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Paul Hudson quitte Sanofi au cœur du pari R&D / Belén Garijo choisie pour accélérer l’exécution de la stratégie
Le redressement de la R&D de Sanofi se jouera dans les deux ans, avait affirmé Paul Hudson lors de la publication des solides résultats annuels 2025 du groupe. Mais ce n’est pas lui qui conduira cette phase décisive. Le conseil d’administration a créé la surprise en décidant, lors de sa réunion du 11 février, de ne pas renouveler son mandat. Paul Hudson quittera ses fonctions le 17 février au soir. Sur proposition du comité des nominations, le conseil a nommé Belén Garijo directrice générale, avec une prise de fonctions prévue à l’issue de l’assemblée générale du 29 avril.
Une page se tourne. Et si le départ est quelque peu inattendu, le travail réalisé par Paul Hudson est reconnu. Arrivé avec pour mission de remettre Sanofi au premier plan en recentrant le groupe sur l’innovation pharmaceutique et une organisation plus simple et plus performante. « Le Conseil d'administration de Sanofi remercie Paul Hudson pour son travail et les initiatives stratégiques qu'il a engagées au cours de son mandat. », salue Frédéric Oudéa, président du conseil d'administration.
Une transformation stratégique validée financièrement
Paul Hudson avait lancé un virage stratégique majeur vers la R&D à son arrivée en 2019, dans le cadre de la stratégie « Play to Win » (2020-2025), qui a recentré les efforts sur l'innovation en immunologie, vaccins et maladies rares. Ce plan a permis d'augmenter les investissements en R&D de 4,5 à 5 milliards d'euros à environ 8,2 milliards annuels, avec un focus sur des thérapies first-in-class. Un nouveau chapitre a été annoncé en octobre 2023, renforçant encore ces investissements et visant une transformation en pure player biopharmaceutique, détaillée lors de la journée R&D du 7 décembre 2023.
Le résultat de cette feuille de route, qui visait aussi à accroître l’efficacité opérationnelle et à repenser les modes de fonctionnement, a d’ores et déjà porté ses fruits sur le plan financier, comme l’ont montré les derniers résultats annuels.
Concernant le pipeline, les interrogations demeurent, portant toujours sur l’après-Dupixent, le médicament phare du groupe, dont la perte d’exclusivité est attendue au début des années 2030. Dupixent a généré à lui seul plus de 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, ce qui rend la question de son relais stratégique centrale pour les investisseurs. Or, plusieurs programmes clés ont récemment déçu. Tolebrutinib, développé dans la sclérose en plaques, ne sera finalement pas lancé aux États-Unis après des échanges prolongés avec la FDA, et reste encore sous évaluation en Europe. De son côté, itepekimab, candidat dans la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), a dû repartir dans une nouvelle étude de phase 3, ce qui repousse son potentiel lancement d’environ trois ans, tandis que la concurrence s’intensifie, notamment chez GSK.
Des relais encore fragiles pour l’après-Dupixent
Amlitelimab demeure dès lors le principal projet mis en avant pour le long terme. Ce candidat dans la dermatite atopique n’a toutefois pas vocation à remplacer Dupixent. Les résultats de l’étude COAST-1 montrent une efficacité inférieure à celle de Dupixent à 24 semaines, mais avec une amélioration qui se poursuit dans le temps et un mode d’administration beaucoup plus espacé, jusqu’à six fois moins d’injections. Son futur positionnement commercial reste à définir : traitement de première ligne pour des patients moins sévèrement atteints, ou plutôt solution de deuxième ou troisième ligne, voire de traitement d’entretien.
C'est à Belén Garijo que le conseil a décidé de confier la suite. Frédéric Oudéa précise qu'elle « connaît très bien le Groupe Sanofi, où elle a occupé des postes importants et remporté de nombreux succès pendant 15 ans. Elle a l'expérience et le profil pour accélérer le rythme, renforcer la qualité d'exécution de la stratégie et conduire ainsi le prochain cycle de croissance de l'entreprise, essentiel pour préparer l'avenir du Groupe. »
Le parcours de Belén Garijo, de nationalité espagnole, l’a progressivement menée vers ces nouvelles fonctions. Médecin de formation, elle a exercé six ans en milieu hospitalier avant d'entamer une carrière dans l'industrie pharmaceutique, d'abord au sein du département Recherche & Développement d'Abbott. Elle a ensuite passé 15 ans chez Sanofi, où elle a occupé les fonctions de vice-présidente des opérations pharmaceutiques pour l'Europe et le Canada et a été membre du comité exécutif. Elle y a notamment piloté l'intégration de Genzyme lors de son acquisition aux États-Unis.
Le choix de la continuité exécutive
En 2011, elle rejoint Merck KGaA et en devient la directrice générale en 2021, devenant ainsi la première femme à diriger une société du DAX40 en Allemagne. Dirigeante stratégique reconnue au-delà du secteur pharmaceutique, elle est membre du conseil d'administration de BBVA et a siégé pendant dix ans au conseil d'administration de L'Oréal.
« Cette nomination est perçue comme un signal fort de continuité stratégique, assorti d'un renforcement de l'exécution », soulignent de leur côté les analystes d'Invest Securities. Et d'ajouter : « Sa feuille de route annoncée met l'accent sur le renforcement de la productivité, de la gouvernance et de la capacité d'innovation de la R&D, dans un contexte où Sanofi cherche précisément à consolider son pipeline et à préparer son prochain cycle de croissance. »
Dans l'intervalle, Olivier Charmeil, vice-président exécutif Médecine générale et membre du comité exécutif depuis 2011, assurera les fonctions de directeur général par intérim jusqu'à l'assemblée générale du 29 avril.
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