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Rubis transforme l'essai en assemblée générale / La ligne de la gérance validée dans les urnes
« Il ne faut pas bouder son plaisir, l'exercice 2025 a été à nouveau un exercice record. » En ouvrant l'assemblée générale de Rubis, réunie jeudi 10 juin à Paris, le gérant Jacques Riou donnait le ton d'une séance aux allures de célébration, celle des 30 ans de cotation du distributeur d'énergie et d'une trentième année consécutive de hausse du dividende, proposé à 2,07 euros par action. « En France, seules deux entreprises distribuent un dividende en croissance depuis 30 ans, Sanofi et Rubis », a insisté sa cogérante Clarisse Gobin-Swiecznik.
De fait, les résultats laissaient peu de prise à la contestation. Les volumes distribués ont dépassé 6,3 millions de mètres cubes en 2025, en hausse de 6 %, tandis que l'EBITDA a progressé de 7 % à taux de change constant, à 741 millions d'euros, dans le haut de la fourchette des objectifs communiqués au marché. Le résultat net ressort à 309 millions d'euros, en progression de 19 % hors plus-value de cession de Rubis Terminal enregistrée en 2024. Devant les actionnaires, Marc Jacot, gérant et directeur financier, a confirmé les perspectives pour 2026, avec un Ebitda attendu entre 740 et 790 millions d'euros à taux de change et hyperinflation constants. Si le conflit au Moyen-Orient demeure, à ce stade, sans « impact matériel » sur les activités du groupe, le dirigeant a toutefois appelé à l'humilité face à « une situation qui est extrêmement inédite ».
Le cas Yann Dever
Derrière les résultats records et les célébrations, les débats de gouvernance demeuraient néanmoins dans tous les esprits. Le 13 mai, la Compagnie Nationale de Navigation (CNN), holding de Patrick Molis, entré au conseil de surveillance un an plus tôt, avait déposé un projet de résolution visant à nommer au conseil le banquier d'affaires Yann Dever, passé par Lazard, tout en annonçant son intention de voter contre le renouvellement d'Alberto Pedrosa, président du comité d'audit et RSE. Réuni le 19 mai, le conseil avait émis un avis défavorable, regrettant le contournement de son processus collégial de sélection, tandis que la gérance avait appelé les actionnaires à rejeter la résolution.
Invité à s'exprimer devant les actionnaires, Patrick Molis a justifié sa démarche. Le président de la CNN a présenté la candidature de Yann Dever comme une conséquence logique du départ de Ronald Saman du conseil de surveillance quelques semaines plus tôt. « J'ai trouvé effectivement normal d'avoir une voix supplémentaire », a-t-il expliqué, avant de souligner ce qu'il considère comme une singularité de la gouvernance du groupe : « Il n'y a aujourd'hui qu'un seul actionnaire significatif, commanditaire, je le souligne, qui soit représenté au Conseil, c'est moi. » « C'est quand même une particularité », a-t-il ajouté.
Les questions de succession en arrière-plan
Interrogé par un actionnaire sur l'intérêt de cette candidature, Patrick Molis a mis en avant le profil financier de Yann Dever. « Je pense qu'équiper le Conseil de compétences techniques significatives sur le plan financier pour pouvoir accompagner les réflexions et l'avis que le Conseil de surveillance aura s'il y a une opération un jour à prononcer sur un projet qui nous sera présenté par la gérance serait quelque chose de très utile et constructif », a-t-il expliqué. Des propos tenus dans un contexte où la question de la commandite demeure en toile de fond, cette structure étant perçue par une partie du marché comme un verrou anti-OPA, alors que Vincent Bolloré détient environ 6 % du capital et que le retrait des fondateurs de la gérance est attendu en 2027.
Face à cette proposition, le conseil de surveillance a maintenu la ligne qu’il avait exposée dans les documents préparatoires à l’assemblée. Son président, Marc-Olivier Laurent, a défendu le renouvellement des trois administrateurs sortants en soulignant la complémentarité de leurs expertises. Concernant Alberto Pedrosa, directement visé par la résolution de la CNN, il a rappelé que celui-ci apportait « une expérience internationale reconnue ainsi qu’une connaissance approfondie du secteur » et qu’il contribuait activement aux travaux du comité d’audit et RSE. Le président du conseil a également estimé que la candidature de Yann Dever « ne s’inscrit pas dans le processus structuré de sélection et d’évaluation des compétences » mis en place par l’instance. Le verdict des actionnaires s’est révélé sans appel : la résolution portée par Patrick Molis a été rejetée à 77,48 %, validant très largement la position défendue par le conseil de surveillance et la gérance.
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