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Draghi; Production; énergie; relance; demande

Macro-économie / Taux / Mario Draghi / CEPII / France / europe / Compétitivité

Macro-économie / Taux
Mario Draghi / CEPII / France / europe / Compétitivité

Quand la demande domestique nuit à la compétitivité / Le coût de l’énergie est parfois relégué au second plan

Au jeu des vases communicants, une hausse de la demande intérieure pourrait bien détériorer la compétitivité locale. La lettre du CEPII en date de ce jeudi considère qu’une augmentation de l’ordre de 1 % produirait, dans les économies avancées, un impact négatif de près de 1,8 % sur les exportations de produits manufacturiers et ce à un horizon de trois ans.
Port du Havre. Photo by Sameer Al-DOUMY / AFP
Port du Havre. Photo by Sameer Al-DOUMY / AFP

Des politiques de relance en clair-obscur. Difficile de rester pantois face aux réponses diamétralement opposées de la dynamique des exportations et des ventes domestiques lorsqu’une telle politique est déployée. D’autant plus lorsqu’on sait les efforts que déploie le Vieux continent pour remédier à son problème de compétitivité.

Les équipes du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) viennent de s’atteler à la question et s’inquiètent de constater qu’une "politique de relance peut compromettre la compétitivité en exerçant une pression à la hausse sur les prix, qui finit par pénaliser les exportations". D’autant plus que dans un tel cas il s’avère que l’une des variables clés affectant la valeur ajoutée va être fonction du degré d’ouverture au commerce international.

 

Trancher

 

Un secteur faiblement exposé verrait en effet "les ventes domestiques compenser la baisse des exportations, l’accroissement de la demande stimulant la valeur ajoutée industrielle", un phénomène diamétralement opposé se produisant dans le cas "d’un secteur fortement exposé, la baisse des exportations l’emportant sur la hausse des ventes domestiques". Pour autant la question des prix de l’énergie et de leur incidence sur les prix finaux de l’énergie n’est pas ignorée, l’essor du gaz de schiste aux États-Unis y ayant permis une baisse considérable du cours du gaz au début du siècle. Ce qui a très largement contribué, entre 2008 et 2012, à une baisse de 64 % des prix finaux de l’énergie pour les industriels américains.

Un atout colossal qui a peut-être contribué à rendre moins visible un autre phénomène, ayant quant à lui pu nuire à la compétitivité américaine. Les politiques de soutien de la demande menées aux États-Unis entre 2008 et 2019, période durant laquelle la demande interne en zone euro n’a progressé que d’environ 10 %, contre près de 23 % aux États-Unis, auraient conduit à "tirer les prix et les salaires vers le haut", conduisant "à une hausse des prix relatifs américains, érodant ainsi la compétitivité ".

Les chiffres sont effet sans ambiguïté aucune puisque durant ce laps de temps, il s’avère que "les déficits budgétaires primaires cumulés (ajustés du cycle) ont représenté près de 35 % du PIB aux États-Unis contre un excédent de 2,2 % du PIB dans la zone euro". Les conséquences d’une telle dynamique seraient à voir dans la "baisse d’un peu plus de 2 points de PIB des exportations américaines de biens manufacturés depuis 2008".

 

Draghi

 

Plusieurs enseignements sont proposés pour permettre à l’Europe de parvenir à améliorer sa compétitivité industrielle dans les années à venir. L’une des caractéristiques des pays européens pourrait donner bien du fil à retordre à leurs gouvernants, étant donné que "pris isolément – [ils] entrent dans la catégorie des plus ouverts au commerce international, ce qui signifie qu’ils sont très sensibles à la contrainte extérieure". Difficile dès lors de procéder à une relance de l’économie afin de stimuler l’activité.

Deux voies sont cependant imaginées par les auteurs afin de "limiter les effets négatifs d’une stimulation de la demande sur la compétitivité industrielle". Il est tout d’abord proposé d’instaurer des mesures de protection, lesquelles reviendraient "à taxer les importations et à subventionner la production". Pour ce faire, si des droits de douane ne peuvent être décidés au niveau national par les pays de l’Union européenne, il est argué que "des instruments peuvent en partie s’y substituer".

Pour l’autre voie à explorer, il est cette fois fait état des constats posés lors du rapport Draghi, lequel avançait que "l’économie européenne est très ouverte au commerce – plus de deux fois plus que celle des États-Unis – ce qui est symptomatique de nos barrières internes élevées. L’expansion sur notre marché intérieur étant de facto plafonnée, les entreprises de l’Union ont cherché des opportunités de croissance à l’étranger." Un bouleversement est ni plus ni moins proposé pour faire basculer les "petites économies ouvertes de la zone euro en une grande économie plus fermée comme les États-Unis".

Le CEPII ne se berce pas d’illusions et souligne qu’un marché intérieur plus vaste n’empêcherait nullement "la poursuite de politiques macroéconomiques divergentes, avec le risque d’une concurrence sociale et fiscale de plus en plus forte entre les États européens". Pour éviter une situation similaire à celle des années 2000 durant laquelle des déséquilibres intra-européens très importants étaient apparus, notamment au détriment de la France, il est espéré que les menaces sur la sécurité européenne réduisent ces dynamiques. Une forte relance allemande dirigée vers l’industrie de la défense étant susceptible de profiter à l’Hexagone. Pas de quoi faire oublier pour autant aux auteurs que le premier volet de la réponse européenne doit être de diminuer la facture énergétique de ses industriels.

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