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La transition écologique ne fera pas que des gagnants / Ce que les travailleurs "bruns" ont à craindre
Mieux lotis pour combien de temps ? Il s’avère qu’à date de 2023 et à caractéristiques égales, les salariés des emplois bruns – touchant directement ou indirectement aux activités intensives en émissions de gaz à effet de serre - sont en moyenne payés 4 % à 6 % au-dessus de la moyenne hexagonale. Une prime qui se résorbe avec le temps sans disparaître pour autant, le nombre d’emplois de ce type devrait suivre la même logique au fil des années. Le rapport Pisani-Ferry et Mahfouz évoquait en 2023 une perte de l’ordre d’un point de pourcentage du PIB en 2040.
Chez l’Institut Avant-garde, on considère qu’à relation entre croissance et chômage inchangée, cela engendrait 0,35 point de chômage supplémentaire à cette date. Des destructions d’emplois qu’on peut aisément imaginer être pour le moins concentrées, les données partagées par le think tank évoquant quelque 6 % des emplois en France qui pèsent 70 % des émissions de gaz à effet de serre. Une réallocation vers de nouveaux métiers qui ne sera pas forcément facile à réaliser et ce d’autant plus que ces travailleurs bruns sont en moyenne plus âgés de deux ans, proportionnellement plus masculins que le reste du marché du travail (72 % contre 50 %), et sont plus nombreux à ne pas avoir de diplôme du supérieur (40 % contre 32 %).
Anticiper
C’est dans cet esprit que l’institut vient de faire la proposition d’un dispositif d’assurance salariale, lequel est pensé non pas pour indemniser la perte d’un emploi, mais « la baisse de rémunération subie par les travailleurs bruns qui parviennent à se reconvertir ». Les calculs effectués par les équipes de l’Institut Avant-garde, sont que pour la France un dispositif, « paritaire et circonscrit à une dizaine de branches, couvrirait environ 4,8 millions de salariés pour un coût annuel compris entre 180 et 480 millions d’euros, soit l’équivalent d’une cotisation de 0,2 % de leur masse salariale. Peu de choses au regard du capital politique qu’une transition mal accompagnée peut détruire ».
L’enjeu de la prise en compte de ces travailleurs est simple, le think tank considère qu’une « politique qui refuse de regarder ses perdants ne les fait pas disparaître : elle se contente de les déplacer, des statistiques qu’elle a négligées vers les urnes qu’elle finira par redouter ». Sans compter que dans l’Hexagone, la proportion d’emplois dans les huit secteurs les plus polluants « décroît linéairement avec la taille de l’aire urbaine : elle est près de trois fois supérieure hors aire urbaine par rapport à la région parisienne ». Les changements de la structure de l’emploi dans chaque zone géographique sont une difficulté supplémentaire pour sortir du chômage ou se reconvertir.
Boulet
La diminution de son revenu est une autre donnée à prendre en compte, au sein des pays de l’OCDE les travailleurs des secteurs à faibles émissions ont à déplorer une baisse de revenu cumulée de 29 % au cours des six années suivant le déplacement et ceux des secteurs à fortes émissions de 36 %. Les différents dispositifs mis en place pour permettre une acquisition de compétences et une reconversion dans les meilleures dispositions, sont jugés comme ne rencontrant « qu’un succès limité ».
La pertinence d’une assurance salariale est réelle expliquent les auteurs, d’autant plus qu’elle pourrait diminuer les frictions sur le marché du travail. Notamment en modifiant la perception du gain associé retour à l’emploi, le mécanisme abaisserait « mécaniquement le salaire de réserve et incite à accepter un éventail plus large d’offres ». Les exemples passés aux États-Unis ; en Allemagne ou encore au Japon iraient dans ce sens. Notamment pour l’État américain, où le coût du Reemployment Trade Adjustment Assistance de 2009 à 2022 est considéré comme pouvant aller jusqu’à être négatif une fois prises en compte les externalités budgétaires.
Des expériences qui ont nourri la proposition formulée. Celle-ci évoque pour l’heure qu’en cas de licenciement économique dans une série de secteurs, le fonds offre une compensation aux salariés retrouvant un emploi. Cette compensation serait alors « égale à 50 % à 100 % de la différence entre le salaire antérieur et le salaire de réembauche, lorsque ce dernier est plus faible. La couverture pourrait être versée pendant deux ans au maximum ».
Le ciblage concernerait tant les industries chimiques, que la métallurgie, le pétrole, le caoutchouc, les cimenteries, le verre, le BTP, le transport routier, les carrières et autres matériaux ou secteur agro-alimentaire. Pour englober un total de l’ordre de 4,8 millions de travailleurs et 18 % des salariés que compte l’Hexagone.
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