Professions financières
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Une IA générative juridique promise à passer encore à la vitesse supérieure / Des attentes et des mesures de gain différentes en fonction des structures
Que les professionnels du droit opèrent dans des cabinets d’avocats ou dans des directions juridiques d’entreprises, la question du temps reste clé pour tout un chacun. Un terrain opportun à l’adoption de l’intelligence artificielle (IA) générative et aux promesses de productivité qu’elle apporte avec elle. L’émergence et la structuration d’un écosystème de "legaltech" dans la French Tech et à l’échelle européenne ces dernières années est venue s’articuler à une demande d’IA juridique désormais en pleine accélération. "L’irruption de l’IA générative a déclenché une vague de demande, car elle permet de tirer parti de la puissance d’outils d’analyse sémantique. La dynamique en cours est finalement due à l’intégration de ces technologies dans des flux de travail vraiment utiles aux avocats et aux directions juridiques ", explique à WanSquare Jonathan Williams, responsable du développement en France de la start-up suédoise Legora. Faisant ses premiers pas sur le marché tricolore, cette jeune entreprise ayant développé une plateforme d’IA juridique collaborative, pour analyser des documents, aider à la rédaction ou à la recherche, entre autres, vient par exemple tout juste d’officialiser un partenariat avec un cabinet de place, Jeantet. D’autres équipes concentrant des centaines d’avocats ont également été convaincues, mais leurs noms n’ont pas encore été dévoilés.
Il faut dire, remarque cet ancien avocat en arbitrage international de chez Gide, ayant au fil de sa carrière aussi accompagné un certain nombre de directions juridiques du CAC 40 sur des questions informatiques, que le marché français est spécifique, car très hétérogène. Une certaine partie de ce dernier est composée de structures britanniques et américaines aux envergures internationales, et de grands cabinets français de prestige, parfois dotés de leurs propres équipes d’innovation. Ou ayant tout simplement les moyens d’investir dans la technologie quand nécessaire. D’un autre côté, de plus petites structures opérant dans différentes matières sont tout aussi répandues et installées, mais n’ont pas les mêmes capacités d’action. "Il ne s’agit désormais plus d’être précurseur en adoptant l’IA, on parlera plutôt de retardataires dans quelques années. Tous les segments de marché comprennent l’impact de cette technologie sur leur manière d’exercer leur profession", observe Jonathan Williams.
Le barreau de Paris y veille
Un sujet que le barreau de Paris a par exemple décidé d’aborder en nouant récemment un partenariat avec la start-up française Jimini AI, permettant aux cabinets de 1 à 20 avocats de bénéficier d’un accès gratuit de 3 mois à sa plateforme d’IA générative. "Cette initiative s’inscrit dans une volonté commune de démocratiser l’adoption de technologies souveraines, sécurisées et éthiques au service du métier d’avocat", soulignait le barreau de Paris à l’occasion de l’annonce. D’autres partenariats de ce type avaient d’ailleurs déjà été noués, à l’instar de celui avec Doctrine, dont la plateforme d’IA permet d’agréger les décisions de justice. Toujours dans l’idée de réduire la fracture numérique entre les petits cabinets et les grandes structures.
Une démocratisation nécessaire puisque, comme dans nombre de secteurs, adopter l’IA reste finalement une question de gain de compétitivité. Ce qui se mesure aussi différemment en fonction des professions juridiques. Si Legora travaille pour un certain nombre de cabinets d’avocats, sa solution est aussi déployée dans des directions juridiques. "La dynamique en faveur de l’IA a peut-être été plus forte, dans un premier temps, dans les entreprises : la recherche de gain de temps et d’efficience y est installée de longue date", remarque Jonathan Williams, soulignant par exemple que levier de gain d’efficacité promis grâce à la solution Legora peut être de 1 à 10, entre un juriste équipé en IA et un autre.
Question de rentabilité
La perception du gain, dans les cabinets d’avocats, peut être différente. "Leurs modèles reposent sur le temps facturable, il s’agit davantage d’une question de rentabilité. L’IA ne leur permet pas de travailler moins, mais mieux, en consacrant davantage de temps aux tâches à forte valeur ajoutée, comme la stratégie, ou la rencontre des clients. Il s’agit d’améliorer la performance d’un cabinet, le retour sur investissement se mesure par l’avantage concurrentiel et l’accroissement des parts de marché", remarque-t-il. Reste néanmoins à réussir à vraiment intégrer les solutions d’IA dans le quotidien des avocats pour qu’elle leur soit utile sur ce plan. C’est en ce sens que l’entreprise a par exemple fait le choix de co-construire sa plateforme avec les cabinets d’avocats et les directions juridiques où elle est installée, en y déployant notamment des ingénieurs de manière plus ou moins permanente.
Le but : rendre la solution plus tangible, permettre aux clients de rester à jour sur les nouveautés, ou encore d’ajouter ou d’affiner des fonctionnalités quand nécessaire. Par exemple, sur la fonctionnalité d’analyse de masse, chaque affirmation de la plateforme possède désormais une note de bas de page déroulant le raisonnement réalisé et renvoyant vers la documentation sous-jacente produite par le cabinet. Une manière d’ajuster le produit rapidement grâce aux remontées de terrain sans toucher, forcément, à la confidentialité de leurs données. "Les cabinets d’avocats sont habitués, de longue date, à utiliser des outils qui traitent des données sensibles. Ils savent donc les choisir et s’assurer qu’ils sont sécurisés. Mais ils ne souhaitent pas que leur production intellectuelle écrite serve de données d’entraînement pour des modèles qui seront commercialisés à d’autres cabinets", explique Jonathan Williams, indiquant par exemple que Legora ne procède pas à l’ajustement et au peaufinage des modèles de langage que l’entreprise utilise grâce à de nouvelles données. Une technique généralement plus utilisée par les legaltechs américaines. De quoi, surtout, rester aligné sur une vision européenne de protection des données et de limiter finalement les coûts pour les clients.
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