Evenements / Mutares / Commission d'enquête / Fonds spéculatifs
Evenements
Mutares / Commission d'enquête / Fonds spéculatifs
Commission d’enquête sur les fonds spéculatifs : Mutares défend son modèle d’affaires à haut risque / Le fonds de retournement lève le voile sur ses pratiques de reprise et de financement
« Nous comparer à des fonds d’investissement classiques, c’est comme comparer un cabinet de chirurgie esthétique à une salle de réanimation ». Premier fonds à passer sur le gril de la commission d’enquête sur la prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs, pilotée par les députés Emmanuel Mandon (Les Démocrates, président) et Aurélie Trouvé (La France insoumise, rapporteure), l’allemand Mutares n’a pas flanché, malgré les accusations de profiter de la difficulté des entreprises reprises, notamment celles du groupe Lapeyre, racheté en 2021 à Saint-Gobain, pour s’enrichir.
Ses représentants, Henri-Pierre Garnier, président de Mutares France et André Calisti, conseiller, ont en effet défendu, pendant plus de deux heures, le bien-fondé de leur modèle d’affaires en soutien à l’économie française. « Parler de prédation pour qualifier des fonds de retournement, c’est ignorer les emplois maintenus, les sites relancés et le savoir-faire préservé. En participant à cette commission d’enquête, nous espérons désamorcer quelques fantasmes autour du monde du retournement », ont-ils déclaré.
Ne gagne pas d’argent en organisant des faillites
Pour mémoire, Mutares est implanté sur le territoire français depuis 2015. Coté à la Bourse de Francfort, il se dit spécialisé dans la reprise d’entreprises industrielles en très grande difficulté – « non grata dans les banques » - dans les secteurs de l’équipement automobile, de l’ingénierie, des services aux infrastructures, de la logistique, du commerce, de la chimie et des matériaux de construction, et dont le futur est menacé à court terme. « Ce n’est pas un fonds d’investissement au sens de société de gestion. Mutares n’investit que ses propres capitaux et porte donc l’intégralité du risque financier comme industriel puisque nous reprenons le plus souvent 100 % du capital des entreprises. Notre destin est lié à celui des entreprises que nous reprenons. Leur redressement fait notre réussite financière autant que réputationnelle. Nous ne reprenons que des sociétés où nous identifions un potentiel de redressement. Je ne sais pas comment on gagne de l’argent en organisant des faillites. C’est un jeu dangereux parce que notre activité est contrôlée », a d’abord expliqué Henri-Pierre Garnier.
72 millions d’euros injectés en fonds propres en France
En dix ans d’activité, Mutares se serait ainsi vu confier, par les services de l’Etat, 29 sociétés. « Nous en détenons encore 9 dont le groupe Lapeyre, et 14 ont été cédées. La dernière, Clecim, à Fouré Lagadec, avait été reprise en 2021 auprès du groupe Mitsubishi alors qu’elle enregistrait des pertes annuelles de 10 à 15 millions d’euros depuis près de dix ans. Elle a renoué avec la rentabilité en 2022, passant d’une marge opérationnelle de -35 % à + 3 % avant de se stabiliser. Depuis dix ans de présence en France, nous sommes parvenus à stabiliser ou à céder les sociétés reprises dans plus de 80 % des cas. Nous avons aussi connu des échecs et perdu de l’argent sur des dossiers », a avancé le président de Mutares France, indiquant également – et contrairement aux idées reçues – avoir payé un prix d’acquisition pour 40 % des sociétés reprises.
Au total, Mutares aurait investi, depuis 2015, 160 millions d’euros dans des sociétés françaises avec des fonds de résultats accumulés dans ses opérations de retournement dans le monde. « Nous avons injecté depuis notre première opération en France, 72 millions d’euros en capitaux et en fonds propres », a-t-il soutenu. « Le mode d’acquisition se fait par des sociétés holding françaises ou allemandes, toutes détenues à 100 % par la tête de pont de la société Mutares, à savoir Mutares SE & CO. Nous sommes donc loin, comme certains le prétendent, de montages exotiques », a rectifié Henri-Pierre Garnier.
Une valeur ajoutée des dirigeants qui explique leur rémunération
Interrogé sur son modèle de financement, Mutares en a évoqué trois : les revenus des produits de cessions des sociétés, les dividendes des entreprises retournées et les frais de conseil facturés aux sociétés pour assurer le coût des experts opérationnels dépêchés sur sites. Ce qui n’a pas manqué d’interpeller Aurélie Trouvé : « sur chaque dossier, la pratique des frais de conseil atteint des montants extrêmement importants qui permettent de rétribuer Mutares et des cabinets dont vous êtes proches. Par ailleurs, les rémunérations des dirigeants que vous avez placés à la tête des sociétés reprises ont fortement augmenté. Dans le cas de Lapeyre, au total depuis cinq ans, 87 millions d’euros auraient ainsi servi aux frais de conseil et aux rémunérations, soit 30 % de sa trésorerie », leur a-t-elle signifié. « Ceux que les sociétés recrutent peuvent avoir des rémunérations inférieures ou supérieures à celles des dirigeants précédents. Dans un esprit de pérennisation des activités, nous préférerions qu’elles soient inférieures, mais pour attirer des profils de premier plan, dans ces situations extrêmement dégradées et qui peuvent nuire à leur réputation, il est parfois nécessaire de négocier des rémunérations pouvant être supérieures. D’autant qu’une part de cette rémunération est variable et liée à la performance de l’entreprise », lui a répondu le dirigeant, indiquant qu’il n’existait aucune règle particulière. « Il n’y a pas que le coût du dirigeant qui est important. Il y a aussi sa valeur ajoutée. Il n’y a pas non plus de double facturation pour les mêmes personnes entre les experts de Mutares et ceux qui peuvent assumer des fonctions de direction au sein de Lapeyre ».
Le plan A sur Lapeyre reste la priorité
Pour l’heure, Mutares reconnaît ne pas être « rentré dans ses fonds » malgré « les 20 millions d’euros investis ces deux dernières années dans Lapeyre » et la cession d’une usine sur les quatre fermetures prévues au départ. « Nous étudions activement la possibilité de trouver un repreneur comme d’autres options stratégiques pour l’avenir de l’entreprise. Le plan A c’est toujours de retourner Lapeyre », a certifié Henri-Pierre Garnier.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

