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Rubis : l’ombre de la contestation plane à nouveau / Les actionnaires de référence modifient l’équilibre des forces

À l’approche de l’assemblée générale, Rubis se prépare à un nouvel affrontement entre actionnaires. Vincent Bolloré et Patrick Molis, renforçant leur pouvoir au capital, font peser une pression accrue sur la gouvernance et la stratégie du groupe.
Patrick Molis et Vincent Bolloré se sont renforcés au capital de Rubis
Patrick Molis et Vincent Bolloré se sont renforcés au capital de Rubis

Comme un parfum de déjà-vu chez Rubis. Un an après une assemblée générale marquée par des tensions autour de la gouvernance, l’opérateur indépendant du secteur de l’énergie voit ressurgir les signes d’un affrontement entre actionnaires de référence. Le scénario agité de 2024 pourrait bien se rejouer, cette fois avec des protagonistes au pouvoir de contestation renforcé.

Vincent Bolloré, via Plantation des Terres Rouges, et Patrick Molis, discret mais influent propriétaire de la Compagnie nationale de navigation et meneur de la fronde de l’an dernier, ont récemment accru leur présence au capital. Le 11 avril, Rubis a rapporté que le premier détenait désormais 6,01 % du capital et des droits de vote, tandis que le "concert Molis" a franchi successivement les seuils de 6 %, 7 %, 8 % et 9 %, atteignant 9,37 % du capital et 9,18 % des droits de vote. Officiellement, Vincent Bolloré s’en tient à une logique d’investissement financier. Mais sa montée au capital ne manque pas d’interroger, au regard du positionnement historique du groupe Bolloré dans la logistique et la distribution d’énergie, en France, en Suisse et en Allemagne.

Une poussée significative, à quelques semaines de l’assemblée générale prévue le 12 juin, qui intervient dans un contexte où la gouvernance du groupe demeure sous étroite surveillance. En 2024, Patrick Molis, actionnaire de plus de 5 % du capital, avait réclamé le renouvellement de la moitié des membres du conseil de surveillance, ainsi qu'une révision en profondeur de cette instance. Pour des actionnaires souhaitant faire bouger les lignes, l’enjeu de gouvernance dans une société en commandite comme Rubis réside précisément dans le conseil de surveillance, seul organe capable d'exercer une pression sur les associés commandités, qui, bien qu'ils détiennent une part minoritaire du capital, disposent de pouvoirs étendus, notamment en matière de gestion et de prise de décision.

 

Une succession réglée ?

 

Corollaire de cette question de gouvernance : la succession des fondateurs, Gilles Gobin et Jacques Riou. Bien qu'elle soit partiellement engagée, avec l’intégration de Clarisse Gobin-Swiecznik, fille du premier, dans la gérance depuis quelques années, cette succession est perçue par certains actionnaires comme insuffisamment claire ou aboutie. La question étant de savoir si les récentes décisions de l’entreprise de nommer Marc Jacquot, le directeur financier, et Jean-Christian Bergeron, le patron de la division Rubis Energie, au sein de la gérance, dans le cadre du plan de succession des fondateurs, ont répondu aux interrogations. On peut en douter au vu des derniers mouvements au capital.

La nouvelle configuration du tour de table laisse ainsi entrevoir un rapport de force potentiellement plus tendu qu’en 2024. Outre sa propre nomination, Patrick Molis avait poussé l’an dernier celle de Philippe Berterottière, le président-directeur général de la société GTT, société cotée au SBF 120 et spécialisée dans les systèmes de confinement à membranes pour le transport et le stockage des gaz liquéfiés. Bien que rejetées, les deux résolutions avaient emporté l’adhésion d’une part importante des actionnaires avec respectivement 43 % et 44 % de votes en leur faveur, soit 27 % du capital compte tenu d’un quorum de 63%.

Désormais, si Patrick Molis et Vincent Bolloré n’ont pas formellement constitué de pacte d’actionnaires, leur poids combiné dépasse les 15 % du capital. À cela s’ajoute la présence discrète du groupe Dassault, détenant toujours un peu plus de 5 % de Rubis. Son implication dans certains dossiers industriels aux côtés de Bolloré alimente régulièrement les spéculations sur une convergence d’intérêts entre les deux familles. Sans oublier l’homme d’affaires canadien Ronald Sämann, également actionnaire à hauteur de plus de 5 %, qui, en tant que membre du conseil de surveillance depuis un an, a désormais pour avantage de pouvoir formuler ses critiques de l’intérieur.

Outre la gouvernance, ces critiques portent toujours sur la stratégie dans le renouvelable. L’acquisition en 2021 de Photosol, pionnier de l’agrivoltaïsme, reste au cœur des débats : son coût d’acquisition est jugé élevé, sa rentabilité encore limitée, et son développement, lent et gourmand en trésorerie. Mais "comme tout développement rapide dans un domaine tel que celui-ci, il faut prévoir quelques années pour que les résultats atteignent l’ambition que nous poursuivons", a justifié Jacques Riou lors de la publication des résultats annuels du groupe en mars. Il lui faudra, ainsi qu’aux autres membres de la gérance, convaincre leur auditoire de la solidité de leur cap stratégique dans moins de deux mois.

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