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Résultats du troisième trimestre : les banques françaises veulent dissiper le bruit politique / Le marché attend un retour à la réalité des comptes

Malgré un environnement politique chargé, les grandes banques françaises s’avancent vers leurs résultats du troisième trimestre avec des bilans solides et une rentabilité toujours robuste. Un rendez-vous clé pour jauger la résistance du modèle bancaire tricolore.
Le siège de Société Générale à La Défense (Photo by Serge ATTAL / Only France via AFP)
Le siège de Société Générale à La Défense (Photo by Serge ATTAL / Only France via AFP)

La saison des résultats des grandes entreprises françaises entre dans sa phase la plus dense. Cette semaine, l’attention se porte sur les grandes banques cotées, en particulier BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole SA, dont les publications peuvent faire figure de test de résistance face au climat politique national.

Difficile, en effet, d’ignorer un contexte devenu facteur de volatilité à part entière, la persistance de l’instabilité politique pesant sur les valorisations bancaires françaises. À tel point que, comme le souligne UBS, les trois grands établissements français se négocient désormais en moyenne avec une décote de 25 % par rapport au reste du secteur européen. Il est vrai que le creusement des spreads OAT-Bund, alimenté par le blocage budgétaire et la fragmentation parlementaire, laisse présager une hausse des coûts de refinancement pour les établissements tricolores.

Pour autant, toutes les craintes ne sont pas justifiées, notamment celles liées à un risque fiscal accru ou à une possible hausse de l’imposition sur les bénéfices, compte tenu de la structure même des profits. "Les bénéfices domestiques de BNP Paribas et Société Générale étant modestes, et la majorité des profits bancaires français réalisés par le secteur mutualiste, un éventuel durcissement fiscal aurait un effet limité sur leurs perspectives", fait ainsi remarquer UBS.

 

Le marché attend un retour à la réalité des comptes

 

Les publications à venir pourraient d’ailleurs recentrer l’attention sur les fondamentaux, reléguant le bruit politique à l’arrière-plan. BNP Paribas ouvrira le bal mardi 28 octobre, suivie de Crédit Agricole et de Société Générale deux jours plus tard. Selon les analystes de Deutsche Bank, les résultats devraient être soutenus par les activités de détail - notamment en France et en Personal Finance - ainsi que par la banque de marchés (Global Markets). Ils anticipent également une performance solide de la banque de détail internationale et des activités de collecte d’actifs (Asset Gathering).

Une perspective qui s’inscrit dans un contexte européen plutôt favorable au secteur. Dans son rapport transversal sur la saison des résultats du troisième trimestre, la banque américaine Morgan Stanley place, elle, les banques parmi les secteurs les plus susceptibles de battre les attentes, aux côtés de l’assurance, des utilities et des logiciels. Si la tonalité globale de la saison reste prudente après une série d’avertissements, les analystes y voient l’un des rares compartiments capables de créer la surprise positive. La banque retient en particulier Société Générale, qui figure parmi ses "Top Picks", aux côtés d’ING, Lloyds et Santander. Société Générale fait d’ailleurs consensus : la banque rouge et noire est plébiscitée tant par UBS que par Deutsche Bank.

 

Société Générale, fer de lance d’un troisième trimestre solide

 

Cette dernière s’attend à un trimestre solide pour la banque rouge et noire, portée par la bonne dynamique de ses activités de financement et le redressement de sa marge d’intérêt.. Les analystes soulignent la montée en puissance de BoursoBank et la robustesse de la division Global Markets, soutenue par une volatilité plus favorable. Le groupe, ajoutent-ils, "reste l’un des rares établissements européens capables d’améliorer sa rentabilité tout en réduisant sa base de coûts", avec un niveau de capital toujours confortable.

BNP Paribas devrait, elle aussi, afficher des résultats résilients, bénéficiant de la vigueur de ses activités de détail et de Personal Finance, mais aussi du redressement des revenus dans la banque de financement et d’investissement. Deutsche Bank salue la maîtrise du coût du risque et la stabilité des ratios de solvabilité, estimant que la trajectoire reste "cohérente avec une exécution disciplinée du plan stratégique".

Crédit Agricole SA est attendu dans la même lignée, avec une contribution équilibrée entre la banque de financement, la gestion d’actifs et les métiers de détail. Les analystes insistent sur la solidité structurelle du groupe, "l’un des plus rentables du secteur européen", et sur la qualité de sa base de dépôts. Sans oublier que la présentation de son plan à moyen terme, prévue le 18 novembre, devrait offrir davantage de visibilité sur la stratégie et les relais de croissance de l’établissement que dirige Olivier Gavalda depuis mai.

 

Crédit, rentabilité, capital : les indicateurs à suivre de près

 

Au-delà des performances financières brutes, plusieurs signaux seront scrutés de près. La dynamique du crédit, d’abord, constituera un indicateur clé, alors que la tendance positive des prêts immobiliers, aux entreprises et aux PME observée depuis le début de l’année s’est inversée en août, affectant surtout le segment résidentiel. Scope Ratings attribue ce retournement à la dégradation de la confiance des ménages, un phénomène visible dans l’ensemble de la zone euro.

Il s’agira aussi de mesurer la capacité du secteur à soutenir le financement de l’économie sans dégradation de la qualité d’actif. Selon Scope, le ratio de prêts non performants ne devrait pas connaître de hausse marquée, la qualité du portefeuille demeurant globalement stable.

Le ratio coût-revenus devrait, lui, poursuivre sa trajectoire d’amélioration, reflet d’une discipline de coûts maintenue et de la normalisation des revenus d’intérêts - un point que l’agence relève également, notant que "la rentabilité opérationnelle des grandes banques françaises continue de se renforcer malgré un environnement de taux plus bas".

Sur le plan du capital, la solidité du secteur reste un atout déterminant. Les stress tests européens de 2025 ont confirmé la robustesse des établissements français, dont les coussins de fonds propres figurent parmi les plus élevés du continent. Cette assise structurelle leur offre une marge de manœuvre appréciable pour absorber d’éventuels chocs macroéconomiques ou de marché.

 

Des bilans solides face à la pression des marchés souverains

 

La vigilance se déplace désormais vers les conditions de financement. Conséquence directe de l’élargissement des spreads souverains français, "la rentabilité des banques françaises pourrait être graduellement mise sous pression par une hausse régulière des coûts de refinancement", prévient Scope. Les groupes hexagonaux figurant parmi les plus importants émetteurs de dette en Europe, leur sensibilité au différentiel OAT-Bund s’en trouve mécaniquement accrue.

La plupart ont toutefois déjà bouclé leurs programmes de financement pour 2025, ce qui, selon l’agence, "devrait atténuer l’impact d’une hausse temporaire des coûts de financement non sécurisés dans les prochains trimestres".

Pour l’heure, la structure de financement demeure solide : une base de dépôts stable et une large part de dette sécurisée - principalement sous forme de covered bonds - continuent d’offrir un amortisseur efficace face à la volatilité. Et, dans un scénario de marché plus tendu, rappelle Scope, "la capacité des banques françaises à accéder aux marchés avec des instruments garantis constitue un facteur de résilience éprouvé".

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