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La guerre commerciale ne conduit pas le FMI à anticiper une récession mondiale / Il en attend trois effets
"Les tensions commerciales sont comme une marmite qui a longtemps bouillonné et qui est maintenant en train de déborder". A quelques jours de la publication par le Fonds monétaire international (FMI) de ses nouvelles perspectives économiques mondiales, sa directrice générale, Kristalina Georgieva, a tenu à prendre la parole. Une prise de parole qui s’effectue dans un contexte où le commerce mondial est en proie à de sévères vents contraires du fait de l’accroissement sensible des droits de douane sur les marchandises aux Etats-Unis, atteignant plus de 20 % en moyenne (en tenant compte des exemptions et de la suspension d’une partie des droits de douane "réciproques"), un niveau record depuis plus d’un siècle.
"Nos nouvelles projections de croissance comporteront des baisses notables, mais pas de récession. Les prévisions d’inflation de certains pays seront également revues à la hausse", a prévenu Kristalina Georgieva. Dans ses prévisions en date de janvier, l’institution de Washington disait anticiper une hausse de 3,3 % en 2025 et en 2026 du Produit intérieur brut (PIB) mondial. La Bulgare avance que les tensions commerciales feront sentir leur morsure sur l’activité planétaire via trois canaux. Les économistes du FMI ont quantifié les impacts de chacun de ces canaux. Cela sera dévoilé mardi prochain.
Premièrement, l’incertitude est coûteuse, a-t-elle fait valoir. "La complexité des chaînes d’approvisionnement modernes signifie que les intrants importés entrent dans la composition d’un large éventail de produits nationaux. Le coût d’un article peut être affecté par les droits de douane appliqués dans des dizaines de pays. Dans un monde de tarifs douaniers bilatéraux, dont chacun peut évoluer à la hausse ou à la baisse, la planification devient difficile. Résultat ? Les navires en mer ne savent pas vers quel port se diriger, les décisions d’investissement sont reportées, les marchés financiers sont volatils et l’épargne de précaution augmente. Plus l’incertitude persiste, plus le coût est élevé", a-t-elle détaillé.
Par ailleurs, l’augmentation des barrières commerciales frappe d’emblée la croissance, a jugé Kristalina Georgieva. "Les tarifs douaniers, comme toutes les taxes, augmentent les recettes au prix d’une réduction et d’un déplacement de l’activité, et les données des épisodes passés montrent que les partenaires commerciaux ne sont pas les seuls à payer des tarifs douaniers plus élevés. Les importateurs en paient une partie sous la forme d’une baisse de leurs bénéfices et les consommateurs en paient une autre sous la forme d’une hausse des prix. En augmentant le coût des intrants importés, les droits de douane agissent d’emblée", a-t-elle déclaré.
"Bien entendu, si les marchés nationaux sont importants, ils incitent également les entreprises étrangères à répondre par des investissements à l’intérieur du pays, ce qui permet de créer de nouvelles activités et de nouveaux emplois. Mais cela prend du temps", a ajouté Kristalina Georgieva.
Un effet à long terme pourrait également être amené à se faire jour. "Protéger les industries de la concurrence réduit les incitations à une allocation efficace des ressources. Les gains de productivité et de compétitivité obtenus par le passé grâce au commerce s’érodent. L’esprit d’entreprise cède la place à des plaidoyers spéciaux en faveur d’exemptions, de protection et de soutien de l’État. Cela nuit à l’innovation", a-t-elle pointé. "Mais là encore, si les marchés nationaux sont vastes et la concurrence nationale dynamique, les effets négatifs peuvent être atténués", a nuancé la patronne du Fonds.
Hier, l’agence de notation Fitch Ratings indiquait avoir revu à la baisse de 0,4 point sa prévision de croissance mondiale pour 2025, à 1,9 %.
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