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Commission d'enquête sur les aides publiques / BlackRock / Compétitivité / droits de douane
Aides publiques aux entreprises : Jean-François Cirelli vante les atouts de la compétitivité française / Les droits de douane américains, une opportunité pour l’Europe ?
"Un candidat à la présidentielle, élu par la suite, a dit que son ennemi était la finance, un ennemi sans visage. J’ai toujours rêvé de voir le visage du grand capital ", a avoué le rapporteur de la Commission d’enquête sénatoriale sur les aides aux entreprises, Fabien Gay, s’adressant, ce mercredi après-midi, à Jean-François Cirelli, président de BlackRock France, Belgique et Luxembourg. Une audition jugée toutefois passionnante par le sénateur communiste.
Des investisseurs attentifs à la stabilité réglementaire
Il faut dire que le discours de l’ancien patron de GDF a détonné par rapport à tout ce qu’avaient pu entendre jusqu’alors les membres de la commission. Alors que de nombreux chefs d’entreprise ont fait les louanges de la simplicité de l’Inflation Reduction Act (IRA) américain, le patron français du géant mondial de la gestion d’actifs (qui détient 2,5 % du CAC 40, gère en France 56 milliards d’euros de l’épargne des Français et investit surtout 240 milliards d’euros dans l’Hexagone) a vanté la compétitivité de la France. "Je vous remercie d’avoir invité BlackRock, j’y vois la reconnaissance sur notre rôle dans l’économie française et je m’en félicite. Néanmoins, 90 % de la gestion en actions de notre groupe est indicielle. Aussi, nous ne regardons pas les aides publiques accordées par l’Etat aux entreprises. Cela ne veut pas dire qu’elles soient inutiles, mais ce n’est pas ce qui compte pour les investisseurs étrangers. Ce qui compte, c’est la prévisibilité et la stabilité de la réglementation, c’est l’environnement juridique et réglementaire. Nous regardons aussi l’attractivité globale du pays et la France est dans le top du tableau en Europe ", a-t-il expliqué.
Choose France, un succès
Et Jean-François Cirelli d’insister : "La France est compétitive, elle est attractive, on a eu la chance d’avoir une grande période de stabilité entre 2017 et 2024. Nous étions revenus à la normale en termes de fiscalité. Choose France est un immense succès. La ville de Paris attire, ce n’est pas Francfort ou Düsseldorf. La finance française aussi, les premières banques européennes étant françaises, BNP Paribas, Crédit Agricole ", soulignant que " les gouvernements précédents ont réussi à faire passer des choses sur le droit du travail qui sont, en marketing gouvernemental politique, assez formidables. L’ordonnance de 2017, par exemple, relative à la prévisibilité et la sécurisation des relations de travail qui a introduit la barémisation des indemnités de licenciement a beaucoup intéressé la finance ".
La mauvaise manie politique de vouloir raboter le CIR
Il n’en reste pas moins, pour le financier, ex-directeur de cabinet adjoint à Matignon de Jean-Pierre Raffarin, que les investisseurs se posent aujourd’hui un certain nombre de questions. "Depuis un an, c’est plus compliqué ", a-t-il reconnu. S’agissant des aides publiques d’abord, le problème de l’attractivité de la France ne serait pas une question de générosité de la part de l’Etat. "Les autres pays ne soutiennent pas plus leurs entreprises. Il y a des pays mieux organisés, notamment pour l’exportation, comme l’Italie par exemple. Il y en a d’autres qui offrent des garanties publiques ", a-t-il constaté. "Après si on veut réindustrialiser ce pays, il y a aussi la question du prix de l’énergie. De fait, pour investir dans l’énergie quand on n’est pas énergéticien, la seule question qui compte est : est-ce que mon prix est garanti ? ", a-t-il ajouté.
Administrateur de sociétés, Jean-François Cirelli fait aussi le constat de l’importance du crédit impôt recherche (CIR). "C’est un dispositif très important. Qui dit CIR, dit recherche, dit innovation. Heureusement qu’il y a le CIR pour garder des chercheurs en France. Ce qui m’ennuie, c’est quand on dit 'il faut faire des économies', il ne se passe pas cinq minutes sans que l’on dise ‘et si on remettait le CIR en cause’. Je trouve cela assez affligeant ", a-t-il fait remarquer.
Gérer les relations avec la Chine
Des questions sociétales intriguent aussi les investisseurs étrangers. "Beaucoup se demandent si la France va réussir un jour à se décider sur certains sujets comme l’immigration et les retraites. Ils ne comprennent pas et ces questions donnent l’idée que le gouvernement n’arrive à se mettre d’accord ", a-t-il évoqué.
Mais la guerre commerciale imposée ces derniers jours par le président des Etats-Unis, Donald Trump, pourrait bien, selon le président de BlackRock France, se révéler être une opportunité pour l’Europe. " Nous allons avoir moins d’inflation ici que de l’autre côté de l’Atlantique. Nous pouvons avoir plus de croissance sur le court terme alors que l’on ne s’y attendait pas. Il existe une vraie chance pour l’Europe et j’espère que nous saurons la saisir ", a-t-il espéré, prévenant néanmoins : "il va y avoir le sujet de la Chine. Les Chinois ne pouvant plus exporter aux Etats-Unis, ils vont vouloir exporter en Europe. Or, la relation sino-européenne va être un peu compliquée à gérer, je pense ".
L’Union des marchés de capitaux doit aboutir
Autre enjeu indispensable pour le Vieux continent : la réussite de l’Union des marchés de capitaux. "La Commission européenne parle désormais de l’Union de l’épargne et de l’investissement. C’est bien mais il faut que les choses se mettent en place maintenant. L’un des atouts pour développer l’Europe, c’est de mettre l’épargne au service du développement de l’économie. On ne le fait pas assez parce que l’on n’est pas bien organisé, on ne donne pas assez confiance. C’est pourtant quand on investit que l’on fait croître l’économie ", a assuré Jean-François Cirelli.
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