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Bolloré met son cash abondant en mouvement / Une distribution à double lecture
L’action Bolloré s’envolait de plus de 10 % mercredi après-midi, à 4,83 euros, à la publication des comptes annuels du groupe, une réaction d’une ampleur inhabituelle à laquelle les résultats eux-mêmes ne sont pourtant pas pour grand-chose.
Le chiffre d’affaires ressort à 2,9 milliards d’euros, en retrait de 9 % à périmètre et change constants, porté essentiellement par Bolloré Energy (2,5 milliards, -9 %), pénalisée par la baisse des cours des produits pétroliers. L’Ebita atteint 286 millions d’euros, contre 1 million un an plus tôt, mais la comparaison est biaisée : 2024 n’intégrait les contributions de Canal+, Havas, Louis Hachette Group et Vivendi en mise en équivalence opérationnelle que sur seize jours, contre une année pleine en 2025. La division Communication affiche ainsi 476 millions d’euros de contribution, portée notamment par UMG (+8 %). Du côté du bilan, la trésorerie nette progresse à 5,6 milliards d’euros, contre 5,3 milliards fin 2024. Le résultat net s’établit à 351 millions d’euros, sans surprise.
Une manne redistribuée, faute d’opportunités
Le cœur du sujet se situe ailleurs, dans la décision de distribuer un dividende exceptionnel de 1,5 euro par action, soit environ 4,2 milliards d’euros, en plus d’un dividende ordinaire maintenu à 0,08 euro. Soit au total un rendement brut spectaculaire d'environ 36 %. Le conseil d'administration justifie cette décision par une logique de bon sens : en 2022 et 2024, le groupe a cédé Bolloré Africa Logistics puis Bolloré Logistics pour un montant global d'environ 10 milliards d'euros. Faute de réemploi à ce stade, le groupe en restitue une partie aux actionnaires. Lors de la réunion d’analystes, Cyrille Bolloré a ainsi indiqué que cette décision reflétait notamment l’absence d’opportunités d’investissement jugées suffisamment attractives, sans exclure de futurs rachats d’actions, dont les volumes resteraient limités.
Il n’y a cependant pas que par son montant que cette distribution de liquidités se distingue. L’architecture capitalistique en cascade du groupe lui confère une portée stratégique.
Au sommet de l’édifice, la famille Bolloré contrôle Bolloré Participations SE, qui détient, via une chaîne de holdings, Sofibol, elle-même actionnaire à 56,3 % de Compagnie de l’Odet. Cette dernière contrôle 71,1 % de Bolloré SE, entité cotée à l’origine de la distribution. Mais le schéma est circulaire : Bolloré SE détient aussi, via les structures Rivaud (Compagnie du Cambodge, Financière Moncey, Société Industrielle et Financière de l’Artois), environ 35,8 % de Compagnie de l’Odet. Le cash circule donc en circuit partiellement fermé.
Le jeu des participations croisées
« Le point important est que compte-tenu de la structure de participations croisées, Bolloré va recevoir in-fine une partie de cette somme. Un taux de distribution de 100 % pour toutes les structures au-dessus de Bolloré induirait un retour de cash de 2,3 milliards d'euros pour le groupe », explique le cabinet d'analystes Oddo BHF. Concrètement, Compagnie de l’Odet percevra environ 3 milliards d’euros et prévoit d’en reverser au moins les deux tiers à ses actionnaires, soit plus de 2 milliards. Sofibol, qui la contrôle, capterait ainsi plus d’un milliard d’euros. Si les étages supérieurs redistribuent à leur tour, Bolloré récupérerait, via ses différentes participations, plus de la moitié de la somme initialement versée.
La logique de cette mécanique est double, selon Oddo BHF : faire remonter du cash vers Bolloré Participations, c’est-à-dire vers la famille fondatrice, qui ne perçoit historiquement aucun flux direct ; et répartir l’enveloppe entre les différentes structures, tout en préservant largement la capacité financière de Bolloré SE. Le groupe pourrait ainsi afficher une trésorerie nette proche de 3,8 milliards d’euros fin 2026, après distribution et retours de cash. Compagnie de l’Odet, dont le taux de redistribution reste ouvert, pourrait de son côté conserver jusqu’à un milliard d’euros.
Une puissance de feu à redéployer
Ce que Bolloré ferait de cette puissance de feu est la vraie question. Le management a esquissé plusieurs pistes lors de la réunion d'analystes : un renforcement dans les entités issues de la scission de Vivendi, notamment Canal+, Louis Hachette Group et Havas. Cette dernière fait déjà l’objet d’un investissement actif via Compagnie de l’Étoile des Mers, qui en détient désormais 22,6 %. Sur UMG, un allégement reste envisageable, mais à des niveaux de valorisation jugés plus favorables. Enfin, Blue Solutions, dont les pertes ont été réduites à -90 millions d’euros, poursuit ses travaux sur les batteries de nouvelle génération, avec une phase de test attendue fin 2026 ou début 2027, horizon auquel des partenariats financiers pourraient être recherchés.
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