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Commission d'enquête sur les aides publiques / Union européenne / Guerre commerciale / Bruno Le Maire
Aides publiques aux entreprises : Bruno Le Maire sonne l’alarme sur l’avenir industriel de la France / Si l’Europe ne se protège pas mieux, elle mourra
Il a beau avoir (pour le moment) quitté la vie politique, force est de constater que Bruno Le Maire a gardé tous ses réflexes. C’est un ancien ministre de l’Economie et des Finances convaincu et défensif qui s’est présenté ce mercredi après-midi devant les membres de la Commission d’enquête sur les aides publiques du Sénat.
"Si c’était à refaire, je referai exactement la même chose "
Il faut dire aussi qu’il avait visiblement peu goûté l’audition d’un autre ex-ministre de Bercy, Arnaud Montebourg, la veille. Ce dernier a en effet qualifié le remboursement des prêts garanti par l’Etat aux entreprises en difficulté pendant la crise sanitaire de "boucherie", disant avoir suggéré à Eric Lombard, actuel locataire de Bercy, de porter à dix ans le délai de remboursement afin d’éviter les défaillances.
"J’estime que l’Etat a joué tout son rôle : soutenir, défendre, protéger des entreprises et notamment les plus petites. Et je veux rappeler à tous ceux qui ont la critique facile aujourd’hui que ces aides nous ont permis de sauver des milliers d’entreprises qui vont d’Air France à Renault en passant par la plus petite des TPE ", lui a répondu Bruno Le Maire à distance, se disant "obsédé par la protection des plus fragiles ". "Si c’était à refaire, je referai exactement la même chose ", a-t-il assuré, soulignant que "ces aides nous ont permis d’avoir la relance économique la plus rapide de tous les grands pays de la zone euro et d’éviter à la France de tomber dans la case 'récession' dans laquelle est tombée le plus puissant d’entre eux, l’Allemagne ".
"Ne pas avoir supprimé la CVAE est une erreur"
Sur les sujets de la commission d’enquête, à savoir le bien-fondé des aides accordées aujourd’hui aux entreprises, Bruno Le Maire s’est dit refuser que ces dernières soient le "bouc émissaire d’un travail de simplification et de rationalisation ", même si celui-ci est nécessaire. "On oublie une chose : la raison d’être de ces aides c’est que l’Etat redonne d’une main ce qu’il a pris de l’autre. C’est le résultat direct de prélèvements obligatoires confiscatoires en France, parmi les plus élevés au monde ", a souligné l’ancien ministre, prodiguant la bonne marche à suivre. "Pour moi, il faut réduire la dépense publique inefficace, alléger le poids des prélèvements et des impôts pour finalement refonder des aides aux entreprises sans affecter leur compétitivité. Refonder le modèle économique et social de la France pour en faire une économie de production ", a-t-il soutenu.
Et Bruno Le Maire de qualifier de "connerie" l’arrêt de la trajectoire de baisse de ces prélèvements, engagée depuis 2017, par le gouvernement. "Avoir arrêté la baisse des impôts de production est une erreur, ne pas avoir supprimé la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) est une erreur", a-t-il reconnu. Pour mémoire, en septembre 2023, celui qui était alors aux commandes des finances du pays avait annoncé le report de 4 ans de la suppression totale de cette contribution, alors qu’elle était attendue dans le projet de loi de finances pour 2024. Une décision qui n’avait manqué de susciter la colère des organisations patronales. "Il faut le courage de la constance sinon cela va être un massacre pour notre économie ", a-t-il estimé.
"La mondialisation cannibale a commencé"
Des changements de cap "qui se paient cash " aujourd’hui pour les entreprises, selon lui. "Résultat : en 2024 et 2025, les ouvertures d’usines ont ralenti. Pas besoin d’être devin pour savoir que les choses vont s’aggraver si nous ne corrigeons pas le tir rapidement, si on n’offre pas la visibilité et la stabilité aux entreprises, y compris dans le secteur industriel ", a-t-il certifié.
Et d’autant plus dans un environnement international qui a radicalement changé en un an. "La mondialisation heureuse est terminée, à supposer qu’elle n’ait jamais existé. La mondialisation cannibale a commencé ", a affirmé l’ancien locataire de Bercy, proposant ainsi "de ne pas se laisser dévorer tout cru en prenant des mesures en matière de soutiens aux entreprises ", à savoir une politique qui doit remettre en cause beaucoup de dogmes européens, comme le principe de libre concurrence et les moyens de protection contre la Chine. "Il nous faut donc une politique reposant sur trois piliers : un soutien à l’investissement par les aides publiques, la décarbonation n’étant pas rentable, nous ne pouvons demander d’investissements sans cela. Ensuite, un maintien du soutien à la R&D car nous avons une fâcheuse tendance en France à taper sur ce qui marche. Revenir dessus alors que c’est un dispositif de compétitivité majeur, ce serait une grave faute économique et politique. Enfin, une protection commerciale au niveau européen ", a-t-il énuméré.
"Les barrières tarifaires ne servent à rien, c’est une ligne Maginot "
Bruno Le Maire a ainsi appelé à un "changement de braquet européen ". "Il faut que l’Union européenne décide vite, fort, protège, et défende nos intérêts économiques nationaux et européens. Oui la guerre commerciale est déclarée, mais nous avons tous les instruments juridiques à notre disposition pour nous protéger, nous devons nous en servir et rapidement ".
Sa solution notamment pour sauver le site d’ArcelorMittal de Dunkerque : limiter drastiquement le contingent d’acier chinois qui arrive sur le marché européen par des mesures draconiennes. "Les barrières tarifaires ne servent à rien, c’est une ligne Maginot ", a assuré l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, se refusant à toute nationalisation de l’entreprise. "Penser que c’est l’Etat qui va gérer ArcelorMittal et la production d’acier en France, c’est un mensonge aux salariés, ce sont des illusions ".
Et Bruno de prédire une fin funeste à l’Europe si elle ne réagit pas : "si l’Europe n’est pas capable d’assurer la stabilité de ses aides et de sa vision stratégique à 15 ou 20 ans, elle est morte. Elle disparaîtra et deviendra un territoire de consommation ", a-t-il assuré.
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