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Atos redéfinit son récit technologique / IA, cybersécurité et souveraineté, le nouveau triptyque
Atos reste engagé dans un redressement complexe, mais les actionnaires réunis vendredi en assemblée générale pouvaient percevoir une évolution du discours porté par Philippe Salle. Il y a un an, le dirigeant prenait les commandes d’un groupe tout juste sorti d’une restructuration financière extrêmement lourde, encore profondément fragilisé par plusieurs années de crise opérationnelle et boursière. Cette fois, le directeur général a davantage insisté sur les premiers signes de réancrage du groupe : stabilisation financière, retour progressif de la dynamique commerciale et repositionnement technologique autour de l’IA et des infrastructures critiques.
L’étau financier commence à se desserrer
L’assemblée générale a aussi apporté des précisions utiles sur le refinancement annoncé le 12 mai, avec la levée de 1,25 milliard d’euros d’obligations seniors garanties à taux fixe et variable destinées à refinancer la dette de premier rang du groupe. Jacques-François de Prest, directeur financier, en a détaillé l’équation devant les actionnaires : la dette 1L existante affichait un coût total proche de 13 % par an, soit environ 150 millions d’euros d’intérêts annuels. Les nouveaux instruments présentent un coût moyen pondéré de 7,97 %, correspondant à environ 100 millions d’euros par an. « Cette transaction permet donc une réduction significative, près de 60 millions d'euros annuels des coûts d'intérêts », a-t-il indiqué. Le directeur financier a également souligné que l’opération « supprime intégralement la composante PIK de la dette 1L », autrement dit les intérêts capitalisés qui gonflaient mécaniquement l’endettement du groupe au fil du temps.
Jacques-François de Prest a présenté cette opération comme « une première étape vers une normalisation complète de la structure de capital du groupe, ainsi que la sortie du régime de dette de plan ». La maturité moyenne pondérée de la dette ressort désormais à environ cinq ans. Surtout, la forte sursouscription de l’émission par les investisseurs institutionnels laisse entrevoir un début de réouverture des marchés pour Atos, un groupe encore récemment considéré comme largement inaccessible au financement obligataire classique.
L’objectif affiché reste ambitieux : ramener le ratio dette nette sur Ebitda sous 1,5 fois d’ici fin 2028. « Ce qui nous donne à peu près un profil d’investment grade, c’est-à-dire triple B », a indiqué Philippe Salle. Le chemin reste toutefois considérable : le levier financier atteignait encore 3,17 fois à fin 2025.
La confiance revient, lentement
Sur la dynamique commerciale, Philippe Salle s’est montré plus explicite qu’en avril sur ce qu’il considère comme un début de redressement, tout en refusant tout excès d’optimisme. « La confiance des clients commence progressivement à revenir. 2025 a été une année très difficile. 2026 sera meilleure, mais nous pensons que 2027 sera encore au-dessus », a-t-il estimé.
Les indicateurs avancés commencent à évoluer plus favorablement. Le groupe affirme avoir déjà sécurisé 75 % de ses revenus 2026 via son backlog, tandis que le pipeline commercial approche du milliard d’euros. Le taux de renouvellement des contrats serait remonté entre 92 % et 95 %, soit les niveaux observés avant la crise, et le ratio book-to-bill atteint son plus haut niveau depuis cinq ans. « Casser la confiance des clients, ça ne prend pas beaucoup de temps, et la reprendre, ça prend un petit peu de temps », a reconnu le PDG.
Genesis, acte II
Le plan Genesis, lancé à son arrivée pour accélérer la remise en ordre du groupe, entre lui aussi dans une nouvelle phase. « 100% des objectifs d'économie ont été atteints au premier trimestre 2026. Le plan Genesis 1 est terminé », a annoncé le PDG. Un second volet est désormais engagé, davantage orienté vers la croissance, le recentrage commercial et la rationalisation du portefeuille d’activités.
La simplification engagée est profonde. Atos est passé d’environ 250 offres commerciales à une quarantaine. Les six lignes de métiers historiques ont été stabilisées, tandis qu’Eviden a été recentré autour de trois grands pôles. Le taux de facturation, indicateur clé de productivité dans les services numériques, atteignait 85 % en avril, soit l’objectif fixé par la direction. Le groupe prévoit également la fermeture d’une dizaine de pays supplémentaires, moins pour des raisons strictement financières que pour alléger la complexité managériale. « Un manager ne peut pas travailler sur X sujets à la fois », a résumé Philippe Salle.
Le temps des grandes cessions paraît en revanche terminé. Après les ventes de Bull, des activités en Amérique latine ou encore des pays nordiques, le périmètre restant apparaît désormais stabilisé autour de 7,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires à taux de change constants et d’environ 58 000 salariés.
Les nouveaux relais de croissance
L’assemblée a également permis à la direction de préciser les trois grands axes technologiques sur lesquels Atos entend désormais reconstruire sa trajectoire. D’abord l’IA agentique, avec le déploiement des Agentic Studios, structures destinées à aider les clients à intégrer des agents d’IA dans leurs propres processus opérationnels. Le dispositif est déjà actif aux États-Unis et au Royaume-Uni, tandis que la France et l’Allemagne entrent en phase de montée en puissance.
Vient ensuite la cybersécurité, que Philippe Salle présente comme l’un des grands marchés structurellement porteurs des prochaines années. Atos revendique dans ce domaine une position de premier acteur européen en volume. Enfin, le groupe mise fortement sur la souveraineté numérique, sujet devenu central bien au-delà du seul cadre européen. « La souveraineté, d'ailleurs, ce n'est pas qu'en Europe. Le Canada veut être aussi souverain, le Moyen-Orient, l'Asie », a insisté le dirigeant.
La nouvelle architecture de marques doit accompagner ce repositionnement : Atos pour les services, Eviden pour les produits technologiques, Atos Amplify pour les activités de conseil. Les actionnaires ont également approuvé le changement de dénomination sociale, d’Atos SE vers Atos Group, afin d’aligner le nom juridique avec la marque ombrelle présentée lors du Capital Markets Day de mai 2025.
Les marchés attendent encore des preuves
Le contexte macroéconomique et géopolitique pèse néanmoins sur certains segments du groupe. Chez Eviden, l’activité Vision AI, spécialisée notamment dans les systèmes d’analyse d’images pour les aéroports et les gares, reste fortement exposée au Moyen-Orient. « Quasiment la moitié, ou au moins en deçà de la moitié » des revenus de cette activité provenaient encore de la région, avait-il précisé au printemps, alors même que le book-to-bill y est devenu quasiment nul au premier trimestre.
Au-delà de ce foyer de tension, plusieurs secteurs clients restent attentistes, notamment l’automobile, le luxe ou certaines activités industrielles. Atos évoque davantage des reports de décisions que de véritables annulations de projets. Les objectifs pour 2026 restent donc prudents : chiffre d’affaires attendu entre –1 % et –5 %, marge opérationnelle portée à 7 % et variation nette de trésorerie proche de l’équilibre. Philippe Salle affirme toutefois vouloir faire émerger « les premiers signes de croissance organique à partir du troisième trimestre »
Quant au regard porté par les marchés sur Atos, il reste profondément marqué par la question de l’intelligence artificielle. Depuis plusieurs mois, le titre subit ce que Philippe Salle décrit comme une forme de reclassement brutal opéré par les investisseurs. « Aujourd’hui, il y a les AI winners et les AI losers, et Atos est rangé dans la seconde catégorie », a résumé le dirigeant.
Philippe Salle conteste ouvertement cette lecture, mais refuse toute bataille purement déclarative avec le marché. « Ce n’est pas en répétant que cette perception est fausse que nous la changerons. La seule manière d’y parvenir, c’est de délivrer nos résultats », a-t-il insisté.
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