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Banques / Banques européennes / banques françaises / BNP Paribas / Société Générale / BPCE / Groupe Crédit Agricole / la banque postale

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Banques européennes / banques françaises / BNP Paribas / Société Générale / BPCE / Groupe Crédit Agricole / la banque postale

Résilience confirmée pour les banques européennes en cas de choc majeur / Les stress tests mettent en lumière des capacités d’absorption renforcées

Le scénario de stress 2025 retenu par l’Autorité bancaire européenne ne relève pas de la science-fiction : il se nourrit de tensions géopolitiques, commerciales et financières déjà à l’œuvre. Pourtant, malgré une hypothèse de crise plus dure encore qu’en 2023, les résultats confirment une résilience structurelle renforcée du secteur bancaire européen.
BNP Paribas a démontré un haut niveau de résilience lors du test de résistance 2025 (Photo by Ludovic MARIN / AFP)
BNP Paribas a démontré un haut niveau de résilience lors du test de résistance 2025 (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Plus resserré qu’en 2023, le dernier test de résistance mené par l’Autorité bancaire européenne (EBA) confirme la solidité structurelle du secteur bancaire européen. Deux ans après un premier exercice concluant, celui de 2025 renforce le diagnostic : même confronté à un scénario de crise aggravée, le système reste capable d’absorber un choc d’ampleur.

Soixante-quatre établissements de 17 pays de l’Union européenne et de l’Espace économique européen, représentant 75 % des actifs bancaires de la zone, ont été soumis à ce test de résistance, mené en collaboration avec la BCE, le Mécanisme de surveillance unique (MSU) et le Comité européen du risque systémique (CERS).

Le scénario retenu repose sur une combinaison redoutable : récession prolongée, tensions géopolitiques accrues, fragmentation du commerce mondial, chocs d’offre persistants et flambée protectionniste. Autant de dynamiques déjà à l’œuvre dans l’environnement actuel, que l’EBA a choisi d’extrapoler pour bâtir un scénario de crise systémique. À l’horizon 2027, l’Union européenne y connaîtrait une contraction cumulée de 6,3 % de son PIB réel et une hausse du chômage de 5,8 points. Un choc jugé " plus sévère que la crise financière mondiale de 2008 ", selon l’EBA.

 

Une meilleure position de départ qu’en 2023

 

Premier constat : les banques abordaient cette nouvelle épreuve dans une position plus favorable qu’en 2023, tant sur le plan de la rentabilité que du capital. En 2024, elles affichaient un retour sur fonds propres de 10,5 % - proche des sommets historiques - et un ratio de solvabilité CET1 de 16 %. La qualité des actifs demeure également solide, avec un taux de prêts non performants limité à 1,9 %.


Dans le détail, les encours classés en stade 2 - correspondant aux prêts dont la qualité de crédit s’est détériorée sans être encore en défaut - ont légèrement progressé, signalant une vulnérabilité accrue. Parallèlement, les taux de couverture sur les prêts en défaut (stade 3) se sont légèrement contractés, ce qui réduit la protection en cas de pertes effectives. Pour autant, l’EBA estime que la situation globale reste sous contrôle : " Les banques sont plus sensibles au risque, mais leur capacité d’absorption a progressé grâce à une meilleure génération de revenus. "

 

Une déperdition de capital contenue

 

Les pertes cumulées sur trois ans dans le scénario adverse atteignent 547 milliards d’euros, un niveau supérieur aux 496 milliards du test de 2023. Pourtant, la déperdition moyenne de fonds propres CET1 s’avère nettement plus contenue : –370 points de base contre –459 deux ans plus tôt, ramenant le ratio à 12 % en 2027, un niveau toujours supérieur aux exigences réglementaires. Le paradoxe n’est qu’apparent : il s’explique par une rentabilité initiale plus élevée, un capital de départ renforcé et une trajectoire de revenus plus robuste, les bénéfices nets ayant contribué à rehausser le ratio CET1 de 509 points de base, contre 365 en 2023.

Dans le détail, les pertes de crédit pèsent pour 437 points de base sur le CET1, les pertes de marché pour 108 points et les pertes opérationnelles pour 61 points. La moitié des pertes de crédit provient des expositions aux entreprises non financières, avec des taux de défaut projetés plus élevés sur les prêts à la consommation, les PME et l’immobilier commercial. L’EBA met aussi en évidence un lien fort entre vulnérabilité sectorielle et exposition aux chaînes de valeur mondiales : les secteurs les plus ouverts au commerce international apparaissent comme les plus fragilisés.

 

Des enseignements différenciés selon les modèles bancaires

 

Face à la montée des risques de marché, les activités de market making - autrement dit, les revenus tirés des activités de trading et d’intermédiation - ont joué un rôle d’amortisseur non négligeable. Si les pertes immédiates sur risque de marché atteignent 183 milliards d’euros la première année, les revenus générés dans ce segment permettent d’en compenser près de la moitié, ramenant les pertes nettes à 98 milliards sur trois ans. Les écarts de crédit (credit spreads) expliquent à eux seuls 45 % des pertes, notamment pour les banques à forte exposition de marché, qui recourent à l’approche dite "CA-advanced", c’est-à-dire à des modèles internes sophistiqués pour évaluer leurs risques de marché.

Sur le volet des revenus d’intérêts, la résilience a été plus marquée qu’attendu, malgré un recul pouvant aller jusqu’à 19 % au plus fort du choc. Les banques de détail, appuyées sur une large base de dépôts, résistent mieux à l’effet ciseau provoqué par une revalorisation plus rapide des passifs que des actifs. Le redressement du revenu net d’intérêts reste cependant limité par la forme inversée de la courbe des taux. Enfin, les pertes opérationnelles, concentrées en 2023 sur les litiges de grande ampleur, se déplacent cette fois vers d’autres catégories de risque, plus diffus.

 

Les mieux armées et les plus vulnérables

 

Certaines banques européennes se distinguent par une résilience remarquable. La norvégienne DNB n’enregistre qu’une déperdition de 17 points de base sur son ratio CET1 dans le scénario de stress, contre –29 pour la portugaise Caixa Geral de Depósitos et –36 pour PKO Bank Polski. Bank Polska Kasa Opieki limite également l’impact à –48 pb. Si l’on écarte du champ les filiales européennes de groupes américains, les plus fortes déperditions de capital concernent alors plusieurs établissements allemands, dont Deutsche Pfandbriefbank (–698 pb), Aareal Bank (–671 pb) et Bausparkasse Schwäbisch Hall (–657 pb). Des résultats qui s’expliquent par une exposition marquée à l’immobilier ou à des activités sensibles à la hausse des taux.

 

Le cas français

 

Du côté français, BNP Paribas s’en sort une nouvelle fois le mieux, avec une déperdition de 235 points de base, grâce à sa rentabilité robuste et ses revenus diversifiés. Selon les données communiquées par la banque, son ratio de levier reste au-dessus des exigences tout au long de l’exercice, avec un point bas à 3,9 %, contre 3,4 % dans le test précédent. Cette performance contribue à son reclassement dans le premier compartiment du " Pillar 2 guidance " (P2G) de la BCE, avec une exigence en capital revue à la baisse.

Société Générale suit avec –337 pb, devant Crédit Agricole (–478 pb), BPCE (–523 pb) et le Crédit Mutuel (–530 pb). La Banque Postale, avec –646 points de base, ferme la marche. Ces écarts traduisent autant des profils de risque différents que des expositions plus ou moins sensibles aux variables du scénario de stress.

Mais ces pertes ne disent pas tout. Il est essentiel de croiser la lecture des impacts avec celle des niveaux finaux de capital. Malgré la plus forte déperdition parmi les grands groupes français, La Banque Postale conserve un ratio CET1 de 11,9 % à l’horizon 2027, le plus élevé parmi ses consoeurs. Les autres établissements affichent également des niveaux solides : BNP Paribas termine à 8,9 %, Crédit Agricole à 9,5 %, BPCE à 9,9 % et Société Générale à 8,6 %. Ces chiffres témoignent de la capacité du secteur bancaire français à absorber des chocs macroéconomiques sévères tout en maintenant des coussins de capital significatifs.

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