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Rapport; réforme; Europe

Evenements / Mario Draghi / Eric Lombard / Rencontres économiques d'Aix-en-Provence

Evenements
Mario Draghi / Eric Lombard / Rencontres économiques d'Aix-en-Provence

Le rapport Draghi attend toujours d’être exploité / Son auteur est venu distiller ses considérations aux Rencontres d’Aix-en-Provence

Cette production, qui a beau être l’une des références et des phares de l’Europe pour se réformer en profondeur, n’est que trop peu mise en œuvre pour nombre d’observateurs. Mario Draghi n’a pas opté pour le pessimisme appelant notamment les Européens à s’inspirer de leurs succès passés, tels que celui de la monnaie unique pour ne pas tomber dans l’immobilisme.
Mario Draghi et Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la Concurrence. DR
Mario Draghi et Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la Concurrence. DR

Le rapport Draghi a été cité à maintes et maintes reprises depuis l’ouverture des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Il n’est pas surprenant que l’intervention de l’ancien patron de la Banque centrale européenne soit l’un des points d’orgues de cette ultime journée de débats. Benoît Cœuré, président de l’Autorité de la Concurrence, n’a pas fait de faux-semblants pour lancer la discussion en déclarant qu’il reste "deux mois avant le premier anniversaire (de la publication du rapport ndlr) pour peut-être se réveiller et tirer des conclusions du rapport".

Aussitôt après s’être excusé de ne pas pratiquer la langue de Molière, Mario Draghi n’a pas voulu sombrer dans le pessimisme et a souligné attendre les propositions de la Commission européenne sur les 28ème régime, tout mettant en exergue les quelques avancées faites sur des questions de simplification, de taxonomie et regrettant que trop peu de choses aient été faites sur l’intelligence artificielle (IA). Une approche qui doit être changée et modifiée selon lui. À l’inverse l’ancien banquier central a martelé qu’une "bonne chose avait été faite c’est le règlement sur le marché numérique, c’est vraiment la seule chose que nous avons pour protéger nos industries en Europe ".

 

Ralenti

 

Les défauts européens sont rapidement revenus sur le devant de la scène, particulièrement la lenteur des processus européens. Que ce soit l’adoption d’un règlement nécessitant généralement deux ans et une mise en œuvre pouvant prendre jusqu’à cinq ans. Un véritable talon d’Achille à ses yeux ,notamment sur la question de l’énergie où il s’est fait l’écho des propos de Sam Altman, le PDG d’OpenAI, lequel considère que la corrélation entre les coûts du secteur et ceux de l’IA va devenir extrêmement forte.

L'apparition d’un catalyseur pour l’Europe, avec l’élection de Donald Trump, a été soulevée par Philippe Aghion, professeur au Collège de France et à la London School of Economic et membre du Cercle des économistes. Mario Draghi a rappelé à quel point l’Allemagne, où la chose militaire était honnie jusqu’à récemment, s’est lancée dans des changements constitutionnels et des investissements massifs dans l’industrie de la défense. Il a reconnu que le président américain nous a aidés à dépenser plus en Europe, raccourcissant le délai pour ses investissements.

 

Stratégie

 

Cette lenteur inhérente à l’Europe inspirant décidément Philippe Aghion, ce dernier s’est demandé s’il ne fallait pas que "les pays qui le veulent sur tel ou tel sujet […] démarrent et puis qui m’aime me suive". Un schéma pertinent aux yeux de l’ancien président du conseil des ministres italiens, tant les failles de la gouvernance européenne sont béantes depuis près d’un quart de siècle et du court laps de temps disponible pour l’Europe. L’exemple de la défense est certes récent et des plus parlants, mais il ne doit pas faire oublier que c’est également le schéma qui a prévalu à l’instauration de la monnaie unique grâce à une coalition de volontaires.

La question des investissements insuffisants sur le Vieux continent a inspiré une formule à Mario Draghi selon laquelle "il faut des dettes communes pour des projets communs", sans s’engager sur la forme de celles-ci, qu’il s’agisse d’Euro bonds ou autre instrument. La coordination a néanmoins des beaux jours devant elle à en écouter le prédécesseur de Christine Lagarde, qui considère que si on arrivait à coordonner les aides d’État pour des projets communs alors on pourrait créer 0,5 % de productivité supplémentaire. Actuellement les intérêts nationaux primeraient trop à ses yeux.

 

Trancher

 

Le débat sur le jeu de vase communiquant entre innovation et avancées sociales n’a pas été renié par Mario Draghi, pour autant il estime que dans le rapport publié il y a un peu moins d’un an il dessine une voie différente en permettant de concilier croissance et valeurs fondamentales du Vieux continent. Il a rejoint le rang des intervenants faisant l’éloge des pays nordiques, cette fois la Suède a eu ses faveurs tant la combinaison entre son climat d’innovation remarquable et un modèle social est présentée comme excellente. Un argumentaire précédant une formule à destination de la jeunesse qu’on pourrait croire tout droit sortie de la bouche de Donald Trump "Fight ! Fight and Hope !".

Quelques minutes après, la place a été faite à Éric Lombard, le ministre de l’Economie, lequel après avoir expliqué que concernant "les tarifs, c’est possiblement en train de se jouer ce week-end puisqu’une délégation de la Commission (européenne) est à Washington". Il est ensuite revenu sur les questions d’émissions de dette, jugeant positif qu’un programme européen permette de lever 150 milliards d'euros pour financer l’armement de l’Europe, tout en soulignant qu’il ne "faut pas se cacher que la dette européenne ou Française c’est toujours de la dette. Et j’ai dit précédemment que je voulais qu’on stabilise la dette". Le locataire de Bercy a également parlé d’un environnement qui était incroyablement positif pour l’Europe et donc pour la France.

Expliquant que les équilibres des relations dans le monde changent, et en dehors des trois caïds (Russie, Chine, Etats-Unis), le reste du monde a envie de resserrer les liens. Notamment certains pays disposant d’une épargne abondante, pour lequel il juge que l’Europe est l’endroit dans le monde idéal pour investir. Se lançant dans une énumération des qualités européennes, il a argué que "si on regarde les choses dans le miroir nous sommes des États de droits nous sommes des États où la règle est respectée, nous sommes des États profondément démocratiques. Nous sommes le premier marché du monde, nous sommes l’endroit où un investisseur doit investir s’il réfléchit où mettre ses fonds dans le monde et c’est cela que vont faire de plus en plus les différents pays".

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