Macro-économie / Taux
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Jackson Hole : Jerome Powell ouvre (très) timidement la porte à une baisse des taux prochaine / La santé du marché du travail interroge
"Une situation difficile". Voilà ce à quoi est confrontée la conduite de la politique monétaire aux États-Unis, d’après Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine (Fed). Lors de son discours très attendu tenu durant la grand-messe annuelle des banquiers centraux à Jackson Hole (Wyoming), Jerome Powell est sans surprise revenu sur la conjoncture économique américaine et les conséquences qu’elle pouvait avoir sur le pilotage du taux d’intérêt directeur.
Au grand dam du président Donald Trump, celui-ci n’a plus été abaissé depuis décembre 2024, se situant dans une fourchette comprise entre 4,25 % et 4,50 %. Un choix que la Fed a fait en lien avec son mandat lui imposant de limiter la croissance des prix à la consommation à 2 % par an et de favoriser un taux d’emploi au plus haut niveau compatible avec la stabilité des prix.
"Dans l’ensemble, bien que le marché du travail semble équilibré, il s’agit d’un équilibre curieux, résultant d’un net ralentissement à la fois de l’offre et de la demande de main-d’œuvre. Cette situation inhabituelle suggère que les risques à la baisse pour l’emploi augmentent. Et si ces risques se matérialisent, ils pourraient le faire rapidement, sous la forme d’une forte augmentation des licenciements et du chômage", a déclaré Jerome Powell.
Le taux de chômage américain évolue aux alentours de 4 % depuis un an. "L’offre de travail a ralenti en ligne avec la demande, réduisant fortement le taux de création d’emplois nécessaire pour maintenir le chômage stable. En effet, la croissance de la population active a fortement ralenti cette année avec la baisse marquée de l’immigration, et le taux de participation au marché du travail a légèrement diminué ces derniers mois", a-t-il précisé.
Du côté de l’inflation, qui évolue entre 2,5 % et 3 % par an depuis de nombreux trimestres, le banquier central juge que les effets des droits de douane sont désormais clairement visibles. Il faut dire que, d’après le Peterson Institute, le droit de douane moyen frappant les importations américaines de marchandises est passé de 3 % avant le second mandat de Donald Trump, à près de 20 %. "Nous nous attendons à ce que ces effets s’accumulent dans les mois à venir, bien que leur timing et leur ampleur restent très incertains. La question qui se pose pour la politique monétaire est de savoir si ces hausses de prix risquent de créer un problème inflationniste persistant", analyse Jerome Powell.
Le scénario central de la Fed est que ces effets seront relativement temporaires (ajustement ponctuel du niveau des prix sans affecter leur croissance durablement). "Il est également possible, toutefois, que la pression haussière sur les prix causée par les droits de douane alimente une dynamique inflationniste plus durable - un risque à évaluer et à gérer. Une des possibilités est que les travailleurs, voyant leur revenu réel baisser en raison de la hausse des prix, exigent et obtiennent des hausses de salaires, déclenchant une spirale salaires-prix néfaste", a pointé Jerome Powell. Toutefois, étant donné que le marché du travail n’est pas particulièrement tendu et fait face à des risques croissants à la baisse, ce scénario semble peu probable, a-t-il tempéré.
Les anticipations d’inflation pourraient également glisser vers le haut. "Les mesures des anticipations d’inflation à long terme, qu’elles soient issues des marchés ou des enquêtes, semblent rester bien ancrées et conformes à notre objectif de 2 % à long terme", a-t-il souligné, concédant qu’il ne pouvait néanmoins guère tenir cette stabilité pour acquise.
Des aléas baissiers entourant l’emploi, des risques haussiers planant sur l’inflation… que doit en tirer le Comité de politique monétaire (FOMC) ? "Lorsque nos objectifs sont en tension, notre cadre d’analyse nous pousse à trouver un équilibre entre les deux volets de notre double mandat. Notre taux directeur est désormais 100 points de base plus proche d’un niveau neutre qu’il ne l’était il y a un an, et la stabilité du taux de chômage ainsi que d’autres indicateurs du marché du travail nous permettent d’avancer avec prudence dans l’évaluation de toute modification de notre orientation politique", a-t-il indiqué, avant de prononcer la phrase qui provoque la jubilation des marchés. "La politique restrictive en vigueur, le scénario central et l’évolution de l’équilibre des risques, pourraient justifier un ajustement de notre politique monétaire", a-t-il lâché.
Les taux d’intérêt américains à deux ans, proxy des anticipations de politique monétaire, ont abandonné 10 points de base pendant le discours de Jerome Powell. Le FOMC se réunira les 16 et 17 septembre.
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