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EDF vend-il son Amérique au mauvais moment ? / La cession à KKR consacre la priorité au nucléaire français
En signant cette semaine la cession à KKR de ses activités EDF power solutions aux Etats-Unis et au Canada, le groupe énergétique français a soldé le dernier volet encore ouvert de son aventure industrielle nord-américaine. L’histoire remonte à près d’un quart de siècle, en 2002, quand la future EDF Énergies Nouvelles, alors encore connue sous le nom de SIIF et contrôlée à 50 % par EDF, rachetait enXco, l’un des leaders de l’éolien américain. Un second chapitre, nucléaire celui-là, s’était ouvert fin 2008 avec l’entrée au capital des activités nucléaires de Constellation Energy, avant de se refermer en août 2021 par leur cession à Exelon.
Le bilan des deux chapitres est profondément asymétrique. Le nucléaire américain s’est révélé un désastre patrimonial. Pour prendre pied sur ce marché, EDF avait déboursé 4,5 milliards de dollars en 2008, coiffant au poteau Warren Buffett. Mais l’effondrement des prix de l’électricité et l’essor du gaz de schiste ont rapidement fragilisé la rentabilité des centrales nucléaires américaines. Après plusieurs années de dépréciations d’actifs et l’abandon du projet de construction d’EPR porté par la coentreprise UniStar, le groupe n’a récupéré que 885 millions de dollars lors de la cession de sa participation à Exelon en 2021. L’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage évoquait déjà en 2016 quelque 6 milliards de dollars investis « en pure perte ».
Le bon pari américain d’EDF
Le chapitre renouvelables s’achève sur une tout autre note. Parti d’un développeur éolien de taille modeste, EDF a construit outre-Atlantique un portefeuille de 5,6 GW nets d’actifs renouvelables, de stockage, de recharge de véhicules électriques et de micro-réseaux, que la transaction valorise environ 4,2 milliards de dollars en valeur de titres, assortis de compléments de prix pouvant atteindre 0,39 milliard. L’opération, soumise aux autorisations réglementaires et qui pourrait être finalisée au second semestre 2026, permettrait de réduire la dette financière nette d’EDF d’environ 5,5 milliards de dollars. Nomura a conseillé EDF sur cette opération, tandis que KKR était accompagné par PJT Partners.
« Cette opération s’inscrit dans la stratégie de rotation de portefeuille du groupe. L’objectif est de maximiser la capacité financière d’EDF afin de déployer de nouvelles solutions compétitives et bas-carbone dans les activités d’excellence opérationnelle du groupe, le nucléaire, l’hydraulique et les renouvelables », a déclaré Bernard Fontana, président-directeur général d’EDF.
Des marges de manœuvre pour les EPR2
En clair, le groupe, désormais détenu à 100 % par l’État, cherche à dégager des marges de manœuvre financières au moment où il doit financer la construction des six EPR2, dont le coût est estimé à 72,8 milliards d’euros, tout en poursuivant la maintenance de son parc de 57 réacteurs. La cession américaine s’inscrit dans un mouvement plus large de rationalisation du portefeuille international, des États-Unis au Brésil, au profit des priorités françaises du groupe. Bernard Fontana avait d’ailleurs annoncé dès novembre 2025 son intention de céder entre 50 % et 100 % de la filiale renouvelable américaine. Entre développement international et financement du programme nucléaire français, l'arbitrage a été clairement tranché.
Ce qui n’empêche pas un paradoxe. EDF vend précisément ce que le private equity mondial s’arrache, au moment où la demande électrique américaine explose sous l’effet des centres de données, de la relocalisation industrielle et de l’électrification de l’économie.
Certes, le contexte réglementaire américain s’est dégradé depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et le recul du soutien fédéral à l’éolien et au solaire. Mais la question se pose de savoir si EDF a réellement capté la prime des centres de données ou si KKR réalise la très bonne affaire de cette transaction.
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