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Engie / Catherine MacGregor

Engie change d’échelle dans les réseaux / Le rachat d’UK Power Networks redessine le profil du groupe

L’acquisition d’UK Power Networks marque un tournant pour Engie. Derrière des résultats 2025 solides, le groupe accélère son basculement vers les réseaux régulés afin de gagner en visibilité et en résilience, avec une opération de grande ampleur appelée à contribuer rapidement à ses performances.
Catherine MacGregor, la directrice générale d'Engie, lors de la présentation des résultats 2025 du groupe, le 26 février 2026.
Catherine MacGregor, la directrice générale d'Engie, lors de la présentation des résultats 2025 du groupe, le 26 février 2026.

L’annonce par Engie d’une acquisition d’ampleur au Royaume-Uni a presque éclipsé jeudi la publication simultanée de ses résultats annuels. Le marché retenait d’ailleurs surtout ce mouvement stratégique. L’action du groupe gagnait plus de 7 % dans la journée, à 29,4 euros. Une variation que ne pourraient justifier à eux seuls des résultats annuels au demeurant solides, marqués par un EBIT hors nucléaire de 8,8 milliards d’euros en hausse organique de 2,2 %, un résultat net récurrent part du groupe de 4,9 milliards et un cash-flow opérationnel porté à 13,6 milliards.

Le groupe sur lequel Engie a décidé de passer à l’action est UK Power Networks (UKPN), le distributeur d’électricité de référence au Royaume-Uni. Il exploite trois licences de distribution couvrant Londres, le Sud-Est et l’Est de l’Angleterre, desservant 8,5 millions de clients via un réseau de quelque 192 000 kilomètres. De quoi offrir au 2e producteur d’électricité en France un actif régulé de premier plan dans l’un des marchés électriques les plus structurés d’Europe.

 

Un basculement vers les réseaux

 

« Cette acquisition représente, un ajustement stratégique parfait pour nous », a insisté Catherine MacGregor lors de la présentation. « L’acquisition de UKPN constitue une étape décisive dans le positionnement d’ENGIE en tant que meilleure utility de la transition énergétique », a poursuivi la directrice générale du groupe. « Elle s’inscrit pleinement dans notre ambition de devenir un acteur clé des infrastructures de réseau électrique régulées, essentielles pour la sécurité énergétique, l’électrification de la demande et une plus grande flexibilité du système. Cette opération améliorera à la fois la trajectoire de croissance du Groupe et réduira notre profil de risque. »

La logique industrielle est incontestable. Engie bâtissait depuis plusieurs années une stratégie de rééquilibrage vers les actifs régulés, afin de réduire son exposition aux prix de marché. Avec UKPN, ce rééquilibrage s’effectue en une seule opération d’une ampleur suffisante pour modifier substantiellement la structure du groupe : le Royaume-Uni deviendrait son deuxième pays en termes de contribution à l’EBIT, représentant environ 17 % de l’EBIT 2028 contre seulement 4 % en 2025. En 2028, 67 % de l’EBIT du groupe sera soit régulé soit contracté à long terme, contre 42 % en 2024.

 

Un actif régulé qui change la donne

 

Autrement dit, « une opération transformante » pour Engie, soulignait jeudi Oddo BHF. Le cabinet souligne d’analystes ajoutant qu'« en plus d’apporter un axe de croissance pérenne, cette activité régulée renforce la position d’Engie, abaisse la volatilité des résultats futurs et contribue à une meilleure visibilité sur les cash-flows et la croissance du dividende à long terme. » UKPN jouera un rôle structurant dans l’électrification britannique : la demande d’électricité au Royaume-Uni devrait doubler d’ici 2050, le gouvernement vise 95 % de production propre dès 2030, et les investissements dans les réseaux de distribution pourraient atteindre 45 à 60 milliards de livres selon la National Infrastructure Commission.

L’opération ne présente pas seulement un intérêt stratégique. Elle apparaît aussi « raisonnablement valorisée », observe de son côté le cabinet de recherche indépendant AlphaValue.

 

Une création de valeur rapidement visible

 

Sur le plan financier, la transaction sera relutive dès la première année complète suivant la finalisation, prévue mi-2026. La contribution au résultat net récurrent part du groupe est estimée à 0,2-0,4 milliard en 2026 (effet partiel, à compter du 1er juillet), 0,3-0,5 milliard en 2027, et 0,4-0,6 milliard à plein régime en 2028 — le plein effet se faisant donc surtout sentir à partir de 2027. Pour financer l’opération, Engie mobilisera une combinaison de dette senior et d’obligations hybrides pour environ 5 milliards d’euros, un programme de cessions d’actifs d’environ 4 milliards d’euros d’ici 2028, et une levée de capitaux propres par placement accéléré allant jusqu’à 3 milliards d’euros. La dette financière nette augmentera de 13 à 15 milliards à fin 2026, mais le ratio dette nette économique sur EBITDA restera sous le plafond de 4 fois.

Cette inflexion stratégique intervient alors que le modèle intégré du groupe a démontré sa résilience en 2025. La croissance des infrastructures a été particulièrement robuste, avec un EBIT en hausse organique de 24 %, tiré par les réseaux, tandis que les renouvelables et batteries ont progressé de 6,2 % en organique malgré des conditions hydrologiques moins favorables. « Je suis vraiment satisfaite de la résilience de nos résultats, qui montrent que notre modèle intégré est capable de délivrer quelle que soit la conjoncture sous-jacente », a fait valoir Catherine MacGregor.

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