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Les femmes toujours en retrait en Bourse / Une fracture genrée préoccupante pour l’AMF
L’investissement en Bourse attire de plus en plus de Français. C’est le constat dressé par l’Autorité des marchés financiers (AMF) dans une étude publiée cette semaine, portant sur l’activité des particuliers ayant réalisé au moins une transaction sur des instruments financiers français en 2024. Le nombre d’investisseurs actifs a progressé de manière spectaculaire : 1,7 million de Français ont investi cette année, contre 1,4 million en 2022, soit une hausse de 21,5 %.
Mais cette dynamique ne profite pas à tous. Derrière ces chiffres porteurs, un déséquilibre persiste, voire s’aggrave : la proportion de femmes parmi les investisseurs actifs est passée de 30 % à seulement 25 % en deux ans. En chiffres absolus, le nombre d’investisseuses actives, lui, est resté stable, autour de 430 000.
Une dynamique portée par les hommes… et les plus jeunes
L’essor du nombre d’investisseurs s’explique principalement par une arrivée massive de jeunes hommes sur les marchés financiers. Une tendance qui a profondément modifié la structure démographique des investisseurs. En 2022, l’âge moyen des hommes investisseurs était de 49,6 ans ; il est désormais de 43,8 ans. Chez les femmes, l’évolution est similaire mais moins marquée : leur âge moyen est passé de 60,1 ans à 54,6 ans.
Cette jeunesse masculine semble également plus friande de nouveaux canaux d’investissement. Les néo-brokers - ces plateformes 100 % numériques qui ont fleuri ces dernières années - gagnent en influence. En 2024, ils concentrent 28,7 % des hommes investisseurs actifs, contre seulement 9,7 % des femmes. De même, 19,9 % des transactions masculines sont réalisées via ces néo-brokers, soit deux fois plus qu’elles ne le sont par des femmes.
Banques classiques contre banques en ligne
L’étude révèle également une différence nette de préférences selon le genre. Les femmes continuent de privilégier les circuits traditionnels pour investir : 62,8 % d’entre elles passent par des banques classiques. Les hommes, en revanche, sont plus nombreux à se tourner vers les banques en ligne (33,3 %) ou les néo-brokers, perçus comme plus réactifs et innovants.
Cette réticence des femmes à adopter de nouveaux outils d’investissement pourrait être l’un des freins à leur progression en Bourse. Le phénomène est particulièrement visible sur la négociation d’actions fractionnées, en plein essor depuis 2020. En 2024, plus de 16 % des investisseurs actifs ont eu recours à cette pratique, mais 89 % d’entre eux sont des hommes, contre seulement 11 % de femmes.
Sur un terrain, cependant, les écarts s’amenuisent. Celui des ETF (fonds indiciels cotés), produits d’investissement de plus en plus populaires pour leur simplicité et leurs faibles frais, qui attirent aussi bien les hommes que les femmes de moins de 50 ans. L’AMF ne relève aucune différence notable de comportement entre les deux sexes sur ce produit, suggérant que certains vecteurs d’investissement peuvent contribuer à combler l’écart.
Un enjeu d’autonomie financière
Pour Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’AMF, ces chiffres sont bien plus que des données statistiques. Ils traduisent une inégalité financière persistante et appellent à une prise de conscience collective. "Le recul de la part des femmes au sein des investisseurs actifs est un marqueur de leur sous-représentation dans le monde de l’épargne et de l’investissement et donc d’inégalité économique. Les femmes doivent davantage s’intéresser à leurs finances, c’est essentiel pour assurer leur autonomie financière et leur avenir. Et le monde financier doit lui aussi davantage s’intéresser à l’épargne des femmes, qui représente une ressource abondante sous-exploitée pour l’économie", alerte-t-elle.
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