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Danone relance la machine américaine / Un trimestre modeste mais rassurant
Depuis la publication des résultats annuels en février, Danone portait une question en suspens : la dynamique américaine allait-elle se redresser, ou le groupe allait-il aborder 2026 avec ce point faible structurellement non résolu ? Le premier trimestre apporte, sinon une réponse définitive, du moins les premiers signes tangibles d'un retournement.
L’Amérique du Nord a progressé de 1,5 % en données comparables au premier trimestre, avec un volume/mix en hausse de 1,7 %. La performance reste mesurée, mais ce qui importe est le signal envoyé : la dynamique se redresse, venant « confirmer les premiers progrès observés en février”, note le bureau de recherche indépendant AlphaValue.
Yaourts et « creamers » relancent la machine
Juergen Esser, directeur financier du groupe, a détaillé les ressorts de cette amélioration lors de la conférence avec les analystes. « Aux États-Unis, notre priorité est de regagner en dynamique et en compétitivité en dehors du segment protéiné, et le premier trimestre a montré quelques améliorations par rapport au point bas du quatrième trimestre. » Le mouvement s'explique par deux leviers distincts : d'un côté, des capacités de production supplémentaires sur le yaourt qui commencent à se déployer ; de l'autre, un effet de base favorable sur les creamers, ces additifs pour café très populaires aux États-Unis, à partir de mars, après les tensions d’approvisionnement subies un an plus tôt.
« Les creamers se comparent actuellement aux difficultés d’approvisionnement du premier trimestre 2025 », a précisé Juergen Esser, ajoutant que ce redressement se retrouvait à la fois dans les indicateurs internes du groupe et dans les données de parts de marché. STōK, la marque de cold brew (café infusé à froid, très populaire aux États-Unis), a de son côté poursuivi une progression à deux chiffres.
Des chiffres modestes mais attendus
Le reste de la copie est plus terne. Le chiffre d’affaires trimestriel s’établit à 6,7 milliards d’euros, en hausse organique de 2,7 %, soit le bas de la fourchette implicite du plan annuel de croissance de 3 % à 5 %. En publié, les ventes reculent de 2 %, pénalisées par des changes défavorables, notamment le dollar.
Rien toutefois de réellement surprenant. « La faiblesse du premier trimestre était attendue », note le cabinet Oddo BHF, rappelant que plusieurs vents contraires étaient déjà identifiés, entre rappels de laits infantiles, perturbations de réassort au Moyen-Orient et base de comparaison peu favorable.
Le groupe a en effet essuyé au cours du trimestre un double choc sur sa division Nutrition Spécialisée en zone EMEA : le rappel de laits infantiles à l’échelle de l’industrie en Europe, auquel se sont ajoutées les perturbations logistiques liées au conflit au Moyen-Orient. La combinaison de ces deux facteurs a créé « une situation exceptionnelle », a souligné Juergen Esser. La zone EMEA n’a progressé que de 0,6 % en données comparables, avec un volume/mix en repli de 1,4 %, tandis que la Nutrition Spécialisée y a reculé de 4,3 %.
Lait infantile, normalisation graduelle
Sur le rappel, Esser a précisé l'état des lieux : la chaîne d'approvisionnement européenne est « pour l'essentiel revenue à la normale », mais la situation au Moyen-Orient reste tendue en raison des délais d'acheminement plus longs. Les réassorts progressent, mais le rétablissement complet sera graduel. « Nous espérons une normalisation progressive de la performance de notre activité lait infantile au fil de l'année », a-t-il indiqué. L'enjeu n'est plus seulement logistique : « Notre priorité est de reconstruire la crédibilité de la catégorie », a souligné le directeur financier, évoquant des réinvestissements ciblés auprès des parents et des leaders d'opinion.
Hyperprotéiné, kéfir et nutrition médicale
Au-delà des aléas du trimestre, Danone s’emploie surtout à marteler un discours plus structurel : celui d’un portefeuille exposé à des tendances porteuses. Les yaourts hyperprotéinés restent, selon la direction, « le premier moteur de croissance du groupe ». Le kéfir, positionné sur la santé digestive, est décrit comme un lancement « extrêmement bien accueilli » en Europe avant un déploiement mondial. La nutrition médicale continue d’afficher une forte dynamique, soutenue par le vieillissement démographique et la hausse des diagnostics, tandis que les eaux bénéficient de la vigueur d’evian et de Mizone.
L’acquisition annoncée de Huel s’inscrit dans cette logique. Danone met la main sur un acteur des repas complets à forte composante nutritionnelle, très présent en ligne et aux Etats-Unis. De quoi renforcer son exposition aux segments premium, fonctionnels et à croissance rapide, tout en récupérant des savoir-faire numériques jugés stratégiques.
Dans une consommation européenne encore prudente, Jürgen Esser insiste sur la capacité des produits différenciés à résister. « L’alimentation saine est tendance, et les consommateurs sont prêts à payer pour la valeur. »
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