Macro-économie / Taux
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Cap sur une Europe souveraine et compétitive / La France et l’Allemagne dévoilent une feuille de route économique commune
Un nouveau souffle franco-allemand pour une Union européenne plus autonome. La réunion des exécutifs français et ultra-rhénan à Toulon a permis de faire le point sur les coopérations en cours et de dévoiler une série d’initiatives dans le cadre d’un agenda économique commun. C'est là le fruit du travail de huit groupes thématiques couvrant l’énergie, le commerce et la sécurité économique, l’industrie, les technologies de pointe, la souveraineté numérique, le marché intérieur, la coopération sociale et la finance.
En matière d’énergie, la France et l’Allemagne ont affiché leur volonté de renforcer l’intégration des marchés et de coordonner les investissements dans les infrastructures transfrontalières. Un nouveau projet d’interconnexion électrique est en cours d’évaluation par les gestionnaires de réseaux Amprion, TransnetBW et RTE. Parallèlement, une étude commune impliquant également la Pologne sera lancée d’ici 2026 afin d’analyser les interdépendances des réseaux électriques européens, avec pour objectif une meilleure optimisation économique des investissements, notamment en lien avec l’évolution des mix énergétiques.
Concernant l’hydrogène, les deux pays confirment leur engagement pour la réalisation du corridor Sud-Ouest, constitué des projets de pipelines H2Med et HY-FEN. Ils prévoient d’accompagner ces projets par des études économiques et de faisabilité, et de poursuivre les échanges avec l’Espagne, le Portugal et la Commission européenne pour identifier les besoins de sécurisation des investissements. Le groupe de travail franco-allemand sur l’hydrogène assurera le suivi continu de cette initiative.
Les deux exécutifs travaillent également à une position commune sur l’acte délégué relatif à l’empreinte carbone des batteries, afin de valoriser les mix électriques européens dans la méthode de calcul, dans une logique de compétitivité fondée sur des critères objectifs. Une réflexion est aussi mise en route sur le rôle des différentes technologies énergétiques dans la trajectoire climatique européenne, avec la possibilité de proposer ensemble des ajustements ciblés des règles européennes, notamment pour améliorer la prévisibilité pour les investisseurs et garantir une approche neutre en matière de technologie.
Sur les questions commerciales et de sécurité économique, un dialogue structuré franco-allemand sera mis en place avec une fréquence biannuelle, alternativement dans les deux pays. Ce format visera à coordonner les positions sur les accords commerciaux, à renforcer la compétitivité des entreprises européennes dans un contexte de concurrence mondiale intense, et à mettre en œuvre la stratégie européenne de sécurité économique.
Dans le domaine industriel, les deux pays s’accordent sur la nécessité de répondre aux défis conjoints posés par la hausse des coûts de l’énergie, les pratiques commerciales déloyales, l’impact climatique et les besoins d’investissement liés à la double transition écologique et numérique. Plusieurs projets communs ont été annoncés.
Parmi eux, une position partagée pour la révision du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) dans le cadre de l’évaluation de 2025, un travail commun sur la mise en place d’un prix de l’électricité pour les industries intensives en énergie, et une coopération sur la structuration de marchés porteurs dans le cadre de l’Industrial Decarbonisation Accelerator Act. Un soutien renforcé au secteur des batteries est également prévu, avec la mise en œuvre du Battery Booster du Plan d’action automobile et le développement du projet HIPOBAT pour des batteries haute performance.
D’autres initiatives sont en cours dans les domaines des matières premières critiques, avec la création d’un centre d’excellence lié à l’économie circulaire, des semi-conducteurs, et de l’intelligence artificielle, notamment dans le cadre de l’initiative européenne IPCEI-AI. Les deux pays entendent par ailleurs renforcer leur collaboration en matière d’infrastructure énergétique pour l’IA industrielle.
Les technologies de pointe font l’objet d’un engagement accru, avec des coopérations dans les domaines de l’intelligence artificielle, du calcul haute performance, du quantique et de l’espace. Paris et Berlin souhaitent jouer un rôle moteur dans les projets européens relatifs à l’IA et renforcer leurs écosystèmes d’innovation. Un rapprochement entre les écosystèmes quantiques français et allemands est en cours, avec un accent mis sur le développement d’applications industrielles. Une feuille de route commune sur l’espace sera élaborée dans les mois à venir, en lien avec la préparation de la prochaine conférence ministérielle de l’ESA et du sommet spatial international prévu en France en 2026. En parallèle, un groupe d’experts de haut niveau formulera des recommandations pour une future initiative française sur l’innovation de rupture. Un protocole d’accord entre Bpifrance et la SPRIND (l’Agence fédérale pour l’innovation disruptive allemande) est en préparation afin de faciliter les coopérations en matière de financement de l’innovation.
Sur le plan numérique, la France et l’Allemagne annoncent l’organisation d’un sommet européen sur la souveraineté numérique le 18 novembre 2025, qui réunira la Commission, les États membres et des représentants du secteur privé. Les discussions porteront sur les investissements stratégiques, la régulation et la promotion d’un écosystème numérique européen. Des projets conjoints sont également prévus dans le domaine des infrastructures cloud, des environnements de travail numériques dans les administrations, et des communs numériques, notamment via l’initiative EDIC. Enfin, les deux pays coordonneront leurs positions sur l’évolution du cadre réglementaire européen, notamment dans les domaines de l’IA, de la cybersécurité et des données, et proposeront ensemble des pistes de simplification législative.
Le renforcement du marché intérieur est également au cœur de la stratégie commune. La France et l’Allemagne plaident pour une simplification du cadre réglementaire européen, en particulier pour les entreprises de taille intermédiaire. Ils soutiennent l’élaboration d’un nouveau statut européen d’entreprise (28e régime) qui n’empiète pas sur les normes sociales nationales. Les deux gouvernements souhaitent également une meilleure surveillance du marché, une évaluation renforcée des acquisitions problématiques, et une mise en œuvre cohérente du Digital Services Act.
Dans le domaine social, une série de rendez-vous bilatéraux est lancée pour approfondir la coopération sur le marché du travail et la protection sociale. Le premier Sommet social franco-allemand s’est tenu à Berlin le 1er juillet 2025, avec une prochaine édition prévue en France en 2026. Un groupe d’experts franco-allemand est mis en place pour travailler sur la mobilité équitable du travail et sur les transformations du monde du travail dans un contexte de transition économique et technologique.
Enfin, les deux pays souhaitent progresser dans la construction d’une Union européenne de l’épargne et de l’investissement. Une initiative conjointe (FIVE) vise à améliorer le cadre réglementaire du financement des start-up et des entreprises en croissance. Un rapport est attendu d’ici la fin 2025. Par ailleurs, les ministres des Finances soutiennent les travaux en cours sur la titrisation au sein du Conseil de l’UE, avec pour objectif un accord d’ici la fin de l’année.
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