puis 24,6 milliards d’euros en 2045, soit respectivement 600 millions d’euros et 7 milliards d’euros de moins que dans le scénario moins favorable en termes de productivité. Ce sont des ordres de grandeur en tendance et en niveau qui sont assez proches des prévisions du Conseil d'orientation des retraites (COR). "Nous n'avons pas réinventé la lampe à huile", a admis Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes, à l’occasion d’une conférence de presse.
L’hypothèse d’un taux de chômage plus faible a également été examinée (5 % contre 7 % dans les deux scénarios de base) et la différence pour le solde s’affiche à environ 2 milliards d’euros en 2035 et 4 milliards d’euros en 2045. Rien de tout cela ne permettrait ainsi de réduire significativement les efforts à conduire pour revenir vers l’équilibre, affirme la Cour des comptes, qui a arrêté ses prévisions en 2045 car "les incertitudes deviennent trop importantes au-delà de vingt ans".
L’accumulation de ces déficits aurait pour effet "le gonflement d’une dette qui atteindrait, en 2045, 350 milliards d’euros pour le régime général et 120 milliards d’euros pour le régime des agents des fonctions publiques locale et hospitalière", souligne l’institution. "L’existence de ces dettes viendrait compromettre la trajectoire des finances publiques et serait contradictoire avec le principe même de la répartition, qui suppose que, pour chaque génération, les actifs financent les pensions des retraités au même moment, sans rejeter une partie de ce financement sur les générations suivantes", juge-t-elle.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

