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Chez Capgemini, la reprise prend corps / De l’IA promesse à l’IA production

La fin d’exercice 2025 marque un tournant pour Capgemini. L’accélération de la croissance organique au quatrième trimestre, portée par l’Amérique du Nord et le Royaume-Uni, crédibilise l’idée d’une inflexion durable. Derrière les chiffres, le groupe met en avant l’industrialisation de l’IA, la montée en puissance des Intelligent Operations et l’émergence de nouveaux critères de décision autour de la souveraineté, au prix d’un effort de restructuration significatif.
Aiman Ezzat, directeur général de Capgemini (Photo by JOEL SAGET / AFP)
Aiman Ezzat, directeur général de Capgemini (Photo by JOEL SAGET / AFP)

Il ne s’agissait pas d’un signe isolé. La croissance organique que Capgemini avait retrouvée au troisième trimestre s’est non seulement poursuivie, mais largement amplifiée au quatrième. Sur les trois derniers mois de l’année, le chiffre d’affaires a bondi de 10,6 % à taux de change constants, contre 2,9 % entre juillet et septembre. Une accélération spectaculaire, portée par une performance remarquable en Amérique du Nord, en hausse de 19,9 %, et au Royaume-Uni, en progression de 21,8 %.

Une « très bonne surprise » , avec une croissance organique « très largement supérieure aux attentes et portée par une performance plus solide dans toutes les régions, à l'exception de la France », notent les analystes d’Oddo BHF.

Si bien que, sur l’ensemble de l’exercice 2025, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 22,465 milliards d’euros, en hausse de 3,4 % à taux de change constants, dépassant le haut de la fourchette de ses objectifs relevés en octobre. Une performance saluée par les investisseurs. À la Bourse de Paris, l’action Capgemini gagnait un peu plus de 5 % vendredi à mi-séance, signant l’une des plus fortes hausses du CAC 40.

 

Des chiffres portés par une traction commerciale retrouvée

 

Une dynamique qui ne se réduit pas à un simple effet de calendrier. « Je ne considère pas qu'il y ait eu un effet de rattrapage budgétaire en fin d'année. Il s'agit d'une croissance réelle que nous avons générée, avec une amélioration visible sur l'ensemble des activités », a expliqué Aiman Ezzat, directeur général du groupe, lors de la présentation aux analystes.

Et si l'acquisition de WNS et Cloud4C a mécaniquement gonflé les chiffres du dernier trimestre, c'est bien la dynamique organique qui constitue le véritable signal. Les prises de commandes, à 24,4 milliards d'euros sur l'année, affichent un ratio book-to-bill de 1,08, signe d'un carnet commercial qui se reconstitue solidement.

Derrière ces chiffres, une transformation technologique est à l’œuvre. L’intelligence artificielle devient un levier de création de valeur mesurable. Dans l’entreprise, elle « est devenue une réalité », souligne Aiman Ezzat. À l’appui, un cas client permet de « documenter 27 millions d’euros d’économies grâce à ce qui a été mis en œuvre ». Plus encore, certaines solutions déployées permettent de « prévenir et de limiter des événements catastrophiques, générant des économies de plusieurs millions d’euros par an pour nos clients, avec environ 50 incidents critiques évités chaque année », ajoute-t-il.

 

Quand l’IA passe à l’échelle

 

Ces exemples concrets traduisent un basculement : les clients ne se contentent plus de piloter des proof of concept, ils déploient désormais l’IA à grande échelle, au cœur de leurs systèmes de production. Les prises de commandes liées à l’IA générative ont représenté plus de 8 % du total sur l’année, et plus de 10 % au quatrième trimestre, confirmant l’accélération de cette adoption.

Dans ce mouvement, l’IA s’incarne en particulier dans les « Intelligent Operations », ces services qui visent à transformer et piloter de bout en bout les processus métiers des clients grâce à l’IA agentique. « Avec les Intelligent Operations, nous utilisons l’IA pour transformer et piloter des pans entiers des opérations de nos clients, afin de créer de la valeur stratégique de bout en bout », explique Aiman Ezzat.

Au quatrième trimestre, le groupe a signé un contrat de 600 millions d’euros avec une grande entreprise mondiale, « couvrant plusieurs fonctions et processus, fondé sur une véritable transformation pilotée par une IA agentique ». Des contrats multi-fonctions, structurés autour de modèles commerciaux non fondés sur les équivalents temps plein mais sur des résultats mesurables, qui traduisent un changement de paradigme dans la relation client. « C’est une démonstration claire que la stratégie Intelligent Operations fonctionne et qu’elle constituera l’un de nos piliers de croissance dans les années à venir », poursuit le dirigeant.

 

La souveraineté s’impose dans l’équation

 

À mesure que l’IA s’industrialise, la question de la souveraineté numérique s’impose. Devenue un critère de décision à part entière pour les grands donneurs d’ordres, elle devrait concerner plus de 50 % des contrats de services d’ici 2029, contre 5 % en 2025. Capgemini entend s’y positionner comme un intégrateur capable d’orchestrer écosystèmes technologiques, contraintes réglementaires et exigences de sécurité, notamment à travers Cloud4C.

Cette montée en puissance s’accompagne toutefois d’une phase de restructuration. Le groupe prévoit environ 700 millions d’euros de coûts sur deux ans, concentrés pour l’essentiel en 2026, afin d’adapter ses talents et ses expertises aux nouvelles priorités de croissance. Ces initiatives, déployées dans plusieurs pays, visent à accélérer la transformation des compétences vers l’IA et les domaines stratégiques.

 

Une pression transitoire sur le cash

 

L’effort pèsera sur le free cash-flow organique 2026, attendu entre 1,8 et 1,9 milliard d’euros, contre 1,949 milliard en 2025. « La faiblesse du free cash-flow en 2026 était prévisible après l’annonce du plan de suppressions de postes en France », notent les analystes d’Oddo BHF. Des coûts exceptionnels qui n’effacent toutefois pas l’objectif d’une amélioration de la marge « organique » : le groupe vise une marge opérationnelle comprise entre 13,6 % et 13,8 % en 2026, hors effet relutif de WNS. « Cela pourrait aider le marché à digérer le coût ponctuel de ces restructurations », estiment les mêmes analystes.

Pour 2026, Capgemini table sur une croissance à taux de change constants comprise entre 6,5 % et 8,5 %, dont 4,5 à 5 points de contribution inorganique liés aux acquisitions récentes. « À la lumière d’une fin d’exercice 2025 extrêmement solide, la guidance de croissance organique pour l’exercice 2026 peut paraître faible, même si elle est conforme aux attentes en son point médian », observe Oddo BHF. Cette prudence apparente contraste avec la vigueur de la fin d’exercice et recentre l’attention sur la capacité du groupe à transformer ses axes stratégiques en relais de croissance durables.

C’est tout l’enjeu du Capital Markets Day prévu le 27 mai prochain, au cours duquel Capgemini dévoilera ses orientations à moyen terme.

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