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Ubisoft : la peur retombe / Une affaire purement comptable
On s’attendait au pire. L’action Ubisoft prenait plus de 8 % à 7,32 euros vendredi, en fin d’après-midi, après avoir gagné plus de 12 % en milieu de séance. L’angoisse latente qui entourait la publication semestrielle avait eu tout le loisir de s’installer : Ubisoft avait repoussé sa communication d’une semaine, avant de demander lui-même la suspension de la cotation. Dans un marché prompt à nourrir les scénarios noirs, l’hypothèse d’un avertissement prenait naturellement de l’ampleur, d’autant que le premier trimestre de l’exercice 2025-26 avait déjà déçu en interne et préparé les esprits à un semestre compliqué.
Finalement, rien de tout cela. Le report s’explique avant tout par un sujet comptable très technique : un retraitement imposé par les nouveaux auditeurs lié à la reconnaissance du revenu selon IFRS 15. Cette révision a conduit à retraiter l’exercice précédent et à constater un impact mécanique sur un ratio d’endettement contenu dans certains accords de financement. D’où le remboursement anticipé d’environ 286 millions d’euros sur le Term Loan, relevant du financement bancaire syndiqué, et sur le Schuldschein, dispositif obligataire privé d’origine allemande, ainsi que la nécessité de renégocier une nouvelle facilité de crédit.
Le deal avec Tencent se concrétise
Toutefois, pas d’inquiétude sur ce plan : Ubisoft dispose de 668 millions d’euros de trésorerie à fin septembre, auxquels s’ajoutera très prochainement un apport bien plus substantiel.
Car l’autre élément clé, et sans doute le plus structurant des annonces du groupe, tient au partenariat avec Tencent, le géant chinois du jeu vidéo et des services internet. Toutes les conditions suspensives ayant été levées, l’opération est sur le point d’être finalisée. Elle apportera 1,16 milliard d’euros, dont près de 500 millions remonteront directement au niveau d’Ubisoft. Le reste viendra capitaliser Vantage Studios, la nouvelle filiale qui réunira Assassin’s Creed, Rainbow Six et Far Cry, au sein de laquelle Tencent détiendra 25 % du capital. Ubisoft en conservera toutefois le contrôle exclusif et l’intégralité de la consolidation. Cette structure dotée d’une direction autonome, emmenée par Charlie Guillemot et Christophe Derennes, doit accélérer la croissance de ces franchises phares dans un cadre plus agile. L’apport financier du partenaire chinois doit renforcer simultanément le désendettement du groupe et la mise en œuvre de son nouveau modèle opérationnel articulé autour des Creative Houses.
Des signaux opérationnels plus favorables
Il n’en demeure pas moins que "ce problème de retraitement comptable et l’impact sur les covenants auraient pu être largement anticipés par le management et éviter d’une telle situation", pointe le cabinet Octo Finances, pour qui "cela accentue le manque de professionnalisme du groupe sur certains aspects".
Toujours est-il que, sur le plan opérationnel, les chiffres publiés ramènent un peu de calme dans un climat devenu particulièrement anxiogène. Les net bookings progressent de 20 % au premier semestre pour atteindre 772 millions d’euros, portés par des partenariats plus solides qu’anticipé et par la résilience du back-catalogue. Le deuxième trimestre ressort même au-dessus des attentes, à 490,8 millions d’euros contre une guidance d’environ 450 millions, tandis que les premières économies issues du programme de réduction des coûts se matérialisent dans un résultat opérationnel non-IFRS revenu à 27 millions d’euros.
Le groupe maintient enfin l’ensemble de ses objectifs pour l’exercice 2025-26 : net bookings stable, résultat opérationnel non-IFRS proche de l’équilibre et free cash-flow négatif. Soit des "informations rassurantes", souligne le bureau d’analystes Oddo BHF, vu l’attente angoissante à laquelle les actionnaires d’Ubisoft ont été soumis.
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