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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L’année 2026 vue par… Anne-Sophie Alsif / Cheffe économiste de BDO France

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Anne-Sophie Alsif - Daniel Pier / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Anne-Sophie Alsif - Daniel Pier / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?

 

La zone euro connaîtra un faible taux de croissance à + 1 % en 2025 et + 1,2 % en 2026 en raison des tensions commerciales et du ralentissement de la demande. La zone euro connaît un fort ralentissement de croissance en raison de la faiblesse de la consommation privée (+ 0,6 % en 2025 et + 0,6 % en 2026) entretenue par une politique budgétaire plus restrictive et le ralentissement du taux d’inflation. La croissance reste atone en raison de la timide demande intérieure et de la faiblesse de l’investissement à + 0,8 % en 2025 et à + 1,7 % en 2026. Le taux de chômage augmente (6,9 % en 2025 et 2026) en raison de la faiblesse de l’investissement des entreprises. La politique monétaire devrait s’assouplir en raison du fort ralentissement du taux d’inflation. La BCE devrait baisser ses taux au moins une fois d’ici à la fin 2025 afin d’améliorer les conditions de financement des entreprises.

La croissance reste faible en raison du fort ralentissement de l’investissement productif. Il existe plusieurs risques :

La crise budgétaire en raison du fort endettement des Etats membres ;

Le traité UE-US avec des droits de douane à 15 % pèse fortement sur les exportations allemandes ; la faiblesse des avancées sur les thématiques de souveraineté : défense, IA, numérique.

La forte hausse de l’endettement public en France, Italie, Belgique freine les politiques de relance budgétaire.

Le taux d’épargne des ménages atteint 15,2 % illustrant le manque de confiance en l’avenir.

L’économie française devrait croître de 1 % en 2026. L’activité s’est fortement dégradée en raison du fort ralentissement de l’investissement et de la consommation privée. Le taux de croissance repose notamment sur la consommation des ménages qui repart doucement (+ 0,6 % en 2025 et + 1 % en 2026). C’est l’investissement notamment des entreprises qui a une contribution négative en raison de l’incertitude politique (passant de -0,5 % en 2025 à + 0,9 % en 2026). Les échanges extérieurs se caractérisent par une stagnation des exportations (+ 0,4 % en 2025 à + 2,5 % en 2026) et à une augmentation des importations (passant de + 2,4 % en 2025 à + 2,9 % en 2026).

L’inflation continue de se modérer et devrait atteindre 1 % en 2025 puis repartir à la hausse à 1,4 % en 2026 et à 1,8 % en 2027 en raison des tensions inflationnistes des droits de douane américains de 15 % sur les biens européens. Le taux de chômage devrait se stabiliser à 7,7 % en 2025 et en 2026 et à 7,4 % en 2027 ; en raison du resserrement de la politique budgétaire ; du ralentissement de la croissance économique et de l’incertitude politique. Les finances publiques restent très dégradées. La France doit préparer le budget 2026. La dette publique s’élèvera à 116,7 % du PIB en 2025 et à 119,7 % du PIB en 2026. Le déficit public serait de 5,4 % en 2025 et devrait baisser à 5 % en 2026.

L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera une variable clé car le pays devrait investir 1000 milliards d’euros sur 10 ans dont une grande partie dans l’industrie de la défense. Cela permettra de stimuler le taux de croissance très faible et de contribuer positivement à la reprise. Les investisseurs risquent davantage d’acheter de la dette allemande au détriment de la dette française jugée plus risquée en raison de la situation budgétaire.

 

Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?

 

Oui, nous allons sûrement assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine qui aura de graves retombées. La Réserve fédérale a baissé ses taux directeurs mais le Président Trump souhaite d’autres baisses de taux alors que les tensions inflationnistes perdurent. A Jackson Hole à l’été 2025, le Président Powell a évoqué la possibilité d’un assouplissement de la politique monétaire. Il a déclaré que "les perspectives de base et l’évolution de la répartition des risques pourraient justifier un ajustement de notre politique monétaire".

La hausse des droits de douane décidée par le Président Trump entraîne des tensions inflationnistes. L’instabilité de la politique commerciale et le temps de répercussion de ces mesures sur les chaînes d’approvisionnement rendent incertaines les conséquences sur l’économie. Le risque d’une spirale inflationniste n’est cependant pas à écarter totalement à moyen terme.

Jérôme Powell a également réaffirmé l’indépendance de la FED : "La politique monétaire ne suit pas une trajectoire prédéfinie. Les membres du FOMC prendront ces décisions en se fondant uniquement sur leur évaluation des données et de leurs implications pour les perspectives économiques et l’équilibre des risques. Nous ne dévierons jamais de cette approche". Cette doctrine ne sera peut-être pas appliquée par son successeur. Le risque serait de baisser fortement les taux d’intérêt dans un contexte inflationniste dans le secteur du logement et d’un risque d’éclatement de la bulle des investissements dans l’intelligence artificielle.

 

Depuis de nombreux trimestres, le secteur manufacturier chinois accroît sensiblement ses parts de marché mondiales, ce au détriment de l’industrie européenne. Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent ?

 

Depuis la déclaration de la guerre commerciale américaine, les entreprises chinoises sont particulièrement agressives et souhaitent prendre davantage de parts de marché en Europe au détriment de l’industrie européenne. Le secteur manufacturier chinois est en avance technologique dans différents secteurs (panneaux solaires, semi-conducteurs, voitures électriques) mais a besoin du marché européen pour écouler leur surcapacité de production.

Dès lors, il faut protéger le marché européen, comme le fait la Chine, dans certains secteurs et exiger des transferts de technologies dans les domaines où l’industrie européenne est moins compétitive sinon l’’Europe ferme l’accès au marché.

 

Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?

 

Une bulle s’est formée dans le secteur de l’intelligence artificielle. Il est normal d’assister à une forte hausse des investissements face à une révolution technologique telle que l’intelligence artificielle. Néanmoins, l’ampleur des investissements en volume est colossale et ces derniers stimulent à eux seuls la croissance américaine. L’éclatement de la bulle, si elle a lieu, impactera en premier lieu les Etats-Unis avec une chute des marchés financiers. Cela impactera, en second lieu, l’Europe, mais moins, dans la mesure où notre continent est très en retard et n’investit pas assez dans l’intelligence artificielle.

 

En vue de l’élection présidentielle française de 2027, les ébauches de programme des candidats pourraient être dévoilées l’année prochaine. Par ordre d’importance, quelles seraient les trois mesures à adopter pour muscler le potentiel de croissance de l’Hexagone ?

 

  • Le plus important est d’augmenter le taux d’emploi, notamment des 55-62 ans très inférieur au taux existant chez nos partenaires européens. Cela permettrait d’avoir d’importantes recettes fiscales supplémentaires.

  • Il faut stimuler la réindustrialisation du pays pour augmenter les gains de productivité à travers la mise en œuvre d’un plan d’investissements à long terme (20 ans) en ciblant seulement certains secteurs tels que la santé, l’aéronautique, le spatial et l’agroalimentaire. Il faut créer un "cloud européen" pour retrouver une souveraineté numérique européenne.

  • Il faut avoir un plan à 10 ans de désendettement robuste et qui soit appliqué afin de donner de la visibilité à nos investisseurs afin de réduire les taux d’emprunt de la France et de ne pas avoir une explosion de la charge de la dette.

 

Dans le cas d’une absence d’assainissement des finances publiques françaises dans les années à venir du fait de la polarisation politique, croyez-vous davantage au scénario d’une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d’intérêts ou plutôt à celui d’une rupture soudaine de la confiance des marchés obligataires ?

 

Ce scénario est en effet possible. Je crois à une lente asphyxie causée par une hausse progressive de la charge d’intérêts. La croissance de la France en termes de contribution repose à 60 % sur la consommation des ménages ce qui explique la mise en œuvre de politique budgétaire accommodante. Le pouvoir politique adopte "une politique de chèques mal ciblée" à court terme afin de stimuler la croissance, le pouvoir d’achat et d’avoir un retour électoraliste immédiat. Malheureusement, ce modèle ne fonctionne plus face aux différents défis auxquels nous devons faire face : révolutions technologiques (IA), vieillissement des populations et transition écologique. Réussir ces transformations se résume en un mot : investir massivement. Or, une politique d’investissement demande une vision stratégique à long terme et le retour sur investissement n’intervient pas avant 7 à 10 ans. L’Allemagne en a pris conscience subissant actuellement les conséquences d’un sous-investissement qui à durer plus de dix ans.

La France, malgré ses difficultés budgétaires, en a peu conscience. Une politique d’’investissement à long terme ne tient pas face à un discours sur le pouvoir d’achat à court terme. Dès lors, le risque central pour la France demeure le décrochage économique : aucune politique de fond sera mise en œuvre. De fait, la charge de la dette continuera d’augmenter et on sacrifiera l’investissement productif pour financer la charge de la dette, les retraites et la sécurité sociale. Le pays continuera de s’appauvrir. Depuis que la France s’est désindustrialisée, le pays est plus pauvre de 20 % par rapport à l’’Allemagne. Le déclin continuera : seul l’investissement peut nous sauver dans un pays ayant autant d’épargne.

 

D’après une étude du Conseil d’analyse économique, un effort de 148 milliards d’euros en six ans serait nécessaire pour que la France stabilise son taux d’endettement public tout en se prémunissant contre les crises. Quelles sont les composantes de la dépense publique devant assumer l’ajustement ?

 

C’est en effet une très bonne évaluation. Il existe des économies importantes à faire soulevées par la Cour des comptes concernant les niches fiscales ou encore le "fameux mille-feuille administratif". Il faut surtout augmenter les gains de productivité et geler les barèmes d’indexation à l’inflation pour faire des économies significatives.

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