Macro-économie / Taux
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L'année 2026 vue par... Valentin Bissat /
Chef économiste de Mirabaud
Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2026 ? Quel est le principal aléa autour de vos prévisions ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?
En 2026, la croissance en zone euro devrait rester modeste, autour de 1.0%, avant de remonter légèrement à 1.2 % en 2027, soit proche du potentiel estimé à 1.1%. La France se distingue par une dynamique particulièrement faible, avec une croissance limitée à 0.8 % en 2026, freinée par la consolidation budgétaire et les incertitudes politiques. À l’inverse, l’Allemagne devrait bénéficier d’un rebond plus marqué grâce à un expansionnisme budgétaire significatif. La politique budgétaire de la zone euro devrait en effet devenir expansionniste en 2026, avec un déficit pour l’ensemble de la zone passant de 3.2% du PIB à 3.5%. L’Allemagne prévoit un déficit record de 4,8% de son PIB, principalement dû à une hausse des dépenses militaires et d’infrastructure. Ce stimulus allemand devrait compenser partiellement la faiblesse de la demande privée et les vents contraires liés au commerce international.
Le principal risque autour de ces prévisions réside dans l’évolution de la demande extérieure, en particulier celle des États-Unis : un ralentissement marqué outre-Atlantique pourrait ramener la croissance européenne bien en dessous de son potentiel, tandis qu’un scénario de demande américaine plus robuste accélérerait la reprise dès 2026. À cela s’ajoutent des incertitudes liées à l’exécution des politiques budgétaires, notamment en Allemagne, et à la diffusion des gains de productivité liés à l’intelligence artificielle, qui pourraient constituer un choc positif mais difficile à quantifier à ce stade.
Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Au regard du contexte de sa nomination et des pressions exercées par Donald Trump sur le FOMC, pourrait-on assister à une vassalisation de la politique monétaire américaine ? Si oui, y aura-t-il des retombées ?
Les tentatives de politisation de la Fed apparaissent clairement (licenciement de Lisa Cook, pressions médiatiques, nomination d’un membre moins orthodoxe, Miran) et poursuivent un objectif explicite : orienter la politique monétaire en fonction des priorités économiques de l’administration Trump. Cette stratégie, qui vise à maintenir durablement des taux d’intérêt bas malgré une possible montée des pressions inflationnistes, porte un nom : la répression financière.
Le remaniement du Conseil des Gouverneurs permettra donc à Trump de nommer des profils plus favorables à des baisses de taux rapides. Cependant, un consensus large existe parmi les membres de la Fed, autour d’un niveau d’équilibre d’environ 3% à moyen terme. Nous estimons que la majorité des membres de la Fed restera largement indépendante des pressions politiques.
Toutefois, le rôle de la banque centrale sur les marchés pourrait se réduire, les nouveaux gouverneurs souhaitant recentrer son action sur les taux directeurs et diminuer son poids en matière de régulation et de taille de bilan (QE).
Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?
Selon la définition de la Banque des Règlements Internationaux (BIS), une bulle financière se caractérise par une hausse rapide et prolongée des prix déconnectée des fondamentaux, suivie d’un effondrement brutal. Même si les valorisations sont indéniablement élevées, la croissance des bénéfices des grandes sociétés de la tech est extrêmement forte et la grande majorité de ces sociétés sont profitables et disposent de bilans solides. Le fait que les financements des sociétés de la tech reposent principalement sur des capitaux propres, plutôt que sur du financement externe (banques ou marchés financiers) réduit également le risque de faillites en chaîne. Il n’est jamais évident de prévoir les gagnants et les perdants à long terme de telles évolutions technologiques. La volatilité restera importante et les investissements actuels dans l’infrastructure devront prouver leur rentabilité, mais nous restons confiants sur le soutenabilité de cette révolution.
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