Entreprises / Actions / Wendel / Bureau Veritas
Entreprises / Actions
Wendel / Bureau Veritas
Wendel poursuit habilement son désengagement de Bureau Veritas / Mais risque d’alimenter un peu plus les interrogations sur la création de valeur
Wendel persiste dans sa volonté de monétiser sa participation historique dans Bureau Veritas pour financer le développement de son modèle dual, alliant investissement en compte propre et gestion d’actifs pour compte de tiers. Avec l’annonce, mardi soir, de la conclusion d’un accord de vente à terme préfinancée avec BNP Paribas portant sur 30 357 140 actions, soit environ 6,7 % du capital de Bureau Veritas, la société présidée par Laurent Mignon démontre une nouvelle fois sa capacité à recourir à l’ingénierie financière dans ce but. Dans la foulée, le groupe a annoncé mercredi matin le placement avec succès de ces 30 357 140 actions Bureau Veritas à un prix de 27,25 euros par action.
Précision importante, cette vente à terme préfinancée est d’une durée de trois ans, ce qui signifie que Wendel reçoit immédiatement les fonds, mais que la cession effective des actions n'aura lieu qu'en mars 2028. L’opération permet donc à Wendel de dégager immédiatement des liquidités d’environ 750 millions d’euros. Celles-ci "viendront soutenir l’accélération de sa transition vers un modèle dual fondé sur les investissements pour compte propre et la gestion d’actifs pour compte de tiers, afin de générer une performance supérieure et un retour aux actionnaires attractif et récurrent, tout en continuant à bénéficier des perspectives de Bureau Veritas ", a indiqué le groupe.
La subtilité réside dans la fin de la phrase. Le groupe, comme il le souligne, va bien conserver jusqu’en mars 2028 ses 26,5 % du capital et 41,2 % des droits de vote de Bureau Veritas. Cela signifie que si Wendel encaisse les fonds dès aujourd’hui, le groupe va bien garder son exposition économique à Bureau Veritas pendant cette période de trois ans. En revanche, si l’opération de vente à terme préfinancée sécurise aujourd’hui un prix de vente (27,25 euros) avec BNP Paribas, lui procurant un financement immédiat, cela le prive aussi de toute plus-value si le titre monte.
Ce qui risquerait de s'avérer dommageable s’agissant d’un groupe qui vient de publier des résultats records et qui récolte déjà les premiers fruits du déploiement de son plan stratégique transformateur LEAP 28 sur des marchés des TIC (Testing, Inspection, Certification) soutenus par des tendances de fond telles que la transition énergétique, la construction durable, la sécurité alimentaire et l'essor des infrastructures, autant de domaines qui nécessitent des services d'inspection et de contrôle qualité.
"Call Spread"
C’est pour pallier en partie à cela que Wendel a, parallèlement à son opération de vente à terme préfinancée, conclu avec BNP Paribas et Morgan Stanley une opération de "Call Spread". Cette stratégie va lui permettre de profiter d’une hausse du cours de l’action jusqu’à environ 15 % sur les trois prochaines années, sur un nombre d’actions équivalent à celles sous-jacentes à la vente à terme. Au-delà de ce seuil, le groupe ne tirera plus parti de l’appréciation de l’action, l’opération étant donc conçue pour lui permettre de capter une hausse modérée du titre.
C’est habile, mais cela confirme tout de même un mouvement de fond chez Wendel, qui consiste à céder progressivement des parts de ce qui constitue de facto son actif le plus important et toujours le plus prometteur pour financer son nouveau modèle. On rappelle qu’il y a quasiment deux ans, en mars 2023, Wendel avait émis pour 750 millions d’euros d’obligations échangeables en actions Bureau Veritas, puis, pour le même montant, le groupe avait vendu en avril une participation supplémentaire de 9 %.
Des fonds partiellement réinvestis dans le groupe de conseil en ingénierie Scalian, dans le réseau d’écoles bilingues et internationales Globaleducate, et bien sûr dans l’établissement d’une nouvelle activité de gestion pour compte de tiers avec le rachat de la firme de private equity européenne IK Partners et du spécialiste américain de la dette privée Monroe Capital. Mais si ces activités de gestion pour compte de tiers montent progressivement en puissance, comme l’ont illustré les résultats 2024, elles n’évitent pas les interrogations des investisseurs concernant la capacité du groupe à générer de la valeur sur son portefeuille en propre, au-delà de Bureau Veritas. Un doute qui contribue probablement à éclairer la décote de 50 % observée sur le cours de Bourse de Wendel (91,8 euros, en hausse de 1,3 % ce mercredi) par rapport à son ANR, évalué à 185,7 euros à fin 2024.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

