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Danone gagne la bataille des prix / Reste à relancer ses volumes
Danone a fait mieux que prévu au troisième trimestre, mais c’est d’abord à ses étiquettes qu’il le doit. Le chiffre d’affaires du groupe a progressé de 4 % en données comparables, à 7,23 milliards d’euros, contre 3,7 % attendus par le consensus. Les hausses de prix ont apporté 3,6 points à cette croissance, contre 2,3 points au deuxième trimestre, tandis que la contribution des volumes et du mix est passée de 1,9 à seulement 0,4 point, contre 0,9 point attendu par le consensus. De quoi faire dire aux analystes de la banque Oddo BHF que la qualité de cette croissance est « décevante ». Danone n'en a pas moins confirmé ses objectifs pour 2026, dont une croissance organique comprise entre 3 % et 5 %. Les investisseurs semblaient d'ailleurs privilégier les bonnes nouvelles : mercredi après-midi, l’action gagnait 2,4 %, à 63,12 euros.
Danone retrouve du poids face aux distributeurs
Cette montée en puissance des prix relève d'un choix délibéré. Avec un baril de pétrole resté au-dessus de 100 dollars cet été, Danone a préféré augmenter ses tarifs sans attendre, aux États-Unis comme en Europe, pour éviter des hausses plus importantes ultérieurement. « À ce jour, nous n’avons pas constaté d’élasticités-prix significatives », affirme Juergen Esser, le directeur financier, autrement dit, de recul sensible de la demande provoqué par ces augmentations. En Europe, le redressement des produits laitiers a justement permis au groupe de mieux faire accepter ces hausses. « Passer une hausse de prix en Europe est toujours un parcours. Cela n’a jamais été facile, cela ne l’a pas été non plus au troisième trimestre. Nous avons réussi », poursuit-il. La demande plus soutenue pour ses produits lui donne davantage de poids face aux distributeurs. « Quand vous avez de fortes rotations, vous êtes en mesure d’augmenter les prix », explique Juergen Esser.
En Chine, Mizone boit la tasse
Le tassement des volumes s’explique en grande partie par deux difficultés bien identifiées. En Chine, Mizone, une boisson aromatisée enrichie en vitamines, consommée principalement hors domicile, a souffert de conditions météorologiques très défavorables cet été, auxquelles s’est ajoutée une concurrence particulièrement agressive sur les promotions. Danone a choisi de ne pas s’aligner et de réduire ses stocks. La marque a ainsi amputé d’environ un point la croissance organique du groupe. Hors Mizone, le volume/mix serait resté globalement comparable à celui du premier semestre, assure Juergen Esser, qui estime que cette contre-performance devrait peser beaucoup moins au quatrième trimestre, une saison moins importante pour la marque. Les difficultés de Mizone reviennent toutefois « depuis des années et des années », a rappelé Jon Cox, analyste chez Kepler Cheuvreux, lors de la conférence de présentation des résultats organisée mercredi matin.
Le second accroc, américain, est plus embarrassant. En Amérique du Nord, la croissance s’est limitée à 2,4 %, avec un volume/mix en recul de 0,6 %, sur un marché du yaourt qui progresse plus vite. Un redressement qui avance toujours très lentement, notent les analystes d'UBS, malgré les investissements engagés pour répondre à la demande. Le groupe a ainsi lancé huit projets d’extension de capacités dans quatre usines depuis décembre 2025. Mais la mise en service des nouvelles lignes a perturbé les livraisons, au point de faire tomber le taux de service des yaourts à 85 % au troisième trimestre. « Nous n’avons pas fait du particulièrement bon travail en fin de trimestre pour mettre ces capacités en service, très clairement », reconnaît Juergen Esser. Ces ruptures d’approvisionnement ont aussi empêché Danone de relancer ses promotions : « quand vous ne pouvez pas servir la demande des consommateurs, vous ne pouvez pas faire d’activités promotionnelles ». Le taux de service se redresse depuis début octobre, sans que le groupe ait perdu de référencements chez les distributeurs, selon le directeur financier..
Un nouveau départ américain
Pour accélérer le redressement, Danone a donc remplacé avec effet immédiat le responsable de ses activités américaines par François Lacombe, artisan du redressement en Espagne. Interrogé sur la nécessité d'une remise à plat plus profonde de cette activité, Juergen Esser assure qu'elle « va dans la bonne direction » et mise sur une nouvelle vague d'innovations en 2027 : lancement du kéfir, développement de produits enrichis en fibres et entrée sur le marché du yaourt grec du quotidien, « un segment de plusieurs milliards de dollars » sur lequel le groupe était jusqu’ici quasi absent. « Un pipeline d’innovations comme nous n’en avons pas vu depuis des années », insiste-t-il.
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